Eva Huault : « Je mets de l’espoir dans tout ce que je fais »

À Cannes, on retrouve Eva Huault, dans Shana, le deuxième long-métrage de Lila Pinell — sélectionné à la Quinzaine des cinéastes et dans le court, Le bain des sirènes de Lola Degove, en compétition officielle. Que ce soit dans Le Roi David de la même Lila Pinell où on l’a découverte, Le Dernier des Juifs de Noé Debré ou L’Affaire Laura Stern d’Akim Isker, Eva Huault impose une parole instinctive sans filtre, où ça déborde, bifurque, précise. Rares sont les rencontres où ça part dans tous les sens, où l’on convoque les animaux, les pots de Nutella, l’envie de cinéma, la franchise, l’humour et la vie.

Format Court : Qu’est-ce que tu mets de toi dans tes rôles ? Tu dégages un truc assez franc, pourtant, à la base, tu n’as pas appris à jouer, tu es arrivée dans ce milieu comme ça, en mode autodidacte.

Eva Huault : Je vais te répondre, il y a cinq questions là-dedans (rires) ! Déjà moi de base, je ne voulais même pas être actrice. Je voulais être cuisinière. Je cuisine grave bien, sans me la péter. Je n’ai pas pu faire d’études de cuisine parce qu’il fallait que je travaille, donc j’ai été serveuse pendant très longtemps. Et j’adorais aller au cinéma, ma tante me montrait plein de films quand j’étais petite. Pourtant, quand Lila m’a proposé de jouer dans son film, je lui ai dit : « Mais non prends quelqu’un d’autre ». Elle m’a fait faire des impros, et j’ai trop aimé ça. En fait, je n’ai pas fait de formation, mais je pense que j’ai toujours aimé jouer des personnages dans ma vie. Je m’inventais des grosses vies, tu vois, enfant, ado, jeune femme… Tu sais, des fois, on cherche sa place. Je pense que tout le monde est acteur en fait, tout le monde est un peu mytho dans la vie. Au travail par exemple, tu fais semblant que tout va bien. Bon, peut-être que moi, j’étais une plus grosse mytho que les autres !

Je n’ai que 28 ans mais j’ai déjà vécu plein de situations différentes, j’ai rencontré plein de gens. Quand tu me demandes ce que je mets dans mes rôles, et bien, je mets ça. Je mets de moi, de ce que je connais de la vie. Et puis, j’essaye d’être sincère. Si les gens ressentent ça, je suis contente parce que j’y mets tout mon cœur. Même quand j’étais serveuse, je mettais toute mon âme, même pour servir un paquet de Marlboro avec un café. Je prenais mon travail très au sérieux, je le faisais avec beaucoup d’amour. Là c’est pareil, quand je joue une sage-femme, je vais observer, me rappeler d’un rendez-vous chez la gynéco, rencontrer des vraies sages-femmes… Quand j’ai fait L’affaire Laura Stern, on est allé voir des femmes battues, je me suis inspirée de trucs vécus ou de gens que je connais. En fait, je m’inspire de la vraie vie, c’est ça que je mets dans mes personnages. J’essaye en tout cas.

Apprendre sur le tas, qu’est-ce que ça change ?

