Guy Moquet de Demis Herenger

Difficile de ne pas remarquer le formidable « Guy Moquet » parmi les pâles courts sélectionnés à la Quinzaine des Réalisateurs cette année. Avec cette histoire d’amour, de fierté et de jugement entre des jeunes Noirs de banlieue, Demis Herenger se singularise et nous offre un pur moment de cinéma.

guy-moquet4 La rumeur se propage vite dans la cité. Guy Moquet alias Guimo alias Guim’s souhaite emballer Ticky devant tout le quartier. Seulement, la technique, ça compte et tout le monde ne désire pas voir cette idée se concrétiser.

Peut-on aimer librement quand on vit en banlieue ? A-t-on le droit d’y avoir des rêves et de se construire ses propres films ? Est-ce aisé de faire exister son individualité au sein du groupe ?

Demis Herenger soulève ces questions avec son film tourné à Grenoble dans un quartier mixte, La Villeneuve. Sur ce projet, il convie romantisme, cinéma, spontanéité des comédiens (non professionnels) et intelligence du scénario.

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Le pote qui n’embrasse pas avec la langue, les copines qui se projettent dans cette histoire, le quartier qui se réveille, les opinions formulées par chacun… : le film fait mouche à chaque plan. « Guy Moquet » dure 32 minutes et une fois de plus, le format du moyen métrage fait ses preuves pour installer et développer un univers, une histoire et des personnages.

L’intrigue du film est finalement assez simple : un gars cherche à impressionner une fille en public et à aller au bout de son rêve, celle-ci est tiraillée entre son attirance et sa réputation.

Seulement, « Guy Moquet » va plus loin. Il évite en premier lieu les clichés fréquents associés à la banlieue. Ensuite, il capte l’attention par la solide énergie qui s’en dégage et par l’interprétation sans failles de ses jeunes comédiens, à commencer par les deux personnages principaux, Teddy Lukunku (Guy Moquet) et Samrah Botsy (Ticky).

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Face à l’humour, à la difficile expression de soi, à la question du jugement et au désir de cinéma (omniprésent dans ce film), « Guy Moquet » fait penser à deux films de qualité tournés en banlieue : « Fais croquer » de Yassine Qnia et « Bande de filles » de Céline Sciamma, proposé il y a quelques jours en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs.

Malgré ces rapprochements, « Guy Moquet » cultive ses propres qualités. Touchant, gracieux, drôle et spontané, il prend le temps de nous parler de soi, de la société du romantisme, de la liberté et du regard de l’autre. Justesse et poésie, un cocktail agréable à Cannes.

Katia Bayer

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