Court Métrange 2013, les premiers éléments

Du 17 au 20 octobre 2013, Court Métrange, le festival international du court métrage insolite & fantastique de Rennes, fêtera ses 10 ans. Cette édition anniversaire, placée cette année sous le thème du Monstre et des monstruosités, dévoile  déjà une partie de sa programmation. Format Court, partenaire du festival depuis trois éditions, y remettra un nouveau Métrange du Format Court et y bénéficiera d’une carte blanche, en prévision de son 5ème anniversaire.

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Compétition internationale

Sur 1200 courts métrages en provenance du monde entier, une soixantaine seront sélectionnés – principalement des films inédits ou en avant-premières -, en présence des réalisateurs invités.

Méliès d’argent

Seul festival de court métrage a avoir été admis au sein de lʼEFFFF – European Fantastic Film Festivals Federation, Court Métrange désignera pour la première fois cette année un Méliès dʼargent au meilleur film européen en compétition. Ce film concourra pour le Méliès dʼor, décerné au Festival International du Film Fantastique de Sitges (Catalogne) en 2014.

Autres événements

Pitch-dating, séances thématiques « Monstre & monstruosités » et « Séance aux Cultes », focus sur le court métrage fantastique Suisse avec le NIFFF, Festival international du film fantastique de Neuchâtel, cartes blanches à Benjamin Leroy pour Make it Short et à Format Court pour les 5 ans du site & bal des Monstres en clôture du festival.

Plus d’infos sur le site du festival : http://www.courtmetrange.eu/

Autour du lac de Carl Roosens et Noémie Marsily

La ronde des jours

« Autour du lac » est un film qu’on ne voit pas venir et qui nous fait marcher. Avant d’avoir compris ce qui s’y passe, les mots déclamés de Carl Roosens (dessinateur, vidéaste, auteur et chanteur) résonnent dans nos têtes pour ne plus en sortir.

Certains ne pourraient y voir qu’un clip, pourtant « Autour du lac » va plus loin et propose un vrai dialogue entre musique et dessin. Cet habile mélange joyeusement torturé de crayons et de feutres sur papier donne à la musique de « Carl et les hommes boîtes » un vrai supplément d’âme. Le trait faussement naïf du dessin laisse poindre à la surface une certaine poésie qui lorgne vers l’absurde. Tandis que la voix envoûtante de Carl Roosens nous enveloppe, le personnage central se lève de son banc et commence sa ronde autour du lac. Il y croise des joggeuses, des passants et toutes sortes d’amateurs de promenades dominicales. À leur contact, cet homme qui marche décèle dans ce qui l’entoure des signes inquiétants qui finissent par envahir l’espace, transformant toute ce beau monde en monstres peu ragoûtant.

Dans cette fresque incongrue, on reconnaît bien la patte du tandem Carl Roosens/Noémie Marsily. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai puisqu’ils ont déjà réalisé ensemble « Caniche » (2010) et s’apprêtent à réaliser une série intitulée « Moustique » (dont le pilote est en ligne) Dans chacune de ces réalisations, on retrouve ce ton enlevé et cette même tendresse tourmentée qui fait à la fois sourire et gamberger.

« Autour du lac » est le premier extrait de « La Paroi de ton Ventre », le second album de « Carl (Roosens) et les hommes boîtes ». Projeté mercredi soir au Forum des images, le film vient tout juste de recevoir le Prix Canal+ aide à la création pour un court métrage au dernier Festival d’Annecy.

Julien Beaunay

Consultez la fiche technique du film

A comme Autour du lac

Fiche technique

Synopsis : Le souffle d’une joggeuse, une fourmilière éventrée, une flaque, des tartines abandonnées sur un banc, un écureuil, autant de bribes de vie qui nous invitent à marcher autour du lac.

Genre : Animation

Pays : Belgique

Durée : 5’5″

Année : 2013

Réalisation : Carl Roosens, Noémie Marsily

Musique : Emmanuel Coenen, Pascal Matthey, Cédric Manche, Carl Roosens

Son : Robin Marsily

Production : Zorobabel, Carl Roosens, Noémie Marsily

Article associé : la critique du film

Festival national du film d’animation, appel à films

Le Festival national du film d’animation, créé en 1983 par l’Association française du cinéma d’animation, est la vitrine annuelle de la production française contemporaine : un lieu privilégié de découverte des œuvres et des auteurs, et une plateforme de réflexion et de rencontres pour la profession. Depuis 2010, il se déroule à Bruz-Rennes Métropole.

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Projection de plus de 200 films courts et longs, deux compétitions nationales, accueil de 150 professionnels, tables rondes et débats, rayonnement sur une vingtaine de communes : le Festival fêtera sa 20ème édition en grande pompe, du 9 au 15 décembre 2013.

Participer à la compétition, c’est aller à la rencontre de plus de 7 500 spectateurs, mais aussi des réalisateurs en compétition invités, et bien sûr des six jurys qui doteront sept prix pour une somme totale de près de 6000 euros.

Les inscriptions se font en ligne sur la plateforme d’inscription : www.filmfestplatform.com

Date limite d’inscription des films : le 1er septembre 2013

La compétition comprend deux catégories :

· courts métrages professionnels

· films de fin d’études

Nouveautés

a) deux nouveaux appels à films non compétitifs :

– films de commandes

– films d’ateliers

b) Prix Emile-Reynaud : certains courts métrages professionnels en compétition seront choisis par le comité de sélection pour concourir au Prix Emile-Reynaud. Ils seront alors visibles sur une plate-forme de visionnage sécurisée, pour un vote en ligne par l’ensemble des adhérents de l’AFCA, lors de la Fête du cinéma d’animation.

Télécharger le règlement

Contact : films@afca.asso.fr – 01 40 23 08 13 – www.festival-film-animation.fr

Short Screens #27 : le court métrage sur grand écran

Comme tous les derniers jeudis du mois, Short Screens vous propose une nouvelle séance de courts métrages sur grand écran. Dans une ambiance chaleureuse et décontractée, venez vous régaler devant une programmation éclectique, avec des films d’hier et d’aujourd’hui, fruits de la créativité d’auteurs belges et étrangers.

Jeudi 27 juin à 19h30 au cinéma Aventure, Galerie du Centre 57, Bruxelles. PAF 6€.

LOUCHEBEM de Boris Laprade, Fabien Masson, Stephanie Grard, Theo Girettes. France / 2012 / Animation / 5’13

Après le décès de sa femme, un boucher s’ennuie seul et sans clientèle dans sa boutique. Par la magie et le rêve il se transforme en danseur et son magasin en salle de spectacle.

