La demi-saison de Damien Collet

Jacques Demy n’est pas mort. Tant qu’il y aura de la pluie près d’un port, les corps des hommes et des femmes seront les ancres de l’amour et du hasard.

Mélodique précision, ce serait gâter « La demi-saison » de Damien Collet que de l’emmagasiner hâtivement dans la stricte cire de la copie d’un film de Jacques Demy. Même si les groupies des parapluies et autres comédies chères à Demy pourront s’amuser à glaner les nombreux indices qui (r)attachent « La demi-saison » à la maison de « Cherbourg » Jacques. Mais ce film-animation peut aussi être de saison pour les autres, plus étrangers à son œuvre. Car il caresse l’élixir de l’insouciance et s’affilie à une certaine mémoire du cinéma ainsi qu’à l’espoir que donnent la littérature, la poésie, la musique et la danse soit des arts et des modes d’expression désormais « ancestraux » par opposition à une certaine culture geek.

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Interprétant avec déférence du Demy, Collet – musicien et réalisateur – le modernise en donnant à son histoire les atouts des techniques actuelles. Dans ce film où la pluie est l’étincelle qui rapproche une femme et un homme dans la ville de Bruxelles, tout est réglé à la micro-goutte près, du train de l’alexandrin à la carrosserie des sons qui se transforment selon que l’on regarde le couple depuis le balcon d’un aquarium où depuis la rue. Des décors à une apparition de Yves Montand.

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Si les protagonistes principaux ont plutôt les attraits d’aujourd’hui, l’histoire de cette rencontre amoureuse pourrait avoir lieu à une époque plus ancienne, via les décors et l’atmosphère de ce film. A voir les caractéristiques de la ville et certaines silhouettes (Montand, Deneuve plus jeune, …), le temps a perdu de son autorité. Sauf peut-être après les ébats où Solange nous apprend qu’elle est moins « libre » qu’elle semble l’être : « Ça y est ! Je suis en retard. Il faut que je file car j’ai un rendez-vous à l’autre bout de la ville « .

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Avant de quitter son marin-amant pour son équivoque rendez-vous, Solange lui écrit son numéro de téléphone sur un bout de papier. « Notre » amoureux a à peine le temps de lire ce numéro que la pluie l’efface. (E)perdu, il lui faut désormais retrouver son aimée.

Commence alors pour l’homme, meilleur danseur que parleur, plus effrayé par le domicile fixe de l’amour que par celui, liquide, de la mer, une quête afin de la retrouver. Une quête patiente où semble le guetter l’éternité.

Franck Unimon

Article associé : l’interview de Damien Collet

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2 thoughts on “La demi-saison de Damien Collet”

  1. Vu ce court-métrage sur TV5 monde aux États -Unis. Un enchantement poétique et liquide. Comment pourrais-je me le procurer? Un grand merci.
    Octave Naulleau .

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