Avec son premier court métrage, Au Bain des Dames, Margaux Fournier met en scène Joëlle et ses amies, un groupe de femmes à la retraite qui profitent du soleil marseillais à la plage. Elles racontent leur quotidien, parlent de sexe, de leur rapport au corps. Originaire de Marseille, Margaux Fournier revient sur sa terre natale pour filmer ces femmes, celles qu’elle côtoie depuis toujours. Des figures d’expérience que le cinéma délaisse, et dont l’énergie et la vitalité bousculent un imaginaire bien ennuyeux qui accompagne les femmes à partir d’un certain âge. Margaux Fournier s’est entretenue avec Format Court et nous a raconté comment est né le film (aujourd’hui en lice pour le César du meilleur court métrage documentaire), le tournage et l’accompagnement de ses personnages dans la folle aventure du Bain des Dames.

© Miles Aldridge
Format Court : Est-ce que tu peux nous parler de l’origine du projet ?
Margaux Fournier : J’ai intégré un atelier de scénario (1000 visages) avec l’envie d’écrire mon premier court métrage. Au départ, je pensais vraiment écrire une fiction. En regardant dans les notes de mon téléphone, je suis retombée sur une note qui s’appelait Les tournesols. Je l’avais écrite en pensant à ces femmes qui passent leur journée à bronzer et à tourner leur transat en fonction du soleil. C’est quelque chose que fait ma mère, comme beaucoup de femmes à Marseille. C’est vraiment là que l’idée est née. J’avais surtout envie de parler d’elles, de les montrer. J’avais ce sentiment très fort que ma mère, mes tantes, avec leur accent, leur expansivité, leur manière d’être au monde, n’étaient pas représentées au cinéma. J’aimais aussi beaucoup l’esthétique de la plage et l’idée de parler de Marseille autrement. C’est la ville où je suis née et où j’ai vécu jusqu’à mes 17 ans. Je l’ai quittée pour faire mes études, mais j’y reviens toujours, notamment pour voir ma famille. J’entretiens avec Marseille une relation assez proche de la saudade. Une relation complexe : partir d’abord, la quitter pour « mieux », dans mon cas pour faire des études, avoir à la fois envie d’y être et de ne pas y être. Cette impression que revenir, ce serait reculer, et en même temps, c’est le paysage de mon enfance, le lieu qui m’a construite, qui m’a vue grandir et qui continue à m’influencer très profondément. Et puis, au bout de quelques jours en atelier d’écriture, j’ai réalisé qu’il était impossible d’en faire une fiction. Trouver des comédiennes de soixante ans avec un accent marseillais, ça n’existait pas. Pour plein de raisons systémiques liées au cinéma français. À ce moment-là, je me suis dit : soit j’abandonne, soit je vais chercher celles de la vraie vie, et je vois si elles acceptent de faire un film. Première rencontre, coup de cœur immédiat pour Joëlle et Régine. Joëlle m’a dit que si je voulais les filmer, je n’avais qu’à revenir le lendemain. J’ai donc appelé mon ami Théo Vincent-Suzzoni, réalisateur et chef opérateur, et on a tourné comme ça, très simplement, pendant quatre jours d’affilée.
Tu as tourné le film en quatre jours ?
M.F : En fait, c’est assez difficile à dire, parce qu’on a tourné en auto-production, sans véritable plan de travail. On n’a pas vraiment compté. Et puis, c’était l’été, les vacances… À ça s’ajoute le fait que je suis paradoxalement très sensible au soleil, donc rester toute la journée dehors était compliqué. Je dirais qu’on a tourné environ une semaine, à raison de deux ou trois heures par jour. Puis on est revenus un mois plus tard pour deux journées pleines (qui m’ont valu une petite insolation !), afin de tourner des scènes un peu plus mises en scène, des scènes de « raccord ». Entre-temps, j’avais fait un premier dérush et une sorte d’ours. Et surtout, c’est à ce moment-là qu’on a filmé l’interview de Joëlle. Le tournage a été à l’image du film, très flamboyant, très vif, un peu organisé-désorganisé. Et je crois que c’est précisément ce qui a permis d’obtenir cette forme d’authenticité dans les images. Ensuite, j’ai rencontré mes productrices, Laureen Bolton et Audrey Smajda-Iritz, qui m’ont permis de prendre le temps au montage, avec le monteur Youri Tchao Debats, pour trouver la bonne version du film. On a monté pendant cinq à six semaines, ce qui n’est pas rien, et on a beaucoup travaillé à trouver le juste équilibre entre les tonalités, entre la comédie et le drame, mais aussi dans leurs rythmes respectifs. L’enjeu était de faire un film qui leur ressemble, sans jamais tomber ni dans la moquerie, ni dans le pathos… Ça a été un vrai travail d’équilibriste !