U.H.T. de Guillaume SenezBelgique / 2012 / Fiction / 22′

Sophie voit tous les jours son mari Augustin partir travailler pour sa petite exploitation laitière. Il y travaille corps et âme. Pourtant depuis quelques temps, la production de sa ferme ne suffit plus à assurer la pérennité financière de sa famille. Sophie ne se doute de rien, mais pour combien de temps encore…

THE MASS OF MEN de Gabriel Gauchet. Royaume-Uni / Fiction / 16’54

Richard, un chômeur de 55 ans, arrive à son rendez-vous avec trois minutes de retard. Selon le système rigide des allocations chômage, il doit être pénalisé. Pour éviter de se retrouver dans la misère, Richard prend les mesures qui s’imposent.

THE WEDDING de Simon Cottee. Australie / 2012 / Animation / 5’

Un garçon mélancolique assiste au départ en voyage de noce de son père, remarié à une grande femme latine, à bord d’un bateau petit et étroit sur une mer infestée de requins…

FIGS IN MOTION de Trevor Anderson. Canada / 2010 / Expérimental / 7’51

Deux hommes se transforment en ballerines à tête de cheval et tutu, pour un ballet aussi bestial qu’impromptu.

PRORA de Stéphane Riethauser. Suisse / 2012 / Fiction / 23′

Prora, au bord de la Mer Baltique. Un centre de vacances érigé par les Nazis aux dimensions infinies. Dans ce colosse de béton, Jan et Matthieu, un Allemand et un Français, 17 ans, s’embarquent dans une aventure qui va confronter leurs identités et mettre en péril leur amitié. Fable sur l’adolescence et la découverte de soi, Prora est une tendre histoire d’amour et d’amitié.

Un projet à l’initiative de l’asbl Artatouille et FormatCourt.com

Plug & Play de Michael Frei

« Plug & Play » ou quand le rapport amoureux se branche sur courant alternatif…

Parmi les films de fin d’études sélectionnés au dernier Festival d’Annecy, on a retrouvé, après l’avoir vu à Clermont en Labo, « Plug & Play » du Suisse Michael Frei, essai délirant et chargé d’humour qui nous branche sur courant alternatif pour poursuivre les obsessions magnétiques des rapports complexes entre les hommes et les femmes. Dans un graphisme en 2D totalement dépouillé, où l’on joue surtout sur les contrastes, les oppositions et le noir et blanc, on entre dans un univers où les personnages ont des têtes de prises électriques, polarité mâle ou femelle. Dès lors, la lutte s’engage pour le rapport amoureux car tout tourne autour de la possibilité de s’emboîter.

Récurrence symbolique tout au long du film, un personnage mâle court droit dans un mur impalpable alors qu’au dessus de lui une porte s’ouvre, laissant entrer un personnage identique. Dans « Plug & Play », on entre et on sort par des issues secrètes, et la porte s’ouvre lorsque que l’on tombe. Pas besoin de décors, ni de beaucoup de dialogues, ces personnages ne veulent qu’une seule chose : se compléter. L’échange des flux comme besoin vital, la possibilité d’exister.

Dominant les séquences où ces individus survoltés s’affrontent en quête d’amour, des doigts divins, directement tirés du plafond de la Chapelle Sixtine, se disputent l’usage d’un bouton « master » qui passe les scènes du noir au blanc. Querelles antagoniques qui s’achèvent systématiquement dans un mystérieux accord sur le sens de la contradiction. Du oui ou du non, qui a le dernier mot ? Là encore, c’est l’affaire des genres. Alors on se branche les uns sur les autres, sans vraiment comprendre pourquoi, pourvu que la lumière soit. La charge érotique est présente mais dénuée d’intérêt, on s’emboîte par principe, bras ballants, et bien sûr, trop souvent dans le noir.

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L’unique scène dialoguée vire au pathétisme hilarant lorsque les hommes-prises, mâle et femelle, tentent d’expliquer leurs sentiments dans un refrain mécanique qu’illustrent des voix de robots. L’incompréhension s’exprime alors dans un échange de sourds où les possibilités d’aimer et d’être aimé sont dominées par l’égo. « Je crois que je t’aime. Je ne crois pas que tu m’aimes. En es-tu sûr ? Non ». Il n’y a plus rien à faire… Qu’à cela ne tienne, toutes les possibilités sont ouvertes, le monde continue de tourner, et dans un ballet circulaire où tous sont branchés, la tête rejoint la queue alors qu’on passe de la lumière à l’obscurité.

« Plug & Play » ne rate pas sa source en pointant du doigt avec un humour assumé les difficultés relationnelles du rapport amoureux et l’obsession sexuelle d’être aimé. On joue à se brancher, on se branche pour jouer, mais derrière le jeu, les questions sont posées.

Xavier Gourdet

Consultez la fiche technique du film

P comme Plug & Play

Fiche technique

Synopsis : Des personnages à tête de prise électrique se branchent les uns aux autres dans un monde où les doigts sont les maîtres. Mais les doigts se prodiguent également des caresses. Est-ce de l’amour ?

Genre : Animation

Durée : 6’

Année : 2012

Pays : Suisse

Réalisation : Michael Frei

Scénario : Michael Frei

Directeur artistique du son : Michael Frei

Montage : Michael Frei

Animation : Michael Frei

Musique : Saint Eliyah Church Children Choir

Montage Son : Michael Frei

Mixage Son : Thomas Gassmann

Production : Michael Frei, HSLU Hochschule für Gestaltung und Kunst

Article associé : la critique du film

Festival du film court en plein air de Grenoble, la sélection 2013

Du 2 au 6 juillet, Format Court assistera pour la première fois au Festival du film court en plein air de Grenoble (par la participation de Katia Bayer, en tant que jurée au festival). Avant de découvrir le focus entourant cette 36ème édition, retrouvez la liste des 34 films retenus pour la compétition, sur le millier de films inscrits.

