Julien Bisaro, Claire Paoletti : « L’intérêt de pouvoir maîtriser la production, c’est qu’on lui donne le temps et le rythme qu’on veut »

Nous avons rencontré, à une semaine de la 46ème Cérémonie des César, Julien Bisaro, réalisateur et Claire Paoletti, co-autrice et productrice du court-métrage d’animation L’Odyssée de Choum. Le film est nommé aux César dans la catégorie “Meilleur film d’animation”. Claire et Julien en sont déjà à leur deuxième film produit ensemble, après Bang Bang réalisé en 2014, qui fut lui aussi nommé aux César en 2015. Par la suite, ils ont crée leur société de production Picolo Pictures avec laquelle ils ont produit L’Odyssée de Choum

 

Format Court : Vous avez créé votre société de production, Picolo Pictures, ensemble. Qu’est-ce qui vous a donné envie de le faire ?

Julien Bisaro : On se connaît depuis longtemps puisqu’on s’est rencontré à la Poudrière, l’école d’animation, où Claire était intervenante en scénario et en écriture…

Claire Paoletti : Quand Julien a désiré faire en 2014, Bang Bang, il a voulu écrire un film qui soit vraiment assez narratif et il avait envie de travailler avec une scénariste.

J.B. : Je connaissais très bien le travail de Claire et c’était important pour moi de nouer une collaboration. J’avais vraiment besoin d’un apport créatif, d’une écoute d’auteur. Aimant beaucoup l’univers de Claire, je savais que ça allait marcher.

C.P. : On avait envie d’avoir une maîtrise plus grande de nos projets et c’est ce à quoi a répondu Picolo Pictures.

Quels étaient les avantages à être les producteurs, réalisateurs et scénaristes de L’Odyssée de Choum ?

J.B. : L’intérêt de pouvoir maîtriser la production, c’est qu’on lui donne le temps et le rythme qu’on veut, et ça c’est une très grande force. La qualité de ce film tient aussi au fait qu’on a pris le temps.On lui a accordé le temps notamment en écriture, storyboard et mise en images. On fait des allers retours, dans une production classique, il faudrait convaincre à chaque fois le producteur. On a créé une structure qui est très légère, ce qui nous permet d’allouer l’argent vraiment là où ça nous intéresse, à la création, aux artistes. Pour que ce film se fasse dans les meilleures conditions, cette maîtrise est super importante.

C.P. : Sans compter qu’on va voir directement les chaînes, distributeurs, cinémas. On est à la fois en position de défendre notre projet et je pense qu’on est les meilleurs pour le faire. Sur Choum, on a fait le montage financier relativement rapidement. On avait cette réactivité, cette possibilité de rencontrer des gens en direct.

Pourquoi avoir choisi comme personnage principal une chouette ?

J.B. : Cela s’est imposé à nous. Le point de départ de ce projet, c’était une commande qu’on m’avait faite pour un studio américain. Au final, ça ne s’est pas fait. C’était un film VR sur téléphone et je me suis dit que ça serait bien de faire un film immersif pour les petits. On avait retenu l’idée de l’oiseau car la naissance peut se faire sans la mère. L’oiseau naît, veut parcourir le monde à la recherche d’une maman. Puis, on s’est dirigé vers la chouette parce que c’est un peu particulier. Elle a les yeux au milieu de la face, donc plus facile de créer des expressions, des attitudes qui seraient plus proches du spectateur. Et puis, une chouette, c’est très rigolo à regarder !

Vous vous êtes inspirés d’autres animaux pour déterminer la gestuelle de la chouette, comme par exemple un bébé pingouin. Pourquoi ?

J.B. : Ce qui m’intéressait dans le pingouin c’est qu’il marche avec le ventre comme un bébé, en y mettant tout son poids. Il déplace ses appuis et son centre de gravité pour se mouvoir, c’est très touchant.

C.P. : Après on travaille beaucoup comme ça, que ce soit pour la documentation, les décors, mais aussi la narration. L’idée, c’est de se nourrir de réalisme même si après il y a forcément une stylisation qui est lié au modèle du dessin. Dans nos histoires, on essaie d’être juste pour ne pas raconter des choses trop fausses aux enfants par rapport aux animaux,en utilisant une forme d’inspiration qui essaie de s’approcher du réel.

Quand vous avez écrit le film, vous le destiniez aux enfants ?