Quelle était donc la place de l’improvisation dans un tel court-métrage ?
M.F. : Énorme, parce qu’aucun dialogue n’a été écrit. En revanche, il y avait beaucoup de mise en scène. J’aime bien parler d’une forme d’« écriture de plateau ». Pour repérer ce qui est le plus mis en scène, il y a d’ailleurs des indices très concrets, presque techniques. Par exemple, dans la scène d’introduction avec le tag “soutif obligatoire les vieilles” sur le mur de la plage, il y a plusieurs champs contre-champs. Pareil pour la scène de la rencontre sur la plage entre Joëlle et l’inconnu qui lui ramasse sa cigarette électronique. Mais mise en scène ne veut pas dire inventée. Je n’ai fait que reproduire le réel ou tirer des fils qui existaient déjà. Le tag a réellement existé, il y a quatre ou cinq ans, je crois. Je l’ai simplement reproduit, puis je me suis demandé ce qui collerait à la personnalité de Joëlle si elle voyait ce tag en arrivant le matin. Je lui ai proposé une réaction, elle était totalement d’accord. Elle m’a dit : « Bien sûr que j’enlève le t-shirt et que je fais un doigt d’honneur ! ». Pour la scène de la rencontre, j’ai simplement extrapolé un comportement de Joëlle que j’avais déjà observé. Je voulais mettre en avant cette forme de retour à l’adolescence, de crush, presque naïf. Il y a aussi des scènes plus ou moins mises en scène, c’est-à-dire plutôt rejouées. Par exemple, quand les filles parlent de leurs dates. Je leur ai demandé de redire des choses qu’elles m’avaient déjà racontées. Et force est de constater qu’elles ont un talent d’actrices complètement inné : on a l’impression que c’est la première fois qu’elles racontent ces histoires. C’est justement en constatant que la réalité était plus créative que moi, et aussi beaucoup plus surprenante dans la profondeur de leurs échanges, que j’ai compris que je n’avais aucun intérêt à écrire les dialogues ou à précontrôler ce qu’elles allaient dire. Il fallait simplement accompagner, révéler. Ça a été une expérience très particulière, que j’ai adorée. J’avais l’impression de ne pas être seulement réalisatrice, mais une sorte de saisisseuse de réalité. Une forme d’état de transe, de surexcitation permanente, d’hyper-présence. Je crois que, même dans ma vie, je n’ai jamais été aussi dans le présent qu’à ce moment-là. Être sur le qui-vive, totalement ouverte à recevoir le moindre indice, la moindre inflexion, et à rebondir avec elles. C’est assez rare au cinéma, je crois, c’est quelque chose que j’entends plus souvent au théâtre. Pour un film, il y a tellement d’argent en jeu, des multiples commissions à passer, il faut écrire, ré-écrire… Puis, sur le tournage il y a tellement de personnes que si personne ne sait où on va en début de journée, ça ne fonctionne pas. Alors qu’au théâtre, il existe cette pratique de l’écriture de plateau en amont, où un metteur en scène peut dire à ses comédiens : « Voilà le cadre, voilà l’arène, vous pouvez improviser dedans ». J’adore cette idée que les personnages, les comédiennes et les comédiens, soient une matière vivante. Il y en a qui sont plus à l’aise avec l’écriture. Moi, ce qui me galvanise, c’est ce rapport vivant à l’autre, le fait d’avoir quelqu’un qui rebondit en face, dans une vraie collaboration. Et tout à coup de se dire : « Ah, c’est là. On y est. C’est ça que je cherchais sans le savoir ». C’est extrêmement précieux de se faire surprendre..
Comment as-tu travaillé la photographie avec ton chef opérateur, notamment dans l’idée de filmer les corps dans ce décor qui est celui de la plage ?
