Prochaine soirée Format Court, jeudi 11/04/13 : carte blanche à Lobster Films, en présence de Serge Bromberg !

Depuis la rentrée, nous vous proposons régulièrement, lors de nos Soirées Format Court, de voyager dans le temps, avec des courts d’époque poétiques et formidables. Nous avons ainsi programmé au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) « One Week » (La Maison démontable) de Buster Keaton et Edward F. Clin (1920), « Symphonie bizarre » de Segundo de Chomon (1909) et « Mighty like a moose » (À visage découvert) de Leo Mac Carey (1926). Ces films ont un point commun : ils figurent tous trois dans le catalogue de Lobster Films, une société de conservation et de restauration de films anciens dirigée par Serge Bromberg et Eric Lange. Par le passé, nous avons consacré un Focus à cette structure amoureuse du cinéma d’antan dont les premiers films remontent à 1895. Aujourd’hui, nous lui offrons une carte blanche, le jeudi 11 avril prochain, lors de laquelle pas moins de 16 curiosités et autres raretés, réalisées entre 1904 et 1948, seront projetées au Studio des Ursulines, en présence de Serge Bromberg.

Programmation

Tramway (documentaire, muet N & B, 5’15, France, 1913)

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Synopsis : Sous le regard complice d’une ribambelle d’enfants, un tramway s’engage dans les rues de Dunkerque au début du XXe siècle. Au détour d’un long travelling le quotidien se déploie : commerçants, hommes d’affaires, ménagères, marchands ambulants, badauds de toute sorte participent de l’effervescence urbaine. Puis, à mesure que l’on s’éloigne du centre, la ville se voile et un autre mouvement, celui de la périphérie, prend le dessus.Issu d’une copie nitrate, ce documentaire empreint d’une beauté immuable témoigne de l’impact du temps dans l’image filmique et sa matière.

Le Roi du Maquillage de Georges Méliès (scène à truc, muet sonorisé N & B, 2’42, France, 1904, Star Film)

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Synopsis : Méliès, en habit et chapeau haut de forme, dessine sur un tableau noir les têtes d’un poète, d’un vieillard barbu puis d’un jockey anglais, enfin d’un “comic excentric”. Il prend tour à tour l’apparence de ces personnages avant définir en Méphistophélès.

Betty Boop’s Crazy Inventions de Dave Fleischer (dessin animé, série Betty Boop, sonore N & B, 6’32, États-Unis, 1933, Fleischer Studios)

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Synopsis : Venez découvrir les merveilleuses inventions toutes plus loufoques les unes que les autres que Betty et ses amis vous proposent.

Rum and Coca Cola (jazz, série Soundies, avec Jeri Sullivan, sonore N & B, 2’30, États-Unis, 1945)

Petites causes, grands effets de O’Galop (dessin animé, muet N & B, 2’04, France, 1918)

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Synopsis : Les effets d’un petit verre d’alcool. Et en le prenant chaque jour, on devient alcoolique.

Pour résister à la tuberculose de O’Galop (dessin animé, muet N & B, 1’44, France, 1918)

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Synopsis : Pour résister à la tuberculose, soyez fort et pratiquez les sports en plein air.

Le Circuit de l’alcool de O’Galop (dessin animé, muet N & B, 2’11, France, 1918)

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Synopsis : Dessin animé de propagande anti-alcoolique. Le circuit de l’alcool ou la métamorphose d’un écu.

Un duello allo Schrapnell (comique, muet sonorisé teinté, 5’00, Italie, 1913, Itala Films)

Synopsis : Deux alpinistes sauvent une randonneuse qui s’est blessée en grimpant la montagne. Dès commence une rivalité qui les mènera au duel pour conquérir le cœur de la jeune femme.

Le bon exemple (publicité, avec Fernandel, sonore N & B, 2’17, France, 1938, Seita)

Synopsis : Publicité de la firme Seita avec Fernandel.

I’ll say she is (bande annonce, avec les Marx Brothers, N & B, 4’36, États-Unis, 1931, Paramount)

Synopsis: Bande annonce du film « Monkey business », dans laquelle chacun des frères Marx tente d’imiter Maurice Chevalier pour une audition.

Tulips shall grow de George Pal (animation, sonore couleur, 6’59, États-Unis, 1942, Paramount)

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Synopsis : Jan est amoureux de Janette. Les jours s’écoulent paisiblement au rythme des moulins à vent, jusqu’à ce qu’une armée de boulons arrive et massacre tout sur son passage. Mais les tulipes repousseront. Un chef-d’oeuvre.