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Films en compétition

– 216 mois, de Valentin et Frédéric Potier

– Amal, de Alain Decheres

– As it used to be, de Clément Gonzalez

Avant que de tout perdre, de Xavier Legrand

– Betty’s blues, de Rémi Vandenitte

– Bonne poire, de Marie Belhomme

– Cargo cult, de Bastien Dubois

– Cicatriz, de José Manuel Cacereno

– Date limite de consommation, de Christelle Lamarre

– Dozdi, de Mohammad Farahani

– Faim, de Géraldine Boudot

– French kiss, de Céline Groussard

– Fuck you, de Olivier Jean

– Guillaume le désespéré, de Bérenger Thouin

– Habiba, de Ingrid Lazenberg

– Jacobo, de David Delaguila Perez

– La nuit américaine d’Angélique, de Joris Clerté

– Les chrysanthèmes sont des fleurs comme les autres, de Yann Delattre

Les Lézards, de Vincent Mariette

– Les traits, de Guillaume Courty

– Lettres de femmes, de Augusto Zanovello

– Mobile Homes, de Vladimir de Fontenay

– Programme libre, de Vianney Etossé

– Rae, de Emmanuelle Nicot

– Second Wind, de Sergueï Tsyss

– Sein Kampf, de Jakob Zapf

– Shavi Tuta, de Gabriel Razmadze

– Soleil sur un trottoir, de Zangro

Solitudes, de Liova Jedlicki

– The mass of men, de Gabriel Gauchet

– Toteninsel, la isla de los muertos, de Jevrenovic Vuk

– Un minute-lumière, de Roberto d’Alessandro

– Wax, de Bastien Dubois

– Welcome Yankee, de Benoît Desjardins

M comme Las Mujeres del Pasajero

Fiche technique

Synopsis: Quatre femmes de chambre travaillent au motel « El Pasajero », où les clients ne sont de passage que pour quelques heures. Les chambres n’ont pas à être particulièrement belles. L’important, c’est le lit sur lequel les couples peuvent se livrer à leurs passions charnelles, parfois sous l’influence d’alcools ou de drogues. Nous ne voyons et n’entendons de ces visiteurs qu’une jambe qui dépasse, des voix sans corps, et, au fur et à mesure du film, des gémissements. Mais en dépit de tout, les femmes de chambre, loin de tout cynisme, conserve de l’amour une idée romantique.

Pays : Chili

Genre : Documentaire

Durée : 46′

Année de production: 2012

Réalisation : Valentina Macpherson & Patricia Correa

Image: Denis Arqueros

Son: Roberto Espinoza

Montage: Catalina Marín

Production: El Paseodigital

Article associé : la critique du film

Las Mujeres del pasajero de Patricia Correa et Valentina Mac-Pherson

Documentaire chilien présenté en compétition internationale au Festival Millenium cette année, « Las Mujeres del Pasajero » de Patricia Correa et Valentina Mac-Pherson dresse le portrait original d’un hôtel de passage qui accueille les couples, illégitimes ou ad hoc, le temps de quelques heures. Son originalité réside dans le point de vue choisi par les réalisatrices, celui de ses femmes de ménage qui, jour après jour, y remettent l’ordre après les bacchanales de la veille.

Ce lieu atypique, qui a manifestement bien d’histoires à raconter, et les quatre femmes qui y travaillent sont les protagonistes éponymes de ce film documentaire, curieusement traduit en anglais comme « The Women and the Passenger ». « Le passager » en question n’est vraisemblablement rien d’autre que le nom de l’hôtel. L’unique scène du documentaire, celui-ci occupe une place centrale dans l’image, à la manière de « Hotel Monterey » d’Akerman. De gros plans fixes au début et des plans larges finaux renforcent la personnification de l’endroit et servent à encadrer la narration des femmes de ménage, qui en sont en quelque sorte les porte-parole. Le rapport de confiance entre ces dames et le spectateur est établi dès les premiers plans, lorsqu’on assiste à leur maquillage à la fois mécanique et suggestif. D’ailleurs on pourrait presque croire un bref moment qu’il s’agit d’une maison de passe avec ses belles-de-nuit. De tous les âges et types, celles-ci se livrent franchement à la caméra pour partager leurs expériences et opinions sur leur lieu de travail, et petit à petit, nous confient leur vie privée, leurs rêves les plus intimes et leurs avis sur l’amour et la sexualité.

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Des clients de cet établissement, on ne voit que quelques bribes impersonnelles, des pieds dans les halls ou des commandes de repas et de boissons et des échanges civils mais gênés avec le personnel en off. Ils sont plutôt décrits, certains spécifiquement, d’autres de manière générique, par les employées de l’établissement. Ces dernières racontent les différentes activités sexuelles qui s’y pratiquent : des jeux de domination et de rôle dans des chambres thématiques (‘Afrique’, ‘Asie’, ‘Petit chaperon rouge’, etc.), du SM, des objets de l’attirail dont notamment un ‘siège de sexe’ qui semble bien intriguer une des femmes…

Malgré le sérieux des mœurs sexuelles exacerbées dans une société de refoulement, les témoignages décèlent un certain humour, lorsque l’observation des actions des clients rejoignent leurs propres fantasmes. Le voyeurisme des femmes de ménage, judicieusement épargné au spectateur, se traduit à un seul moment par un montage sonore grotesque de gémissements sexuels des clients. Pour le reste, les réalisatrices optent pour une mise en scène sobre et allégée : la plupart des scènes se passent pendant la journée ensoleillée, en contraste total avec les nuits glauques et grivoises évoquées.

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Le résultat est un film très réussi, avec un point de vue profondément sensible et féminin sur une société catholique inhibée. A force d’avoir fréquenté ce milieu de débauche, ces femmes se questionnent sur l’amour parfait, l’ennui de la routine et l’art de la sexualité. Tout en nettoyant la cocaïne et le vomi laissés dans les chambres, elles contemplent la vraie nature de ces choses, tout en essayent des analyses psychologiques de l’érotisme hédoniste dit déviant.

Pourtant, l’amour à l’ancienne, elles y croient dur comme fer, du moins certaines qui prétendent le vivre. Ancrées dans une réalité sociale défavorisée et parfois cruelle, ces quatre femmes semblent avoir compris quelque chose d’insolite et acquis une conscience de l’équilibre subtil entre les coutumes catholiques sévères et le libertinage qui en est la réaction naturelle. Dans un lieu qui se met à la disposition du plaisir charnel, fatalement passager, l’amour semble impossible, comme le déplorent une lettre d’adieu retrouvée et le chant du générique de fin. De ce point de vue, le thème de « tout à vendre » de cette édition du festival Millenium est bien défendu par ce film.