E.H. : A un moment, il faut passer par la technique. Moi, je jouais comme si c’était vrai. Et après on me disait : “Eva, la caméra, elle est là, tourne-toi”. Je me rends compte que les acteurs professionnels, ils ont conscience de la lumière, du cadre, du rythme… Moi, je n’avais pas du tout ça donc j’apprends après, un peu à l’envers. Tout n’arrive pas en claquant des doigts, comme sur des roulettes, il faut travailler. Même Beyoncé, elle prend encore des cours de chant, elle me l’a dit l’autre fois, non je rigole ! Mais oui, elle s’entraîne, elle préserve sa voix, elle fait des vocalises, elle n’arrive pas comme ça à un concert, elle travaille depuis qu’elle est petite. Quand j’ai pris conscience qu’il fallait travailler, j’ai pris des cours d’impro au Labec (Laboratoire d’Expression et de Création Collectif), j’ai fait aussi une école qui m’a appris des choses. Maintenant, je me fais coacher, j’apprends plein de choses, ça demande du temps et de l’argent. J’essaye de me cultiver un peu plus, parce que j’ai envie de jouer d’autres rôles aussi. Si j’ai envie de faire ce métier, comme les grands acteurs américains, je dois intégrer qu’il faut se mettre dans la peau du personnage. C’est pour ça aussi que je lis plus, que je vais voir des films que je n’ai pas l’habitude de voir. Avant, j’allais voir Lolita malgré moi, Batman, maintenant j’essaye d’aller voir des films d’époque, des références du cinéma français, des pièces de théâtre aussi alors que moi je n’avais jamais foutu un pied au théâtre. Je m’intéresse, j’ouvre mon esprit. C’est ça aussi le travail.

C’est pas mal d’aller voir ce que font les autres et de se dire que chacun a son rythme. Ce qui est dur, je trouve, c’est d’arriver à ne pas se sentir en concurrence. C’est compliqué parce qu’il y a des pressions directes et indirectes. Comment y réagis-tu ?

E.H. : Franchement, nous les meufs, on nous met beaucoup en concurrence. Mais moi, je n’ai pas ce truc-là. Enfin j’essaye de pas l’avoir. En fait, on est plus forte quand on est ensemble qu’en concurrence. Je te donne un exemple : j’ai passé un casting pour un film trop stylé avec des bêtes d’acteurs, avec une copine à moi que j’adore, Zoé Marchal. C’est vraiment une soeur, je l’adore, cette meuf. On était sur le même rôle. Ça aurait pu être chelou, on aurait pu être en concurrence… mais pas du tout. On s’est appelées, on a révisé le texte ensemble. On a tellement vécu ce moment ensemble qu’en fait, que j’aie le rôle ou qu’elle l’ait, on était trop contentes l’une pour l’autre, quoi qu’il arrive. Et je pense que c’est beaucoup mieux comme ça. Je pense que chacun a sa place. Chacun a son moment, on est tous des êtres humains uniques, il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Après, dans la réalité, évidemment que c’est dur, parce que ce sont les gens qui te mettent en concurrence, mais pas seulement dans le cinéma. Quand j’étais serveuse, c’était pareil. En tout cas pour moi, ce n’est pas un moteur d’écraser les gens, je ne travaille pas dans la haine et dans la concurrence. Déjà qu’on vit assez de galères en tant que meufs pour se regarder mal. Au contraire : voyons-nous, montons des projets ensemble, écrivons nos trucs.

Tu as déjà commencé à écrire tes propres projets ?

E.H. : Oui J’ai écrit et réalisé un court-métrage, Fruits rouges, avec une copine d’enfance, Maeva Dahan. Ca parle d’une meuf qui va se retrouver dans une situation hyper délicate parce qu’il va lui arriver un problème de meuf avec son tampon hygiénique. Je ne joue pas dedans, mais j’ai fait jouer d’autres actrices. C’était un truc un peu à l’arrache, sur deux jours, entre nous.

J’ai un autre exemple, Martin Jauvat qui joue dans le film de Lila. Il a passé des castings, il a fait des trucs, personne ne le calculait, et en fait, il a écrit ses rôles. Après, j’ai conscience que c’est un milieu très compliqué, mais j’ai envie d’écrire, surtout pour des gens talentueux que je vois galérer. Je vois des gens hyper forts dans mes cours d’impro, mais ils ont pas d’argent, pas d’opportunités. Et à côté, tu vois des gens connus… qui ne jouent pas si bien… (elle s’interrompt), c’est mon avis.

Est-ce que tu as envie d’écrire pour ces gens-là ?

