Notre hommage à notre collaboratrice, Agathe Demanneville

Agathe,

J’espère que tu excuseras ce mode personnel. Mes souvenirs sont flous, mais je pense t’avoir dit, comme aux autres rédacteurs de Format Court, qu’il valait mieux éviter le “je” dans tes papiers. Je vais laisser de côté ce conseil.

La première fois que je t’ai rencontrée, tu m’as fait penser à un gentil lutin curieux, malicieux, sorti des bois. J’ai senti quelque chose de particulier en toi, de simple, de discret, de naturel et de profond à la fois. À l’extérieur, une jeune personne posée, douce, simple, le sourire toujours en coin.

C’était il y a 7 ans déjà, je ne le réalise que maintenant. Le temps passe si vite.

Agathe, j’apprends que tu es partie en balade avec ton lutin, ta gentillesse, ta curiosité, ton sourire et ta discrétion. Pas pour un nouveau voyage en Amérique du Sud avec Samuel, pas parce que le court ne te parle plus, mais pour toujours et en solitaire.

Quand on s’est rencontré en 2011 au festival Court Métrange, à Rennes, tu m’as parlé de ton intérêt pour le cinéma, je t’ai proposé d’écrire pour le site. Tu as accepté et m’as envoyé un premier papier (Le Vivier de Silvia Guillet). Très rapidement, tu en as rédigé d’autres, révélant une grande intelligence d’esprit, une écriture très stimulante et un très beau regard sur le cinéma d’auteur.

En peu de temps, tu as trouvé ta place dans l’équipe. Ta personnalité, ta signature, ton sens de l’analyse et du détail, tes goûts éclectiques (l’animation, l’expérimental, les films anglais, ceux de l’est, les courts-métrages d’écoles, …), tes entretiens avec des réalisateurs aussi différents que Bertrand Mandico, Ainslie Henderson, Dan Sachar, Paul Wenninger, Simon Ellis, Chabname Zariab, Kordian Kądziela et Madara Dišlere, ont contribué à la diversité et à la qualité du site.

Pendant ces 7 années, tu as écrit avec beaucoup de goût, de talent, d’intelligence, de sensibilité. Ta plume s’interrompt le 30 mai 2017 avec la critique d’un film brésilien, Nada, réalisé par Gabriel Martins. C’était un véritable plaisir de te lire et de te relire. Désolée si je me répète et si j’utilise encore ce petit “je”. J’encourage tout le monde à parcourir et reparcourir tes textes qui font partie de toi et qui te ressemblent.

Tu aimais aller à la rencontre des gens, des auteurs, des films, toujours curieuse, toujours en recherche active d’émotions. On t’a connu à Rennes, mais tu n’as pas arrêté de te passionner et de te déplacer inlassablement, encore et toujours pour le cinéma : un stage de programmation à Angers, une collaboration active au festival À l’Est du Nouveau, dont tu nous parlais avec enthousiasme, ton arrivée à Toulouse et au festival Ciné 32, un tout nouveau projet exaltant pour toi. Tu courais les festivals aussi : Clermont-Ferrand, Brest, Bruz, Angers, Berlin, … Et tu adorais programmer aussi : ton regard avisé nous a bien aidés pour nos cartes blanches passées à Court Métrange et Brest et celle qui sera présentée d’ici quelques jours à Savonlinna, en Finlande, et qui, à la demande de Clément, t’est évidemment dédiée.

La dernière fois qu’on s’est vues, en février, à Berlin, tu désignais avec enthousiasme les films que tu avais aimés, des longs-métrages repérés, toutes sections confondues, pour À l’Est du Nouveau. Je ne te l’ai pas dit, mais j’ai admiré ton sens de l’organisation mis en oeuvre pour cumuler le plus de films possibles en le moins de temps possible, même à l’autre bout de la ville, même en changeant plusieurs fois de moyens de transport dans la même journée ! Moi, la paresseuse, j’étais bien ébahie par tant d’énergie !