Adi Chesson

Consultez la fiche technique du film

Millenium International Documentary Festival 2013

C’est un festival engagé, conscient des défis du millénaire qui vient de fêter ses 5 ans. Un festival à visage humain qui, pour l’occasion, s’est vu élargir sa programmation à 100 documentaires venus d’une cinquantaine de pays. Des films sélectionnés à la fois pour leur volonté de faire changer les choses que pour l’importance qu’ils accordent au point de vue du cinéaste. Surprenants, révoltants, amusants, les films offaient, cette année,  une vision du monde où le maître mot était « Tout à vendre ».

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Retrouvez dans ce focus les films qui ont particulièrement touché l’équipe de Format Court.

L’interview d’Olivier Magis, réalisateur de « Ion » (Belgique, 2013)
Le reportage « Liberté, Égalité, Technologie »
Le reportage Fenêtre sur le court documentaire bangladais
La critique de « Las mujeres del pasajero » de Patricia Correa et Valentina Mac-Pherson (Chili, 2012)
La critique de « L’âge adulte » de Eve Duchemin (France, 2011)

Concours : 15 x 2 places à gagner pour les reprises du Festival d’animation d’Annecy au Forum des images !

Plus grand événement mondial entièrement dédié au cinéma d’animation, le festival d’Annecy contribue chaque année à faire de l’animation un art à part entière, toutes techniques confondues. Quelques jours après la clôture du festival, le public parisien aura la possibilité d’en découvrir le palmarès au Forum des images, entre le 25 et le 27 juin. Parmi les programmes proposés, trois d’entre eux reprennent les courts métrages, les films de fin d’études, les films de télévision et de commande primés lors de cette 37ème édition. En partenariat avec le Forum des images, nous vous offrons 15 x 2 places pour ces séances. Pour ce faire, répondez à nos questions (faciles) et gagnez vos places (haut la main).

Mercredi 26 Juin 2013, 19h00 : Courts métrages primés (1ère partie). Durée de la séance : 1h10. 5 x 2 places à gagner !

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Ab ovo de Anita Kwiatkowska-Naqvi (Pologne 2012, coul. 5 min.14 sans dialogues) : Prix du meilleur film de fin d’études

Lettres de femmes de Augusto Zanovello (France 2013, coul. 10 min.11) : Prix du public (courts métrages)

Feral de Daniel Sousa (Etats-unis 2012, coul. 12min.46 sans dialogues) : Prix du jury junior, Mention spéciale Fipresci, Prix Festivals Connexion – Région Rhône-Alpes en partenariat avec Lumières Numériques (courts métrages)

Nyuszi és Őz (Rabbit and Deer) de Peter Vacz (Hongrie 2012, coul. 16 min.43 sans dialogues) : Prix du jury junior (films de fin d’études)

Trespass de Paul Wenninger (Autriche 2012, coul. 11 min. sans dialogues) : Mention pour un premier film (courts métrages)

Lonely Bones de Rosto (Pays-Bas 2013, coul. 10 min. vostf) : Prix Sacem de la musique originale (courts métrages)

Question : Comment s’appelle le précédent film de Rosto qui concourait cette année au César du meilleur film d’animation ?

Mercredi 26 juin, 21h00 : Courts métrages primés (2ème partie). Durée de la séance : 1h20. 5 x 2 places à gagner !

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Norman de Robbe Vervaeke (Belgique 2012, coul. 10 min. sans dialogues) : Prix «Jean-Luc Xiberras» de la 1ère oeuvre (courts métrages)

Because I’m a girl de Raj Yagnik, Mary Matheson et Shona Hamilton (GB 2012, coul. 3 min. vo anglaise) : Prix Unicef (films éducatifs, scientifiques ou d’entreprise)

Obida de Anna Budanova (Russie 2013, coul. 9 min. sans dialogues) : Prix spécial du jury (courts métrages)

Kolmnurga afäär (The Triangle Affair) de Andres Tenusaar (Estonie 2012, coul. 10 min. sans dialogues) : Mention spéciale (courts métrages)

Autour du Lac de Carl Roosens et Noémie Marsily (Belgique 2013, coul. 5 min) : Prix Canal+ aide à la création pour un court métrage

I am Tom Moody de Ainslie Henderson (GB 2012, coul. 6 min.55 vo anglaise) : Prix spécial du jury (films de fin d’études)

KJFG No 5 de Alexey Alekseev (Hongrie 2007, coul. 2Min10 sans dialogues) : Film le plus drôle du public d’Annecy (courts métrages)

Gloria Victoria de Theodore Ushev (Canada 2013, coul. 6min.57 sans dialogues) : Prix Fipresci (courts métrages)

Pandy (Pandas) de Matus Vizar (Slovaquie 2013, coul. 12 min.12 sans dialogues) : Mention spéciale (films de fin d’études)

Subconscious Password de Chris Landreth (Canada 2013, coul. 11 min. vostf) : Cristal du court métrage

Question : Lequel de ces films a remporté le Prix Format Court au dernier Festival Anima, à Bruxelles, et a été projeté en mai à la séance Format Court, au Studio des Ursulines, à Paris ?

Jeudi 27 Juin 2013, 19h00 : Films de télévision et de commande. Durée de la séance : 1h15. 5 x 2 places à gagner !

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L’automne de Pougne de Pierre-Luc Granjon et Antoine Lanciaux (France 2012, coul. 26 min.) : Prix pour un spécial TV

Benjamin Scheuer « The Lion » de Peter Baynton (GB 2013, coul. 3Min.10 vo anglaise) : Prix spécial du jury (vidéoclips)

Dumb Ways to Die de Julian Frost (Australie 2012, coul. 3Min12 vo anglaise) : Cristal pour un film de commande

Tom & The Queen Bee de Andreas Hykade (Allemagne 2012, coul. 5 min. vostf) : Prix spécial pour une série TV

Room on the Broom de Jan Lachauer et Max Lang (GB 2012, coul. 25 min. vostf) : Cristal pour une production TV

Question : Quel film de Pierre-Luc Granjon était l’un des cinq finalistes du Cartoon d’Or 2008 ?

Pour participer à ce concours et tenter de gagner des places, envoyez-nous vos réponses à info@formatcourt.com avant le mardi 25 juin, à midi. Les gagnants seront avertis par e-mail. Bonne chance à tous et à toutes !

Les inscriptions pour le 36e Festival de Clermont-Ferrand sont ouvertes

Les inscriptions pour le 36e Festival de Clermont-Ferrand (31 janvier – 8 février) sont ouvertes jusqu’au 14 octobre 2013. Inscrivez vos films sur le site Short Film Depot.