E.H. : Complètement. C’est pour ça que je les ai présentés à Lila. Dans le film Shana, il n’y a que des gens de mes cours d’impro, que des gens que j’ai rencontrés comme ça dans ma vie, je les ai ramenés parce que je les trouve super et qu’ils n’arrivent pas à décrocher des rôles. Les meufs sont archi talentueuses. La preuve, on est pris à Cannes. Evidemment qu’elles ont leur place, c’est juste que c’est hyper dur, encore plus quand tu viens d’un milieu social défavorisé, encore plus quand tu es noire ou arabe. Pour tout un tas de raisons, on est encore bien à la ramasse. On ne va pas au bout de ces personnages.

C’est quoi aller au bout des personnages ?

E.H. : C’est les connaître. Qui sont sont-ils ? Qu’est-ce qu’ils aiment, pourquoi sont-ils là ? Quelle est leur histoire personnelle ? Des fois, on met en surface des personnages, on dirait qu’on les met là pour faire joli, tu vois ce que je veux dire ? Donc oui, il faut écrire, moi je le fais avec mes copines, on écrit beaucoup, tout, on essaye en tout cas. Je ne sais pas où ça va nous mener, mais on a plein d’idées. Des fois, ça s’arrête, après ça reprend.

On s’est retrouvé pour cet entretien dans un café à la Porte des Lilas, près d’un Mac Do. Cannes concentre une attention de dingue. Comment vois-tu ce moment ?

E.H. : Je ne réalise pas trop. Je suis stressée et en même temps trop impatiente. Et surtout, j’y vais avec toute l’équipe donc ça c’est incroyable. Ce sont des gens qui méritent de ouf d’y être donc c’est une super expérience. Si ça se trouve, c’est une fois dans nos vies et plus jamais. Moi, je suis hyper fière, hyper contente. Après Cannes, c’est la cerise sur le gâteau. L’important, c’est de continuer à bosser et ce que les gens vont penser de Shana. Après, on va faire les belles, on n’y est jamais allé ! Mais ce n’est pas mon monde. Je pense que c’est le monde de personne en vrai, c’est un peu imaginaire. Après, tout le monde rentre chez soi et retourne à sa vie mais c’est cool. Il faut le prendre comme un truc important. Les interviews, ça me stresse un petit peu mais on verra bien.

Dans Shana, tu joues avec Noémie Lvovsky qui interprète ta mère et avec qui la relation est tendue. C’est une comédienne qui s’intéresse aussi à des premiers longs. Comment est-ce que tu la considères ?

E.H. : Noémie Lvovsky, c’est une dinguerie cette meuf. Je ne la connaissais pas vraiment, on s’était croisées une fois au festival d’Angers, on avait lu un scénario ensemble, on avait un peu sympathisé. Je la trouvais trop marrante, trop géniale. Elle est nature peinture. Et après on a tourné ensemble, et vraiment… Déjà, il n’y avait pas de budget, ce n’était pas un gros truc, mais elle a accepté, elle nous a fait confiance. Et c’est une bête d’actrice. Parce qu’elle s’en fout en fait. Elle est vraie. Tu sens que quand elle joue, elle ne joue pas. On dirait qu’elle vit le truc. Elle a tout capté dans le scénario, elle nous a suivies, elle a été incroyable. Moi, j’étais trop fière de jouer avec elle, vraiment. C’est un honneur. J’étais en mode : “mais qu’est-ce que je fais là avec elle ?” (rires). C’était une bête de rencontre.

L’espoir, ça représente quoi pour toi ?

E.H. : J’associe plein de choses à l’espoir. Avec l’espoir, tu peux tout faire. Je me suis retrouvée dans des situations vraiment au fond du trou. Même avec une pelle, je n’aurais pas pu creuser plus bas. Et c’est l’espoir qui m’a fait tenir. Sans espoir, tu meurs. Moi, je mets de l’espoir dans tout ce que je fais. Je visualise beaucoup, je m’imagine des trucs de fou : une maison de malade avec une piscine, un potager, des animaux, … Ou alors, je m’imagine que j’ai réalisé un film de malade et ma copine que j’aime trop, Maeva, en est l’actrice principale et elle va gagner un César. Ou un mec que je kiffe, en fait c’est l’homme de ma vie. Je me fais des gros films dans ma tête. Je suis une tarée mais c’est pas grave, c’est bien d’être tarée ! Et si ça ne marche pas, bah, je m’imagine d’autres trucs.