M.F. : Je n’ai pas eu à écrire de dossiers pour des commissions de financement, donc je n’ai pas eu à structurer excessivement ma pensée en amont. Je suis partie avec des images en tête, des images très familières, ces femmes, leurs corps, leurs tâches de soleil que je trouve magnifiques, cette peau brûlée par le soleil. Et j’ai choisi mon chef opérateur aussi car on avait la même vision sur ces femmes, qu’on trouvait extrêmement belles et naturellement cinégéniques. On a aussi été très influencés, et parfois contraints, par des paramètres techniques. On n’avait pas d’ingénieur du son, donc pas de perche, pas de dispositif lourd. Avec deux micros cravate et un micro majoritairement directionnel, on était presque obligés de faire des plans serrés. Ça a forcément conditionné l’esthétique du film. Puis, au fil du tournage on s’est rendu compte qu’on étouffait peut-être un peu trop à l’image. On s’est dit que ce serait bien d’ouvrir, d’essayer davantage de plans larges. On a donc ajusté au fur et à mesure, de manière très organique, jour après jour.
Est-ce que tu as la sensation d’avoir réussi à créer une place avec ton film à ces femmes que le cinéma laisse de côté ?
M.F. : Je dirais plutôt que je consacre une place, plus que je n’en ai créé une. Le succès du film a évidemment permis une visibilité très forte, mais créer une place, au sens durable du terme, demande beaucoup plus que ça. Cela dit, je suis assez optimiste. On sent que les choses bougent, que l’intérêt grandit pour d’autres corps, d’autres récits. Quand on prend un peu de recul, on se rend compte qu’il y a toujours des cycles. À un moment donné, plusieurs œuvres émergent en même temps autour de thématiques similaires. Par exemple, pendant que j’étais en montage l’an dernier, j’ai découvert Les fiancées du Sud d’Elena López Riera (César du meilleur court métrage documentaire 2025), un film qui donne la parole à des femmes de tous âges, jusqu’à 104 ans, qui parlent de leurs vies, de leurs amours, de leurs désirs, et même d’un premier orgasme à 74 ans. Et si on regarde plus largement, le public est déjà très réceptif à ces récits, qu’il s’agisse de femmes ou de personnes âgées. Rien que sur TikTok, on voit de plus en plus de jeunes créer des comptes où ils vont discuter avec des personnes de plus de 70 ans. Il y a une vraie ouverture, une envie de transmission, de dialogue, de savoir. Je ne pense pas que ce soit moi qui ai créé une place. Je pense plutôt que j’ai montré quelque chose, et que j’ai participé à un mouvement plus large, déjà en train de se faire.

Tu abordes aussi des sujets comme le désir, la sexualité, l’estime de soi, qui sont des thèmes habituellement associés à la jeunesse.
M.F. : Une des choses qui m’a donné très envie de faire ce film, c’est que les anciens de ma famille sont des gens extrêmement drôles, qui parlent de ces sujets avec une liberté et une ouverture parfois bien plus grandes que celles de notre génération. D’ailleurs, l’homme qui drague Joëlle dans le film, c’est mon oncle. Il a 76 ans. Il a divorcé il n’y a pas si longtemps, et un jour, en lui demandant comment il allait, il m’a répondu qu’il rencontrait « des petites jeunes ». J’ai eu un petit moment de flottement et je lui ai demandé quel âge elles avaient. Il m’a répondu : « Bah, des petites jeunes… 50, 55 ans. ». Ça m’a beaucoup fait rire. Et surtout, ça m’a frappée qu’à 50 ou 55 ans, on est finalement toujours la petite jeune de quelqu’un. J’ai trouvé ça très beau. C’est ce décalage-là, en plus du comportement très flirty des deux Joëlle sur la plage, qui m’a donné l’idée de la scène de rencontre très teen movie quand l’homme ramasse la cigarette électronique de Joëlle. Ce moment où, d’un coup, les regards se croisent, la cigarette tombe au sol… Comme dans les couloirs d’un lycée ou d’une université, quand on se rentre dedans, que les cahiers tombent et que les mains se frôlent. À cet instant-là, on change de réalité. On bascule du côté des sensations, de la perception. L’image devient rose, il y a des paillettes, de la fumée. J’avais très envie de mettre en avant cette pulsion de vie, ce désir qui peut encore exister à cet âge-là. Et pour ça, reprendre les codes du teen movie pour les déplacer, les détourner, et ouvrir vers ce que j’aime appeler un oldie movie.