Premier prix de violoncelle (comique, muet N & B, 2’41, France, 1907, Pathé)

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Synopsis : L’artiste s’installe sur un pliant au beau milieu de la rue et se met à jouer. Bientôt, des fenêtres pleuvent des projectiles de toutes sortes sans pour autant couper l’inspiration du musicien jusqu’à ce qu’une petite fille vienne lui offrir un bouquet de fleurs. Celui-ci remercie, salue et s’en va.

The fresh lobster (burlesque, avec Billy Bletcher, sonore N & B, 6’29, États-Unis, 1948)

Synopsis : Billy descend au milieu de la nuit manger le reste de langouste du frigo. De retour dans son lit, il réalise rapidement qu’il s’est couché sur une langouste géante. Il prend la fuite, poursuivi par l’énorme langouste. Situations absurdes, langouste animée etc. Ce film très rôle se termine dans le lit car. Ce n’était qu’un rêve.

Fiddlesticks de Ub Iwerks (dessin animé, série Flip the Frog, couleur, 6’02, États-Unis, 1930, Celebrity Pictures)

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Synopsis : Flip dirige un orchestre animalier. Une terrible compétition s’engage entre lui au piano et la souris au violon… Lequel est le virtuose des animaux ?

Un Monsieur qui a mangé du taureau de Eugène Deslaw (comique, sonore N & B, 6’49, France, 1935, Victor Films)

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Synopsis : A l’issue d’un repas, un monsieur clame que c’est du taureau qu’il a mangé, et se dispose à encorner tout le monde. Il décroche du mur une paire de cornes, se la flanque sur la tête et entame une corrida frénétique. Les convives affolés téléphonent d’urgence en Espagne pour réclamer un matador. Version sonorisée et commentée de façon délirante par Betove d’un film de 1909.

The Rounders de Charlie Chaplin (burlesque, avec Charlie Chaplin, Fatty Arbuckle, Minta Durfee, Charley Chase, Al Saint John, muet sonorisé N & B, 13’15, États-Unis, 1914, Keystone)

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Synopsis : Charlie et Fatty, qui viennent de se payer une beuverie carabinée, regagnent leurs foyers respectifs. Ils font les fonds de tiroir et s’en retournent au cabaret.

Infos pratiques

– Projection des films : jeudi 11 avril 2013, à 20h30. Durée du programme : 77’

– Adresse : Studio des Ursulines – 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris – Accès : BUS 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon).
 RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée).

Entrée : 6 € !

Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com

– Prochaine séance : le jeudi 9 mai 2013 !

Défense d’aimer de May El-Hossamy

May El Hossamy est une artiste complète. Peintre, photographe et vidéaste, elle se met en scène dans « Défense d’aimer », un court métrage interpellant. Pour ce film, sélectionné au Cinéma du Réel, elle a choisi de questionner ses proches au sujet de l’amour et de l’une de ses multiples facettes.

« Défense d’aimer » se présente comme un conte où May El Hossamy mène une enquête auprès de sa mère, un sage et un homme religieux pour tenter de découvrir si en Egypte, une musulmane a le droit d’épouser un chrétien. Grâce sa manière de filmer tour à tour chaque personne, El Hossamy arrive à nous faire pénétrer dans l’intimité d’une société toujours fortement influencée par les écrits religieux.

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En passant de la sphère privée à la sphère publique, El Hosssamy confronte les arguments. Alors que la mère a peur que sa fille ne se marginalise trop en choisissant un « amour impossible », le sage, lui, préfère s’en remettre à Dieu, quant à l’imam, il dévoile le côté clairement misogyne de la religion en citant le verset du Coran disant que les hommes ont autorité sur les femmes.

Conçu dans le cadre des Ateliers Varan, « Défense d’aimer » donne l’impression d’avoir été tourné dans l’urgence. On y sent le manque de moyens (caméra mobile, éclairage naturel, bruits parasites), ce qui pourrait lui conférer le qualificatif de  » film de famille », pourtant à y regarder de plus près, on comprend soudainement l’envie de la réalisatrice de dénoncer une injustice profonde. Dans sa volonté de ne jamais apparaître en face caméra, d’être le contrechamps des personnes qu’elle interroge, elle démontre, que dans la société égyptienne, il n’y a pas de réel rapport d’égalité entre les personnes mais au contraire, que les rapports sont mis sur le mode de la confrontation. Ce n’est que dans les dernières minutes qu’on la voit dans la pénombre, face à l’homme qu’elle aimerait épouser. C’est qu’à ce moment-là, elle est bel et bien dans une relation égale.