Le Roi David comme Shana sont liés à toi. Est-ce que tu as participer à l’écriture de ces deux films ?

E.H. : Je n’ai pas aidé à l’écriture, mais Le Roi David et Shana sont très inspirés de ma personnalité, de gens qui m’ont entourée, de certaines choses que j’ai vécues. J’en ai conscience et Lila a aussi puisé dans des anecdotes. Les deux films sont aussi inspirées de sa vie donc c’est un peu un mélange de plein de choses.

Comment décrirais-tu ta personnalité ? C’est dur de parler de soi, qu’est-ce que les gens disent de toi ?

E.H. : Ils disent que je suis gentille, drôle. J’ai des fortes émotions. En 10 secondes, je peux rire très très fort, pleurer très très fort, être en colère très très fort. Je suis assez cash, des fois je ne réfléchis pas trop avant de parler, ça peut me causer des soucis, mais en même temps je suis comme ça.

A quoi tu attribues ce « très » ?

E.H. : Je sais pas, je suis comme ça dans tous les domaines de ma vie. Quand je vais aimer un mec, je ne vais pas l’aimer un peu, je vais mourir pour lui. Ma copine, c’est pareil, c’est ma soeur, c’est la femme de ma vie. Pour la bouffe, soit je ne mange rien, un concombre et rien d’autre, soit je te défonce un pot de Nutella. Je suis un profil très addict, je pense (rires) !

Tu disais que les interviews, ce n’était pas trop ton truc. Pourtant, dans le cadre de ton travail, tu es censée défendre un projet, une série, un film…

E.H. : Je ne suis pas du genre à dire : « bonjour, c’est un film sur la sensibilité ». Je sais que j’ai une façon de parler qui est … peut être vulgaire pour certains. J’ai des petites mimiques. Quand les gens voient ça je sais que je peux être un peu critiquée. J’ai l’impression de dire des conneries, j’ai du mal à pitcher, à parler de moi, je ne sais pas quoi dire. Après, je m’en veux d’avoir dit certains trucs, mais bon quand ça sort, ça sort. Mais c’est dur parfois les interviews, parce que tu ne sais jamais ce qu’on va te poser comme questions. Des fois, les gens s’intéressent vraiment à ce que tu fais, et d’autres personnes vont te poser des questions très intellectuelles sur le film, alors que moi j’ai juste joué un personnage comme ça sans me poser un millier de questions.

Dans Shana, c’est la première fois que tu occupes un rôle aussi important, un premier rôle. Tu es de tous les plans…

E.H. : Moi, j’ai un problème avec mon physique, je me trouve horrible. Après c’est un peu égocentrique de regarder son physique, parce que le film ne porte pas sur mon physique en fait, il faut quand même regarder les autres acteurs, l’histoire, le scénario. C’est ça qui est important. Mais c’est vrai que la première fois que je l’ai vu, je me suis dit : « putain, je suis grosse, je suis moche, ma bouche refaite, elle est dégueulasse… ». J’étais en train de me concentrer là-dessus, et à un moment donné, je me suis dit : « arrête, tout le monde s’en bat les couilles de ton double menton, regarde le reste ». Quelqu’un qui regarde le film ne va pas du tout se dire : « à 8’42’’, elle a un triple menton ». Il va juste regarder si tu joues bien et si l’histoire est drôle.

Tu parles de ton physique mais en même temps, ce qui m’a frappée dans différents projets que j’ai vu, c’est que tu n’hésites pas à montrer ton corps, à faire valser ces trucs de la petite comédienne mignonne qui fait du 36, qui va se mettre en avant. Vous êtes quand même dans un métier d’image et personnellement, je trouve ça très bien que tu montres que tu as des formes, et que tu n’en as rien à foutre.