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COMPÉTITION INTERNATIONALE

Dates limites d’inscription :
– 15 juillet 2013 pour les films terminés en 2012 (après le 1er juillet 2012)
– 14 octobre 2013 pour les films terminés en 2013
Durée maximum : 40 minutes

Contact : Christian Guinot

COMPÉTITION NATIONALE

Date limite d’inscription : 25 octobre 2013
Films terminés après le 1er novembre 2012
Durée maximum : 59 minutes

Contact : Nadira Ardjoun

Notre nouvelle page Facebook

Bonjour/bonsoir. Notre page Facebook a pratiquement atteint sa limite de contacts autorisés. Nous ne sommes malheureusement plus en mesure d’accepter vos nombreuses demandes d’amitié.

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Notre page actuelle sera bientôt supprimée. Nous vous invitons donc à nous suivre et à reporter votre affection sur notre nouvelle page où vous pourrez retrouver toutes nos actualités.

À très vite !

L’équipe de Format Court

Soirées Croq’LaBelle, 2ème édition. Ce soir à la Bellevilloise : carte blanche à Richard Van Den Boom, de Papy3D Productions

L’équipe de Croq’Anime (le rendez-vous du film d’animation à Paris) organise ce soir sa deuxième soirée Croq’LaBelle à la Bellevilloise, sous la forme d’une carte blanche à Richard Van Den Boom, administrateur de la société Papy3D Productions. Six films, en lien avec l’animation, le Festival d’Annecy ou les dernières productions de Papy3D Productions, seront projetés à cette occasion.

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Programmation

Au bout du monde de Konstantin Bronzit (8mn)
Monsieur COK de Franck Dion (10mn)
La Femme Squelette » de Sarah Van Den Boom (9mn)
Fable de Dan Sousa (7mn)
Love Patate de Gilles Cuvelier (13mn)
Palmipedarium de Jérémy Clapin (10mn)

Infos pratiques

Projection, le 19 juin 2013 de 20h à 22h à la Bellevilloise
Salle du Forum – 21, rue Boyer – 75020 Paris
Entrée gratuite

Collectif Jeune Cinéma : séance spéciale consacrée à Marie Losier, ce jeudi 20 juin, au Cinéma La Clef (Paris 5e)

Ce jeudi 20 juin, la cinéaste Marie Losier viendra présenter 4 de ses films-portraits consacrés aux figures de l’avant-garde George et Mike Kuchar, Richard Foreman et Tony Conrad, ainsi qu’un teaser inédit de son prochain long-métrage. Fantaisistes, poétiques, oniriques et non-conventionnels, les films de Marie Losier explorent la vie et l’oeuvre de ces artistes.

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Programme

BIRD, BATH AND BEYOND – 2003, 13′, avec Mike Kuchar

ELECTROCUTE YOUR STARS – 2004, 8′ avec George Kuchar

THE ONTOLOGICAL COWBOY – 2005, 16′, avec Richard Foreman

TONY CONRAD: DREAMINIMALIST – 2008, 26′, avec Tony Conrad

TEASER SURPRISE ET INÉDIT DU PROCHAIN LONG-METRAGE DE MARIE LOSIER
2013, 10′

Infos

Durée de la séance : 1h15

Tarif unique : 5 euros

Cinéma La Clef, Paris 5e – 34 rue Daubenton

75005 Paris – M° Censier-Daubenton

Plus d’informations sur la séance : http://www.cjcinema.org/pages/seances.php?id_news=358
Plus d’informations sur Marie Losier : http://marielosier.net/

Eduardo Williams : « Le décor, pour moi, n’est pas un accessoire décoratif, je le considère comme un personnage qu’il faut que je fasse dialoguer avec le reste du film »

Le film « Que je tombe tout le temps ? » était en sélection à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes. Il s’agissait de la deuxième sélection à Cannes pour le réalisateur Eduardo Williams (après « Pude ver un puma » à la Cinéfondation 2012) et presque d’une habitude pour le producteur Amaury Ovise (Kazak Productions) d’être pris à Cannes. Si les deux hommes se sont rencontrés il y a maintenant un an avec l’envie de travailler ensemble, de notre côté, nous avions très envie de les convier à un entretien croisé sur une des plages de la Croisette. Tous deux placides et respectueux du temps de parole de l’autre, ils nous ont parlé de leur manière de travailler et de créer ensemble. Eduardo, dans un français encore fragile, nous a embarqué dans son monde à lui, tandis qu’Amaury est apparu comme un producteur extrêmement attentif auprès de son réalisateur.

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Eduardo Williams, Amaury Ovise

Eduardo, peux-tu nous parler des prémisses de « Que je tombe tout le temps ? » ?

Eduardo : Au niveau pratique, tout a commencé au Fresnoy. Dans le cadre de mes études, je devais travailler sur un projet de film. Au niveau personnel, c’est un peu étrange car lorsque je commence à écrire, je ne suis jamais vraiment confiant ; par conséquent, je jette sur le papier un peu tout ce qu’il y a au fond de moi et après seulement, je lui donne une forme, une organisation. C’est toujours mon intimité, quelque chose d’intérieur qui ressort. C’est amusant d’ailleurs car je ne m’en rends pas forcément compte au départ, puis en regardant le film fini, je m’aperçois que ça parle vraiment de moi ou de quelque chose qui s’est passé dans ma vie. Pour ce film, j’ai voulu continuer le chemin que j’avais initié avec mes autres courts, tout en me concentrant un peu plus sur un seul personnage. J’affectionne toujours l’idée du groupe, mais j’aime bien le fait d’avoir extrait un personnage de manière plus claire. À côté de ça, j’apprécie l’idée d’aller chercher encore plus loin, d’explorer des domaines que je ne connais pas forcément. C’est en partie la raison pour laquelle j’ai voulu que cette histoire se déroule en Afrique. Enfin, il y a la question des langues. Avant « Pude ver un puma », j’écrivais toujours en espagnol et je faisais des choses très proches de l’Argentine. Puis j’ai commencé à voyager et j’ai adoré être dans un autre pays, entendre les gens qui parlent une langue que je ne comprenais pas, un peu comme une musique. J’ai ensuite commencé à assimiler des langues, comme le français, et j’ai souhaité l’évoquer dans ce dernier film.

Il semble donc que tes films se créent plus volontiers sur un ressenti, sur une expérimentation sans cesse en mouvement. Dans ce sens-là, la phase de l’écriture du scénario est-elle importante pour toi ?