C’est original de le montrer parce que c’est aussi tabou, quand on est vieux on ne parle plus de ces sujets là, le sexe n’existe plus.
M.F. : En réalité, cette liberté existe encore pour les hommes. Elle s’atténue peut-être avec l’âge, mais elle demeure. Pour les femmes, en revanche, la chape de plomb tombe très tôt. Celle de la maman ou de la putain. Et dès qu’une femme devient mère, c’est comme si elle n’avait plus de vie sexuelle. Alors quand elle devient grand-mère, n’en parlons même pas : tu n’es plus là que pour faire des gâteaux et parler de tes petits-enfants. Comme si, une fois mère ou grand-mère, on n’était plus vraiment une femme. Comme si ce rôle devenait unique et totalisant.
À aucun moment, tu ne parles d’enfant dans ton film. On ne se sait pas si elles ont des enfants parce qu’elles ne sont pas définies par ça.
M.F. : Elles sont pourtant toutes mères, et même grand-mères. Mais la vérité, c’est qu’elles en parlent très peu à la plage. Et ça, c’est une réalité qui va à l’encontre de tous les clichés qu’on pourrait avoir. A priori, on s’attend à voir des « mamies gâteaux » sur la plage. Mais non. Elles ont leur vie. Elles ont envie de se détendre, de parler d’elles, de leurs désirs, de leurs expériences. Pas de vivre par procuration à travers la vie de leurs enfants ou de leurs petits-enfants.
Tu traites des sujets importants, notamment avec la scène de l’interview avec Joëlle, où vous abordez des souvenirs douloureux pour elle. Comment est-ce que tu as accueilli cette parole ?
M.F. : Je n’avais pas l’intention de chercher une parole “chargée”. Au départ, simplement filmer ces femmes dans leur quotidien, leurs petites joies, me paraissait déjà tellement énorme. La parole “quotidienne” me suffisait. Mais quand Joëlle s’est confiée à moi sur les violences subies, cette parole à subitement déplacé le film. Et ça aurait pu être tout autre chose si l’histoire de vie de Joëlle avait été différente. Même si, en réalité, les probabilités de tomber sur la question de la violence étaient fortes. Assez naïvement, je crois que je n’avais pas mesuré à quel point parler du corps des femmes, c’est presque inévitablement parler de violence. C’est après la première semaine de tournage, au détour d’une conversation téléphonique, que Joëlle m’a raconté. Je m’en souviens très bien, j’étais dans le métro. Recevoir une parole comme celle-là, par téléphone, dans le métro, ce n’est évidemment jamais le bon moment. Mais en fait, il n’y a pas de bon moment. J’ai un peu paniqué aussi, parce que je ne suis pas spécialement formée à recevoir ce type de parole. J’ai été à la fois surprise par cette confidence et frappée par la force de son évidence. En repensant aux rushs que j’avais déjà, il y avait en réalité plein d’indices. Tout m’est apparu très clairement, presque d’un coup. Je lui ai alors demandé si elle accepterait d’en parler face caméra. Évidemment parce que cela éclairait sa personne, mais surtout parce que j’étais convaincue que cette parole restait encore trop rare. Contrairement à notre génération, où la parole se libère davantage et où l’on commence à déplacer la honte, les femmes de cet âge-là portent encore très fortement ce sentiment. La honte de s’être fait frapper. La honte d’avoir été victime. Joëlle a subi des violences conjugales il y a cinquante ans. Elle a continué à se construire, à se reconstruire. Je me suis dit que ce témoignage pouvait toucher beaucoup de personnes. Des femmes qui vivent peut-être encore cela aujourd’hui, dans la salle. Mais aussi des hommes. Des hommes qui savent, peut-être, qu’un ami de soixante ans frappe sa femme et qui n’en parlent pas. Là, ils pouvaient entendre un témoignage frontal, sans détour. Elle m’a répondu : « OK, si ça peut aider, je suis d’accord ». On est donc revenus filmer dans un dispositif très simple, une seule prise, face caméra, pour ne pas rendre la tâche encore plus difficile. Une fois cette parole libérée, j’ai mesuré toute la responsabilité documentaire. Que dans les heures ou les jours qui suivent, Joëlle aurait très bien pu se sentir mal d’avoir confié tout cela avec autant de détails. La vie des gens, ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas « juste » un film. J’ai donc continué à entretenir un lien très fort et particulier avec Joëlle, dans les premières semaines, puis à la première projection, privée, puis publique, jusqu’à aujourd’hui.