Le manque de réponses satisfaisantes de part et d’autres mène les jeunes gens vers une impasse, celle qui interdit d’aimer librement l’élu de son cœur. Vers la voie de la démocratisation, il semblerait que dans le pays des pharaons, la plus grande des révolutions a l’amour pour nom.

Marie Bergeret

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Q comme Quand passe le train

Fiche technique

Synopsis : La Patrona, Mexique. A chaque passe d’un train de migrants, l’épicière Norma et ses amies se précipitent pour leur fournir des vivres à la volée.

Pays : France

Année : 2013

Durée : 30’

Réalisation : Jérémie Reichenbach

Directeur de la photo : Jérémie Reichenbach

Son : Jérémie Reichenbach

Montage : Baptiste Petit-Gats

Producteur : Adonis Liranza

Article associé : la critique du film

Quand passe le train de Jérémie Reichenbach

« Quand passe le train » est l’un des cinq courts français présentés en compétition internationale au Cinéma du Réel. Pourtant, l’histoire de ce documentaire nous emmène loin, bien loin de la France, au cœur du Mexique dans l’État de Veracruz.

Si Jérémie Reichenbach avait jusque là plutôt exploré des sujets d’Afrique, il donne ici à voir le quotidien d’un groupe de femmes latino-américaines rythmé par le passage de trains de migrants qui cherchent à gagner les États-Unis.

On pourrait dire de ce documentaire que tout est dans le titre tant le train est un élément déterminant dans la vie du groupe de femme filmées par Jérémie Reichenbach. C’est dans cette relation presque intime, en tous cas inconditionnelle, entre les femmes et la machine que le réalisateur semble puiser l’énergie de son œuvre. Tout le film se construit autour du passage des trains en bordure du village de Patrona. Un des uniques moments de réconfort dans cet éprouvant voyage se situe là, à Patrona, dans un mouvement de vie des femmes qui, regroupées au bord des rails les bras chargés de victuailles, crient « à manger » et jettent dans les bras des migrants des paquets de nourriture.

Un des partis pris de réalisation les plus significatifs du film réside sans doute dans la façon d’opposer radicalement les moments de la vie quotidienne « classique » et ceux où les trains passent. Le réalisateur, dans son montage, suit pendant plusieurs jours les femmes du village. Les temps de préparation presque ritualisés des denrées défilent à l’image (le marché, la cuisson, la répartition, l’emballage, le chargement…). Les mouvements sont précis, adéquats, silencieux… Ces temps sont tels de longs instants de calme avant la tempête ferroviaire, rapide, bruyante et puissante. Les hommes jaillissent alors de partout (des wagons, du toit du train, …) pour tenter d’attraper des victuailles tendues à bout de bras par les femmes au bord des rails. Ça crie, ça grouille de vie, et puis… Stop. Le train est passé. La vie reprend son cours, jusqu’au prochain sifflement du train.

« Quand passe le train » est un film généreux. Jérémie Reichenbach aborde ici d’une manière extrêmement sensible un sujet qui lui est cher : la migration. Le film nous entraîne au plus proche de ces femmes courageuses qui donnent à des inconnus de quoi survivre dans un geste d’amour gratuit. Sans être dans la compassion, Jérémie Reichenbach nous plonge dans l’intimité de ces femmes qui ont sans doute vu partir leurs maris, leurs fils dans ces trains d’exil.

Fanny Barrot

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Cha Fang (The Questioning) de Zhu Rikun

Quand la Chine met la pression sur son cinéma indépendant

Dans la compétition internationale de courts métrages du Festival du Cinéma du Réel, le film de Rikun Zhu, « Cha Fang » (« The Questioning » en anglais), nous offre un regard oppressant sur les conditions de production du cinéma indépendant chinois actuel. Témoignage hyperréaliste d’une situation politique tendue, « Cha Fang » saisit un instant de pression policière commun pour nous donner un aperçu brûlant de la situation des droits de l’homme en Chine aujourd’hui. Parmi ses différentes activités, Rikun Zhu est aussi le directeur du Festival du Film Indépendant de Pékin, festival qui cette année a dû être annulé suite aux intimidations politiques exercées par le gouvernement sur les organisateurs.