Eduardo : Oui, c’est important, mais plus pour une question d’organisation, pour avoir une structure qui me guide et pour ne pas être totalement dans l’improvisation. Et aussi parce que c’est une nécessité pour la production du film. Mais c’est vrai que j’aime rester assez libre concernant les dialogues et les détails du film. Comme je ne parle pas bien le français, je préfère que les acteurs parlent de leur propre manière. Ils sont également libres de me suggérer des choses, pas seulement des dialogues, mais aussi des actions. En plus, comme je travaille le plus souvent avec des acteurs qui ne sont pas professionnels, je préfère qu’ils se sentent à l’aise dans des éléments qu’ils me proposent plutôt que de leur imposer une manière de jouer.

Avec autant de liberté, peux-tu nous décrire un tournage avec toi ?

Eduardo : Idéalement, j’adorerais avoir trois mois de tournage pour un simple court métrage (rires) ! Mais je sais que c’est cher. Néanmoins, pour ce tournage à Sierra Léone, je n’avais jamais eu autant de jours : 18 au total, pas uniquement pour le tournage en fait, mais aussi pour les repérages et pour connaître les gens. On y est d’abord allé avec mon comédien, Nahuel Peréz Biscayart pour être en immersion là-bas, puis mon chef opérateur, Julien Guillery, nous a rejoints la dernière semaine. En tout cas, j’ai toujours essayé que durant le tournage, il y ait la même ambiance que ce qui se voit dans le film. C’est très important pour moi, pour pouvoir créer, d’avoir une ambiance amicale et pacifique sur le tournage, de telle sorte que des choses viennent de chacun.

Aussi bien dans « Pude ver un puma » que dans « Que je tombe tout le temps ? », les décors sont incroyables. Comment procèdes-tu ? En as-tu une idée très précise avant de découvrir les lieux où tu tournes ? Ou bien, est-ce pendant les repérages que tu vois des lieux qui t’inspirent ?

Eduardo : En général, les lieux sont toujours à l’origine de l’idée ou bien alors, je mélange des idées que j’ai avec des endroits que je connais. Ce sont en tout cas des éléments essentiels à prendre en compte afin d’écrire le scénario. Le décor, pour moi, n’est pas un accessoire décoratif, je le considère comme un personnage qu’il faut que je fasse dialoguer avec le reste du film. Par exemple, j’ai découvert la grotte du film « Que je tombe tout le temps ? » lorsque je suis allé manger chez la mère d’un ami et ça m’a évoqué beaucoup de choses. Je suis vraiment très sensible aux lieux que je découvre.

Pourtant, dans tes films, on a l’impression que parfois, l’improvisation domine et qu’il n’y a presque pas d’effort esthétique. Comment expliques-tu cela ?

Eduardo : En fait, c’est très important pour moi de mélanger l’irréel, le quasi fantastique, avec quelque chose de beaucoup plus naturel, comme si c’était l’un des personnages du film qui tenait lui-même la caméra pour tourner. J’ai toujours besoin d’éléments contraires et de créer des contrastes. Alors, c’est vrai que j’adore mettre en relation des aspects irréels avec des caractéristiques proches du documentaire. Et je pratique ça sur le film en général, aussi bien auprès des personnages, des actions que des décors.

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Justement, tes personnages sont à la fois étranges et très normaux. Ils ont des discussions qui semblent complètement sorties du contexte et d’autres qui sont très terre à terre, de l’ordre du quotidien. Et tu filmes le plus souvent des jeunes dans des situations peu valorisantes. Qu’est-ce qui t’amène à faire ces choix ?

Eduardo : Il y a des expériences et des sentiments que j’ai vécus, que j’ai partagés avec d’autres, et par conséquent, que j’ai envie de montrer. Parfois, ça passe par des choses étranges en effet, ce qui m’aide à être en connexion avec des lieux ou avec des personnes. Mais c’est aussi parce que c’est très intime et très personnel. Néanmoins, j’aime bien raconter ça, même si les spectateurs ne voient pas toujours bien ce que je veux dire ! Disons qu’il y a des choses qui sont importantes et significatives pour moi et pour d’autres, peut-être un peu moins. Après, j’espère que les gens vont tout de même comprendre ce que j’ai voulu dire.

On réussit tout de même à cerner des thèmes récurrents dans tes films, comme la destruction par exemple, et on imagine que c’est aussi ce qui explique que tu emploies souvent des jeunes. C’est un sujet qui t’est cher ?

Eduardo : Oui, c’est un thème qui vient naturellement pour moi. Après, il est vrai que je me demande pourquoi ça me vient et pourquoi ça m’attire (rires). Quelques fois, je me dis que c’est génial, et d’autres fois, je me dis que je ne suis peut-être pas bien dans ma tête. En réalité, j’aime bien chercher des éléments qui me sont inconscients et les analyser.

En même temps, il y a de l’espoir dans tes films, tout n’est pas chaotique.

Eduardo : Oui, c’est ça : toujours mettre en valeur et en scène des contrastes. En effet, la destruction et l’espoir sont des idées contraires, et c’est notre action qui fait qu’on bascule de l’un à l’autre. Dans mon dernier film, un de mes personnages dit : « Pour me comprendre, je me suis détruit ». C’est quelque chose que j’ai lu pendant mon année au Fresnoy, mais c’est en tout cas une phrase, une notion qui me parle beaucoup et qui ressemble à ce que je veux faire passer. Je pense qu’il y a quelque chose de positif dans la destruction. Qui plus est, selon moi, la destruction est naturelle. Et la relation entre les personnages pour s’aider ou pas, est très importante aussi.

Amaury, lorsque nous t’avons contacté pour réaliser cette interview et qu’on a commencé à parler d’Eduardo, tu nous as dit que lorsque tu avais vu « Pude ver un puma », ça avait été comme une évidence de le suivre pour collaborer avec lui sur un prochain film, dont « Que je tombe tout le temps ? » est la preuve. Pourtant, lorsqu’on voit ce que vous produisez avec Kazak, même si les films sont tous uniques en leur genre, ce que fait Eduardo va encore plus loin dans la différence. Par conséquent, peux-tu nous dire ce qui t’a attiré dans son travail  ?