Est-ce que tes héroïnes ont vu le film et qu’est-ce qu’elles en ont pensé ?
M.F. : Elles ont vu le film en premier. Avec mes productrices, quand on a eu notre première version définitive, on a fait une première projection test avec les filles. Pour revalider le consentement, vérifier qu’elles étaient d’accord, si elles voulaient supprimer des scènes, des séquences, des moments où elles ne s’aimaient pas, etc… Quand elles ont vu le film, elles ont été elles-mêmes surprises de s’être tant aimées et elles ont beaucoup ri. Je pense que si c’était des photos sur lesquelles elles avaient le temps de s’arrêter, elles se seraient beaucoup plus critiquées. Là, il y a un effet de groupe, qu’elles soient ensemble et qu’elles rient. Le fait que ce soit un film a aidé à ça je pense. Joëlle, quant à elle, a été très touchée de voir son interview, elle a pleuré. J’ai eu peur au départ, mais elle m’a dit que c’était de joie. La joie de pouvoir en parler, d’être écoutée, et peut-être d’aider, ne serait-ce une jeune fille, ou une femme dans une salle qui vivrait ou aurait vécu ça.
Au Bain des Dames a été sélectionné dans plusieurs festivals, maintenant aux César. Comment appréhendes-tu la vie de ton film ?
M.F. : Je ne l’appréhende plus, elle m’a déjà dépassé. Tu m’aurais posé cette question il y a 6 mois, avant le Champs-Élysées Film Festival, je t’aurais dit : « J’espère que l’on va faire au moins 3 festivals ». Maintenant qu’on n’en a fait plus de 20 en six mois, je n’ai plus aucun espoir tellement ça a déjà dépassé mes attentes. L’année dernière, on était à Clermont-Ferrand par exemple avec mes productrices et on rêvait d’être à Clermont l’année d’après. Là, on vient d’y être et on est même nommées aux César ! Au fur et à mesure, le curseur se réajuste et même si tu es très contente et reconnaissante, tu ne peux pas t’empêcher d’espérer encore plus. Surtout que je me dis qu’on ne sait jamais, peut-être que de mes prochains films ne feront pas de si beaux parcours, autant profiter !
Est-ce que tu ressens donc plus de pression pour tes prochains projets ?
M.F. : Au Bain des Dames a placé la barre très haute pour moi, et j’ai conscience que ce n’est pas certain que mes prochains films soient aussi réussis et fédérateurs. Mais je crois que pour tout le monde, la pression passe vite à la trappe tellement l’envie de refaire quelque chose, d’être dans un nouveau début, prend le dessus. Une de mes productrices m’avait prévenue, il y a un côté drogué dans le cinéma, dans le fait de tourner, de cette excitation de fourmillement, d’effusion de groupe, etc. Et in fine, quand le film sort, c’est presque le pire moment. C’est le baby blues ! Beaucoup de réalisateurs et réalisatrices m’ont confirmé ça aussi.
Une dernière question, quels sont tes futurs projets ?
M.F. : Mon projet actuellement, c’est de dormir. Et, c’est un vrai projet. De me reposer. Parce qu’en fait, après le film, il y a les festivals et la présence en festival, ça fatigue. J’ai très envie de profiter à fond de ça. C’est pourquoi je tente de ne pas me presser dans un autre projet. Mais j’ai plusieurs pistes, notamment dans le fait de donner une continuité au Bain des Dames d’une certaine manière. Je ne sais pas si ça sera par le versant masculin, c’est-à-dire de m’intéresser aux hommes peut-être cette fois, ou par le fait de faire un long-métrage du Bain des Dames. C’est une question qui se pose. C’est quelque chose que le public a beaucoup demandé. Donc je me demande s’il faut prendre ce retour au sérieux et surtout qu’il y a tellement de choses encore que je pourrais dire. Et d’un autre côté j’ai très envie de travailler avec des acteurs, d’essayer de faire de la fiction au cinéma ou au théâtre. Mon cœur est éparpillé entre mille lieux.
Propos recueillis par Garance Alegria