E.H. : Pourtant, tous les jours, je me regarde dans le miroir, j’ai des défauts, j’ai des énormes complexes. Vraiment, mes complexes me font pleurer, tellement j’en ai. Mais en fait, c’est pas que je m’en fous, j’ai conscience que j’ai des trucs moches, et que je ne suis pas parfaite. Je ne suis pas la meuf d’Instagram musclée qui boit son petit truc le matin, mais c’est juste que je me dis que je ne suis pas mannequin, je suis actrice. Je suis là pour jouer la vie, et la vie, c’est aussi des gens qui ne sont pas ceux d’Instagram tout simplement.

Est-ce que jouer, ça te fait non seulement progresser dans ton parcours mais aussi dans ta vie, dans ta relation aux autres ?

E.H. : Oui, parce que déjà, je suis comme une enfant et que j’adore jouer. Vraiment je m’amuse, et je kiffe, je m’invente des personnages et une vie. Des gens qui ont déjà des grandes carrières me félicitent, ils me disent que je suis une bonne actrice, donc je me sens validée. Du coup, je me dis : « putain, alors, il y a un truc que je sais faire, je ne suis pas nulle, je ne sers pas à rien ». On m’encourage, on me reconnaît, on me dit qu’en plus je suis forte et que je suis bien. Ca me donne confiance en moi, en tout cas, dans le jeu. Les gens m’aiment bien dans ce que je fais, je n’ai peut-être pas confiance en moi pour tout le reste de ma vie, mais pour le cinéma, c’est le cas. Je ne me dis pas que j’ai tout gagné, je sais que ça peut s’arrêter demain mais j’ai l’impression que je sais jouer donc j’y vais à fond, tu vois.

Déjà merci, parce que je te sens sincère. Tout le monde ne parle pas de ses complexes, encore moins en interview.

E.H. : Tout le monde en a, des complexes. Il y a plein de trucs tabous, et c’est vrai que dans le cinéma, au début j’avais peur, parce que quand je regardais des films, des meufs trop belles, trop fraîches en interviews, je ne m’identifiais pas à elles.

A quel moment t’es-tu dis que tu étais comédienne ?

E.H. : J’ai une anecdote marrante à te raconter. Au début, je ne le disais pas, je n’arrivais pas du tout à l’assumer, parce que j’avais fait peut-être quatre courts-métrages. Tu dis que tu es actrice quand ça a été validé. Du coup, je ne le disais pas, même quand je m’étais inscrite sur Tinder. Quand je rencontrais des mecs et qu’ils me demandaient ce que je faisais dans la vie, je m’inventais une grosse vie. Je parlais de mon travail d’avant, je disais que j’étais serveuse, ou alors, je disais que j’étais dans le cinéma, mais genre que j’étais régisseuse, ou quand je voulais me la péter, je disais que j’étais assistante de production. J’inventais des noms de boîtes de prod, genre Michel Grenier production, enfin n’importe quoi. En plus, ce blase, je le sors tout le temps, Michel Grenier, je ne sais pas pourquoi, j’ai un truc avec ce prénom ! Non mais je te jure, si ça se trouve, il existe ! En fait, j’ai commencé à dire que j’étais actrice cette année, je crois, quand j’ai été prise dans des séries sur des plateformes. Mais j’ai encore du mal aujourd’hui à dire que je suis une actrice,

Lila fait un parallèle dans son film entre ta vie, tes galères, ta débrouille, et les plaies d’Egypte que les Hébreux ont surmonté. La petite et la grande histoire se mêlent.

