Format Long : Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret

Six ans après Chasse royale, leur premier court-métrage sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, Lise Akoka et Romane Gueret reviennent à Cannes avec leur premier long-métrage, Les Pires, présenté dans la section Un Certain Regard.

On avait beaucoup, beaucoup aimé leur court-métrage, découvert à Cannes 2016. Ce qui nous avait plu ? L’effet du film coup de poing, l’énergie de la réalisation faite à deux, le scénario et les comédiens non professionnels jouant dans le film. Les deux réalisatrices avaient également signé une web-série, Tu préfères, pour Arte, avec en tête encore l’idée de filmer la jeunesse, leurs mots, leurs doutes.

Dans Chasse royale, qui s’était retrouvé en lice aux César, deux jeunes, Angélique et son jeune frère Eddy, étaient confrontés à l’arrivée d’une équipe de cinéma dans leur bahut à Valenciennes. Leurs fantasmes par rapport aux nouveaux venus, leurs relations avec leurs proches et moins proches, curieux et jaloux de leur nouveau statut, leurs gros plans et grandes gueules, leur vie d’après nous avaient marqués et touchés.

Beaucoup d’éléments se retrouvent dans Les Pires co-réalisé à nouveau par Lise Akoka et Romane Guéret et produit également par Les Films Velvet. Une équipe de cinéma se rend à la Cité Picasso à Boulogne-Sur-Mer, dans le nord de la France. Elle fait passer des bouts d’essai à des jeunes : Lily, Ryan, Maylis et Jessy. Chacun a une histoire, un vécu, des cicatrices. Eux, dans le quartier, ce sont les « pires » pour faire des films.

Face à ces 4 jeunes, il y a donc cette équipe de cinéma venue tourner un premier long : « Pisser contre le vent du nord ». Il y a Gabriel, le « Belge », le réalisateur, touchant et impulsif (interprété par Johan Heldenbergh qu’on aimait tellement dans Alabama Monroe et La Merditude des choses de Felix Van Groeningen), une assistante, un preneur de son, un chef op, … Toutes des nouvelles têtes, des nouveaux corps, objets de projections en tout genre.

Sur ce tournage, des amitiés, des flirts, des liens se créent. C’est un peu comme au festival de Cannes : le cinéma, ça fait rêver et jaser. Seulement, la réalité n’est pas toujours facile. Il y a des manipulations, les étiquettes (« quand tu es une pute, tu es une pute »), des jeunes en souffrance (Ryan qui ne pleure jamais, Lily qui a perdu son petit frère Kenzo il y a un an).

Dans Les Pires, on retrouve Angélique Gernez, la comédienne de Chasse royale qui a bien grandi et qui est devenue une femme. Le jeune garçon qui jouait Eddi a été remplacé par un nouveau petit gars : Ryan joué par Timéo Mahaut dont il s’agit aussi d’une première apparition au cinéma. En ouverture, avant le générique, son visage, ses cicatrices, ses « J’aime pas ça, les films » font mouche. Il est l’un des pires, aux côtés des autres jeunes qui vont tout le long du film être dirigés, secoués, manipulés. 

Comme dans le court, on aime les scènes de groupe, la jeunesse filmée avec ses repères (Tik Tok, provoc’, débloque), la réalité crue des quartiers plus durs où les stars se font rare, la présence des comédiens non professionnels qui se frottent aux fameux « pros » (Johan Heldenbergh mais aussi François Créton, petit rôle, vu dans Les Héroïques de Maxime Roy), les moments musicaux (on passe de Gims dans le court à Rémy dans le long). Les Pires nous branche pour son goût pour le casting sauvage, ses joutes verbales, son travail autour des émotions (c’est quoi finalement, le coeur qui bat à la chamade ?), la beauté de son image et son plan final centré sur Ryan-Timéo qui personnalise l’affiche du film.

Pour ceux – critiques et spectateurs –  qui découvrent pour la première fois le travail des deux réalisatrices, il est évident que ces trouvailles peuvent séduire car finalement, les « pires » sont touchants et peuvent se révéler être « les meilleurs » quand on gratte le vernis des apparences et dépasse les mots crus et les mécanismes de défense.

Les 4 jeunes filmés ont des histoires, des fêlures, des vies difficiles. Le long-métrage permet de prendre le temps – parfois un peu trop – de raconter leurs histoires (de fiction). On retient à la sortie du film le regard de la comédienne jouant Maylis qui scrute et sent les différences et qui refuse cette vie de rêves et de désillusions pour retrouver sa liberté et son destin. En attendant la sortie du long-métrage chez Pyramide et la suite des projets des deux réalisatrices, on vous invite – une fois n’est pas coutume – de voir et revoir leur court qui n’a pas vieilli pour un petit sou et qui a tellement de points communs avec le long.

Katia Bayer

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