Récemment, quand nous avons parlé de projets à venir pour le site, par échanges de mails, tu t’es excusée de ne pas pouvoir assister à la prochaine réunion (ah, cette satanée distance), mais ta troisième ligne et son point d’exclamation – « Concernant le festival Format Court 2018, j’en suis toujours !” – prend une résonance particulière aujourd’hui. Très chère Agathe, ce “toujours” va nous accompagner encore longtemps et sois-en sûre, si un jour ce projet émerge, nous serons fiers et émus d’avoir pu compter sur ton soutien et ton enthousiasme.

Je relis la biographie que tu m’as envoyée en mai 2013, qui allait paraître peu de temps après sur le site, accompagnée d’un mot subtil qui te ressemblait bien (« Après avoir fait de la résistance pendant presque 2 ans, je lâche les armes 😉 ») : “Once upon a time, au détour d’études anglophones et de séjours à l’étranger, Agathe Demanneville a découvert le cinéma américain, mais a vite compris qu’il n’y a pas que les États-Unis qui comptent ! De festival en festival, elle a développé une curiosité grandissante pour le format court, et un goût prononcé pour l’insolite et le poétique. Incapable de rester en place, passionnée de danse, elle aime le mouvement et les voyages, réels ou imaginaires, et part à la recherche d’images qui la transportent toujours un peu plus loin, partageant son temps entre les salles obscures, l’écriture et la programmation.”

Elle est jolie, ta bio, Agathe. Aujourd’hui, elle prend douloureusement sens. Je t’imagine, un sac en bandoulière, toujours en recherche d’insolite, de poétique, d’images et de voyages.

Agathe, ta belle personne et tes jolis mots vont me, vont nous manquer. Aujourd’hui, nous n’en avons pas suffisamment pour saluer tes qualités et déplorer ton départ.

Toute l’équipe se joint à moi pour exprimer sa peine et ses sincères condoléances à Samuel et à ta famille.

Nous t’aimons et te regrettons déjà.

Katia

12 réflexions au sujet de « Notre hommage à notre collaboratrice, Agathe Demanneville »

  1. Merci pour votre hommage à ma tendre et belle cousine. J’ai pleuré tour le long de votre texte tellement il était vrai réaliste et sincère. Merci pour tout Valérie

  2. Merci pour ces mots. Je suis bouche bée de ce que ma plus jeune cousine était capable de faire…. Elle était si brillante ! Stéphanie.

  3. Elle va nous manquer…
    Famille, amis, collègues, elle nous a tous marqué par son intelligence de coeur et son regard bienveillant sur ce qui l’entourait. Toujours elle arborait un beau sourire et beaucoup de douceur dans sa relation à l’autre. J’aimais aussi cette aspiration vers les domaines artistiques que je partageais avec elle, ma cousine, un peu ma jumelle… En tout cas merci pour ce bel hommage…

  4. Est-il possible de savoir ce qu’il s’est passé ?????? Personne ne m’a prévenu… ???

  5. AGATHE, moi qui t’es connu jeune avec les enfants de ton village ESLETTES, je suis mais je pense que tu as fait tout ou presque un délicieux destin que as choisi. Tu as rejoint ton PAPA, mais beaucoup trop tôt dommage ta vie ne devait pas s’arréter si tôt. PLEINS DE BISOUS DANS LE CIEL

  6. Agathe quel beau prénom toute l’équipe du cinéma Omnia-République est sous le choc avec ton départ si brutal. J’ai beaucoup aimé travaillé avec elle sur le Festival A l’est du Nouveau.
    Son beau sourire, sa cinéphilie,son talent de programmatrice. Une pensée à son Compagnon et à sa famille. Jean-Marc Delacruz Programmateur Cinéma Omnia-République.

  7. Je viens d’apprendre le décès d’Agathe par ce mail adressé il y’a quelques jours à celles et ceux de Format Court. Je l’avais croisée un peu. Je la connaissais peu. Je suis assez à l’aise avec le « je » quand il s’agit d’écrire. Mais je suis touché par le feu de la mort d’Agathe ainsi que par l’hommage que tu lui rends, Katia.

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