E.H. : Dans le livre de prières, les Hébreux ont réussi à surmonter il y a plus de 5000 ans les plaies d’Egypte, les épreuves de la vie. Je pense que ça parlait à Lila, parce que c’est son histoire, c’est la mienne aussi, d’une certaine façon, ça nous parlait à toutes les deux. Dans le film, je fais un truc un peu sacrilège : je vends un bijou de famille qui est hyper important, en oubliant l’importance de sa valeur, parce que je vais être en galère. Ca parle aussi du rapport à la famille, quand on ne s’entend pas avec elle, qu’est-ce qu’on peut faire quand est a des problèmes ? Et puis, tout le monde dans sa vie a ses plaies d’Égypte, qu’on soit juif, musulman, chrétien, athée ou agnostique. On s’en fout en fait. Les galères de la vie, ça peut parler à tout le monde. Là, on parle du judaïsme en particulier parce que la réalisatrice, ça lui parle et parce que ça fait partie de mon personnage, de son histoire mais en vrai, ça concerne tout le monde.

Tu es sur des projets plus identifiés, des premiers longs, des séries. Qu’est-ce qui fait que tu as encore envie de faire du court-métrage aujourd’hui ?

E.H. : Parce que j’adore ça. Tu as plus de liberté, tu peux improviser, tester. C’est hyper intéressant, moi, je trouve ça génial. Ce n’est pas très long, tu n’as pas le temps de t’ennuyer. Ça raconte une histoire et ça te donne envie d’en voir plus. Et c’est grâce au Roi David, que j’ai commencé, qu’aujourd’hui, je fais du cinéma, que ça m’a ouvert d’autres portes. Je suis très attachée au court-métrage. Ca fait du bien des fois aussi de revenir à des trucs plus petits, pas en termes de qualité mais en termes de production. Moi, je continuerai de faire des courts-métrages toute ma vie si je peux, si j’ai le temps. Là, Shana est à Cannes, mais je viens de partir tourner un court avec mes copines, ce n’est pas payé, mais j’en ai rien à foutre parce que j’adore jouer. Le scénario est trop bien, ça parle de copines arnaqueuses et ça s’appelle La vie est dure sans confitures.

Tu arrives à en voir, des courts dans l’année ?

E.H. : On m’en envoie. Souvent, je les vois comme ça. J’ai découvert des trucs géniaux. Récemment, j’ai bien aimé un film qui s’appelle Bec et ongles de Xavier Demoulin. C’est l’histoire d’une jeune femme qui est jouée par Lauréna Thellier. Son père vient de décéder. Il faisait des combats de coq. Il était passionné par ça, son daron. Malgré elle, elle va devoir reprendre le flambeau de son père alors qu’elle n’en a rien à foutre au début. Elle va se lier d’amour pour un coq en particulier. Tu me racontes une histoire comme ça, ce n’est pas un truc qui va me plaire. Je ne vais pas aller le voir au cinéma mais ça m’a trop touchée. Les animaux, ça me touche de ouf. En plus, tu as du mal à t’imaginer avoir une relation d’amour avec un coq. Ça m’a bouleversée, ce court-métrage, je te jure. Ce court-métrage, allez tous le voir.

C’est quoi l’animal que tu affectionnes en particulier ?

E.H. : J’ai trois animaux préférés : l’éléphant, le dauphin et le chien. Ah, le singe aussi.

Moi, j’ai une petite affection pour l’écureuil, la marmotte, le suricate…

E.H. : Moi, si je pouvais avoir une ferme avec des animaux, j’aurais aussi un singe domestique. Après, il faudrait qu’il soit heureux. Là, par exemple, je ne prends pas de chien alors que j’aimerais trop en avoir un. Comme j’habite dans un petit appartement, je sais qu’il serait malheureux. J’en prendrai un quand j’aurai une maison à la campagne si un jour j’ai la chance d’en avoir une avec de de la nature autour parce que je ne veux pas être égoïste et penser à mon petit confort d’avoir un chien alors qu’il va se faire chier à Paris. Les animaux, ça a besoin de gambader. Bon, on revient au rêve et à l’espoir !

Propos recueillis par Katia Bayer

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