J.B. : L’Odyssée de Choum raconte une naissance. Les enfants peuvent facilement s’identifier au petit animal. Le format est de 26 minutes . Il est adapté aux petits car ils ont un niveau de concentration assez limité dans le temps. On voulait leur proposer une première expérience de cinéma. Après, le public enfant est notre point de départ mais le film s’adresse aussi aux plus vieux.

C.P. : Notre cœur de cible au départ c’était 4-7 ans puis on a essayé de creuser pour que le sujet soit suffisamment intéressant aussi pour les adultes, pour qu’ils puissent accompagner les enfants dans le visionnage du film. Et on s’aperçoit que les adultes réagissent bien au film, c’est vachement important car ce sont eux qui emmènent les enfants au cinéma (rires) !

La défense des animaux est un thème que vous abordiez déjà dans Bang Bang. Cela vous tient-il personnellement à cœur ?

C.P. : On réfléchit beaucoup au rapport avec le vivant, de manière générale, dans son ensemble, en considérant l’humain comme une espèce comme les autres. On essaie de se nourrir de cette réflexion qui est très contemporaine et qui nous paraît fondamentale.

J.B. : Je m’intéresse beaucoup à la notion de territoire. Quelle place on lui laisse, quelles sont nos racines ? Je trouve que ces questions sont très intéressantes et d’actualité. Ca renvoie un miroir aux humains et à la place qu’on laisse à la nature.

C.P. : On essaye de raconter des catastrophes naturelles de manière poétique. Dans le monde dans lequel on vit, il risque d’y avoir de plus en plus d’évènements dramatiques de cet ordre et l’idée de L’Odyssée de Choum, c’était de raconter une telle histoire à hauteur de chouette…

J.B. : Et de retrouver un équilibre. Je pense aussi qu’on va subir de plus en plus de dérèglements climatiques, de pandémies … Le truc, c’est de trouver un équilibre, une nouvelle façon de fonctionner à l’intérieur de ce monde-là.

Vous avez contacté un orchestre pour la musique du film. Comment avez-vous choisi votre identité sonore ?

J.B. : En fait c’est un travail qu’on a fait avec David Reyes, le compositeur du film, dès la fin de l’animatique. Il y a deux types de musiques dans Choum, l’une à l’image qui représente des personnages mais aussi des musiques plus larges qui englobent des séquences. C’est un film co-produit avec la Belgique, ce qui nous a donné accès à un auditorium,et qui nous a permis d’avoir cette texture de musique qui est très différente d’une musique synthétique enregistrée sur ordinateur. L’orchestre rend les choses très vivantes.

Pourquoi avez-vous choisi une identité visuelle colorée et douce à la fois ?

J.B. : On voulait travailler avec des formes sans contour. C’est un film qui, narrativement, travaille sur la transparence, comme l’œuf, les feuilles par exemple. On voulait quelque chose de pas trop sombre et qui soit beaucoup dans la lumière. Le point de départ est assez réaliste et après, je fais jaillir des points de couleurs qui permettent de raviver et de donner quelque chose de pop.

C.P. : Il y avait aussi des formes assez rondes et douces pour les enfants.

J.B. : Par exemple, l’univers des humains se passe dans un genre de Louisiane rêvée, serait comme une chambre d’enfant en désordre. La tempête est passée et c’est un peu comme ça qu’elle est traitée, avec des formes assez simples, on dirait des jouets, des petites maquettes. L’idée, c’était aussi que l’enfant puisse le voir comme une chambre mise en désordre après la tempête et qui va retrouver un nouvel équilibre. Voilà, on redresse les choses.

C.P. : On redresse même les maisons, il y a une scène comme ça d’ailleurs dans le film (rires) !

Travaillez-vous actuellement sur de nouveaux projets ?

J.B. : On développe un nouveau projet qui est dans la lignée de Choum, en termes de public. C’est un film aussi autour de la nature, mais qui se passe dans un autre endroit, avec d’autres animaux, une autre histoire.

C.P. :  Et qui sera sans doute plus long en termes de format.

J.B. : On a aussi un autre projet, un projet adulte qui est en gestation, il infuse, jusqu’à ce qu’on puisse en faire un dossier. Quand le projet sera suffisamment mûr, on le fera passer en production. C’est aussi ce qui est intéressant, de pouvoir gérer ce calendrier.

Propos recueillis par Manon Guillon

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