Amaury : Chez Kazak, lorsqu’on produit un film, on se pose la question suivante : est-ce que les films précédents des réalisateurs avec qui on travaille nous donnent envie d’aller plus loin ? Lorsque j’ai vu « Pude ver un puma », ça faisait très longtemps que je ne m’étais pas retrouvé devant un film avec une grammaire de cinéma, une manière de raconter une histoire aussi particulière, unique et finalement rare dans le court métrage. En fait, j’ai l’impression que les films que fait Eduardo sont des films qu’on ne peut pas faire en Europe. Je pense que les courts-métragistes en France ou en Europe ont une culture cinématographique et une grammaire qui sont infuses, et par conséquent, on a souvent le sentiment de voir des films qui se ressemblent, ou tout du moins avec la même façon de raconter une histoire, quelle qu’elle soit. Chez Eduardo, il y avait quelque chose qui n’est pas narratif et j’ai trouvé ça formidable. Dès le début du film, on devine qu’on va être perdu, qu’on ne va pas tout comprendre, mais que c’est poétique et qu’il y a des choses qui circulent dans un espace complètement surréaliste. Par conséquent, à la fin, on y réfléchit longtemps, on y revient. Personnellement, j’ai vu plusieurs fois « Pude ver un puma » et il a toujours le même effet sur moi. Fort de ça, j’ai vu en Eduardo un auteur avec qui j’avais vraiment envie de travailler, sachant que dans son cas, ça n’allait pas exactement être la même façon de travailler qu’avec les autres auteurs avec qui on collabore pendant très longtemps en développement. En effet puisque comme il l’a si bien dit, il a une manière de construire ses films de manière plus intuitive.

Par conséquent, comment en es-tu venu à ce film-là ?

Amaury : C’est Bernard Payen, à la Semaine de la Critique, qui m’a dit que c’était un film qui pourrait me plaire, sachant que je l’ai vu après Cannes. Du coup, on s’est rencontré avec Eduardo à Paris et on a évoqué l’idée de travailler ensemble, mais il avait déjà intégré le Fresnoy. Néanmoins, Eduardo m’a parlé de son projet de film en m’informant qu’il devait le faire dans le cadre de l’école. Ça restait donc un film d’école et il était difficile pour nous, à Kazak, de mettre de l’argent du CNC pour faire le film. Après, comme le film avait lieu dans la jungle, en Sierra Leone et que c’était un peu plus cher que le prix habituel des films d’écoles, on a décidé de co-produire ce film avec le Fresnoy. Mais j’ai très envie de travailler avec Eduardo sur un autre projet. D’ailleurs, on en parle pour cet été. Si bien que là, l’un des enjeux est d’essayer de faire en sorte que dans le cinéma d’Eduardo, il y ait un point d’équilibre qui se fasse entre le narratif et son univers. On s’est dit qu’il faudrait donc peut-être travailler plus longuement sur l’écriture, parce que personnellement, je n’ai pas suivi cette phase pour son dernier film. Dans notre boîte, de toute façon, on aime la diversité et la radicalité; par conséquent, on met nos désirs à l’épreuve. Eduardo fait partie des gens avec qui ça m’excite de travailler. Notre but est de collaborer avec eux en leur laissant la plus grande latitude possible pour qu’ils puissent exprimer pleinement leur talent, leur cinéma.

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Et vous n’avez jamais peur de la prise de risques, justement sur des films différents à produire ?

Amaury : Non, parce qu’on a un crédo chez Kazak, c’est de dire qu’il faut absolument que le court métrage soit vraiment une recherche de développement, sinon, il n’a aucun intérêt d’exister. On se dit toujours qu’il mieux vaut rater des films que de faire des films académiques, confortables, qu’on oublie. En Eduardo, je vois un grand cinéaste en devenir avec qui j’ai envie de travailler au niveau de l’écriture dans une configuration classique de développement, comme on aime le faire en général. Je trouve personnellement que le tournage est un espace qui n’appartient qu’au réalisateur, dans le choix de ses comédiens, de ses techniciens, de ses décors, et encore plus chez Eduardo. Dans ce que met en place Eduardo, il y a des enjeux excessivement forts sur le développement et sur le montage également.

Ce que je trouve intéressant, c’est de découvrir le travail et l’univers d’un nouvel auteur avec qui on travaille. Chaque réalisateur nécessite une collaboration différente et c’est ça qui nous plaît. Notre métier est de trouver leurs points forts et de les mettre en avant. Ici, c’est un film essentiellement produit par le Fresnoy on n’a pas encore eu le temps de réellement expérimenter notre collaboration. C’est ce qui nous donne l’envie de trouver de nouveaux défis entre nous, d’aller jusqu’à créer un dépassement dans son prochain film.

Propos recueillis par Camille Monin et Fanny Barrot. Retranscription : Camille Monin

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Gudmundur Arnar Gudmundsson : « J’ai laissé parler l’enfant en moi pour qu’il prenne une place d’adulte dans mon film »

Après s’être posé des questions sur son avenir, Gudmundur Arnar Gudmundsson a travaillé dans la restauration avant de penser sérieusement au cinéma. Son film, « Hvalfjordur » (Le Fjord des Baleines), en compétition officielle à Cannes, était l’un de nos films favoris au dernier festival pour son esthétique (paysages islandais, visage angélique) et sa dureté (rapport à la mort, traitement de la solitude). Au final, le film a obtenu l’une des deux Mentions spéciales de Cannes (l’autre allant à « 37°4S » d’Adriano Valerio). Fin mai, nous rencontrions son auteur. Mi-juin, voici son entretien.

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Tu as étudié en Islande dans une école d’art et non dans une école spécifiquement cinématographique. Pour quelle raison ?

Plus jeune, j’étais plutôt un garçon à problèmes. Vers dix-huit ans, j’ai commencé à m’intéresser à l’art. Je regardais ma sœur, qui est une artiste, peindre. J’ai arrêté mes études, j’ai commencé à travailler dans un restaurant dans lequel je cuisinais. En travaillant les aliments, en les associant, j’y ai trouvé une forme d’art. J’aimais beaucoup créer de belles assiettes, je m’entraînais souvent dans mon coin. Ensuite, je me suis intéressé à l’écriture, à la peinture et à la photographie. Cela devenait compliqué parce que j’aimais vraiment toutes les formes artistique. Finalement, je suis rentré dans une école d’art où je peignais principalement mais où je touchais à beaucoup de choses. Faire des films est une finalité à cette pratique. À l’époque, je créais surtout une cuisine de qualité parce que je voulais rendre les gens heureux. Quand je fais des films, je cherche à les influencer, à les marquer, à ce qu’ils se sentent différents après la projection.

Tu as fini tes études en 2006. Comment as-tu appris à tourner, à influencer tes spectateurs ?

Dans l’écriture du scénario. Lorsque j’écris, je le fais toujours avec mes propres mots. Si tu es honnête avec toi-même, les gens le sentent et l’apprécient. C’est à ce moment-là qu’ils peuvent sentir ton influence.

Tu as eu l’opportunité de faire du documentaire. Ce film-ci est une fiction, tu as donc procédé autrement pour montrer ton univers.

Dans les deux, tu amènes un peu de magie dans la façon dont tu montres les choses. Ça reste du cinéma. Tu es le magicien, tu façonnes le film à ta façon.

Je n’ai pas vu ton film précédent, mais d’après que j’ai pu en lire, la vérité et la réalité semblent être au centre de tes préoccupations.

Je fais beaucoup d’expériences à travers mes films, parce que j’aime ça. Je suis beaucoup inspiré par les films de Wong Kar-wai, par sa façon de créer : il tourne, il écrit, il tourne à nouveau. Je mets du temps à écrire mes films, parce que je n’aime pas rester devant un ordinateur toute la journée. Je n’aime pas les ordinateurs ni toutes les choses électriques qui nous entourent. Alors, je procède un peu de la même façon que Wong Kar-wai.

Dans « Hvalfjordur », il était important que le spectateur perçoive ce que voit l’enfant, qu’il vive les situations de son propre point de vue ?

Je pense qu’il était difficile au moment de l’écriture de traduire cet aspect. Les adultes ne perçoivent pas les mêmes situations que les adolescents. J’ai cherché à me souvenir de quelle façon je pouvais vivre une situation lorsque j’avais neuf ans et c’est cette version que j’ai gardé pour le scénario. J’ai alors laissé parler l’enfant en moi pour qu’il prenne une place d’adulte dans mon film. Petit, j’avais hâte de grandir, je pense d’ailleurs que tous les enfants ressentent cela. C’est pour cela aussi que dans « Hvalfjordur », on ne voit pas les parents, on entend simplement leurs voix.

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Comment est-ce que cela s’est passé pendant le tournage avec ton jeune comédien ?

Il avait joué au théâtre auparavant et des petits rôles dans des films. Ça a plutôt été facile en fait, il était a l’écoute et je lui demandais des choses simples qu’il faisait très bien. Je lui ai demandé d’être lui-même, mais il n’y avait pas d’improvisation alors, il devait vraiment respecter mes indications pour se déplacer ou pour fixer son regard.

En quoi est-ce un film personnel ?

Quand j’avais quatorze ans, le grand frère de mon meilleur ami s’est suicidé. Cela m’a marqué et je ne pense pas que j’aurais fait ce film si cet évènement ne s’était pas passé. C’est toujours resté présent en moi. Je savais que j’aurais besoin de m’en servir un jour.

L’avant-dernier plan de ton film, qui montre la mort, est très esthétique, très cinématographique. Comment as-tu choisi de le filmer ?

J’ai essayé de traiter cela de façon simple, sans multiplier les angles de vue. Le temps et le matériel étant limités, il fallait faire au plus efficace. Écrire et tourner dans cette optique a été pour cela très instructif. Le film raconte une belle histoire, avec beaucoup d’émotions. Il ne fallait pas bâcler cela.

Il y a quelques années, j’ai rencontré Rúnar Rúnarsson (réalisateur d’« Anna » et de « Smáfuglar »). Comme toi, il est islandais, il a fait des films au Danemark et ses films prennent place dans de magnifiques paysages. Son style t’a-t-il influencé ?

Je ne sais pas, mais nous avons travaillé ensemble. J’ai lu le scénario de son long-métrage « Volcano » et il a lu le mien. Il m’a dit que ce film irait à Cannes !

Tu as une idée de ce que tu vas faire après ce film ?

J’ai un autre court métrage, tourné en Islande, en cours de montage. Je tourne beaucoup là-bas car au final pour moi, ce n’est pas la langue d’un film qui compte, mais où cela a lieu. Pour cela, l’Islande possède des paysages remarquables. Comme ce pays n’est pas grand, il est souvent nécessaire d’avoir recours à la coproduction pour monter un projet.

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Quel est ton rapport au court ?

Dans le court métrage, il y a certaines règles que tu dois respecter, comme la durée d’un film. Tu es limité dans ce que tu fais, tu dois alors chercher la meilleure solution pour montrer ce que tu veux, malgré une restriction de temps. Pour cela, j’aime les courts métrages.

Propos recueillis par Katia Bayer

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Festival d’Annecy : le palmarès 2013

Samedi soir, les jurés du Festival d’Annecy ont remis les prix des différentes compétitions. En court métrage, c’est le film « Feral » de Daniel Sousa qui a raflé la mise avec trois prix (prix du jury junior, mention spéciale de la Fipresci et prix festival connexions). Plutôt éclectique tant en termes de récits que de techniques d’animation, le palmarès s’articule autour de films européens et américains qui ont pour cette édition littéralement évincé les productions asiatiques pourtant riches et originales…

Le Cristal du court métrage : Subconscious Password (Jeu de l’inconscient) de Chris Landreth

Prix spécial du jury : Obida (The Wound) d’Anna Budanova

Mention pour un premier film : Trespass de Paul Wenninger

Prix « Jean-Luc Xiberras » de la première oeuvre : Norman de Robbe Vervaeke

Mention spéciale : Kolmnurga afäär (The Triangle Affair) d’Andres Tenusaar

Prix Sacem de la musique originale : Lonely Bones de Rosto

Prix du jury junior pour un court métrage : Feral de Daniel Sousa

Prix du Public : Lettres de femmes d’Augusto Zanovello

Prix du meilleur film de fin d’études : Ab ovo d’Anita Kwiatkowska-Naqvi

Prix spécial du jury : I Am Tom Moody d’Ainslie Henderson

Mention spéciale : Pandy (Pandas) de Matus Vizar

Prix du jury junior : Nyuszi és Oz (Rabbit and Deer) de Peter Vacz

Prix Unicef : Because I’m a Girl (Parce que je suis une fille) de Raj Yagnik, Mary Matheson, Hamilton Shona

Prix Fipresci : Gloria Victoria de Theodore Ushev

Mention spéciale Fipresci : Feral de Daniel Sousa

Prix « CANAL+ aide à la création » pour un court métrage : Autour du lac de Carl Roosens, Noémie Marsily

Prix Festivals Connexion – Région Rhône-Alpes en partenariat avec Lumières Numériques : Feral de Daniel Sousa

Le film le plus drôle selon le public d’Annecy : KJFG No 5 d’Alexei Alexeev