En déplacement dans la province chinoise de Xinju en soutien à des défenseurs des droits de l’homme, Rikun Zhu et un membre de son équipe sont dans leur chambre d’hôtel un soir de juillet 2012. On frappe à la porte. C’est la police. Avant d’ouvrir, le réalisateur allume sa caméra et filme l’intégralité de la scène. Le procédé technique est donc celui d’une caméra cachée, pour un plan séquence fixe de vingt minutes qui nous fait vivre l’intrusion policière de l’intérieur. On découvre alors la façon d’opérer de ces policiers. Ils sont presque une dizaine à pénétrer dans la chambre, la plupart en uniforme, d’autres en civil. L’un d’entre eux utilise lui aussi un caméscope pour filmer la scène. L’impression est forte car on se filme de toute part, comme pour mieux signifier le climat d’insécurité et de suspicion générale qui entoure le moment. De chaque côté des caméras, rien des propos échangés ne sera perdu.

L’interrogatoire commence par ce qui ressemble à un banal contrôle avec présentation des passeports et des cartes d’identité. Mais peu à peu la tension monte car Rikun Zhu fait preuve d’une relative indocilité. Dans le cadre, le réalisateur est presque tout le temps de dos, comme un témoin anonyme, alors que face à lui, les policiers perdent la tête en entrant de trop près dans le champ, laissant l’autorité de leur uniforme écraser l’interrogatoire. Cherchant à faire respecter ses droits, Rikun Zhu insiste pour que les policiers présentent eux aussi leurs documents. Puis, il essaye de les faire parler pour connaître les motivations du contrôle. Des deux côtés, on joue sur les mots comme pour ne pas révéler ouvertement l’antagonisme des positions. Et si Rikun Zhu parvient à arracher à l’un des policiers le motif de leur action, « maintenir la sécurité publique et supprimer le hasard potentiel », c’est la police qui entend avoir le dernier mot en harcelant le réalisateur d’un questionnement répétitif autour d’un aveu oral de sa nationalité. L’échange entre les deux hommes semble alors parvenir aux limites de l’absurde, mais face à la résistance de Rikun Zhu à répondre ce qu’on attend de lui, la pression s’accroît ostensiblement. On comprend que derrière cette insistance paradoxalement ridicule autour d’une question unique à la simplicité consternante, se cache une autre question dont la portée politique est essentielle, celle de la soumission au pouvoir.

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Le film de Rikun Zhu s’achève par des insertions de texte en chinois et en anglais où sont décrites les exactions de la police de Xinju à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ces dernières années. On comprend dès lors d’autant mieux en quoi le principe d’une caméra cachée lors d’un contrôle d’identité peut potentiellement servir de garantie à un réalisateur indépendant qui défend la liberté d’expression en Chine. En programmant « Cha Fang », le Cinéma du Réel s’engage dans une démarche forte de soutien politique à la production indépendante chinoise en montrant un film dont on peine à croire qu’il puisse être diffusé dans son pays.

Xavier Gourdet

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Cinéma du Réel 2013

Du 21 au 31 mars 2013, le Cinéma du Réel explore la diversité de la création documentaire sur les écrans du Centre Georges Pompidou à Paris. Au programme, une sélection de films documentaires internationaux qui parcourt sans concession les problématiques sociales du monde contemporain dans un cinéma dont la richesse et la multiplicité sont toujours renouvelées. Au cœur de cette programmation conséquente, Format Court se penche sur la sélection internationale de courts métrages, ainsi que sur les films des séances « Pays rêvés, pays réels ».

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Découvrez dans ce focus :

Cinéma du Réel. Pays rêvés, pays réels

Cinéma du Réel, le palmarès côté court

La critique de « Défense d’aimer » de May El-Hossamy (France, Egypte, 2013)

La critique de « Quand passe le train » de Jérémie Reichenbach (France, 2013)

La critique de « Cha Fang » de Zhu Rikun (Chine, 2013)

Cinéma du Réel, la sélection des courts

C comme Cha Fang (The Questioning)

Fiche technique

Synopsis : Le 24 juillet 2012, je me suis rendu dans une ville en soutien à trois candidats indépendants locaux et activistes des droits de l’homme. Pendant ce temps, nous nous sommes rendu compte que nous étions suivis. Le soir à minuit, des policiers sont venus dans notre chambre et pour procéder à une inspection.

Genre : Documentaire

Durée : 20’

Année : 2013

Nationalité : Chine

Auteur-Réalisateur : Zhu Rikun

Image : Zhu Rikun

Son : Thom O’Connor

Montage : Yu Xiaochuan

Production : Fanhall Films

Article associé : la critique du film

Benjamin Renner : « Je n’aime pas trop les projets extrêmement ambitieux, je préfère rester dans quelque chose de très modeste graphiquement »

En quatre ans et des poussières, nous avons suivi le travail de Benjamin Renner. Au tout début, il y a eu « La Queue de la souris », son film malin et touchant de fin d’études de La Poudrière, récompensé du Cartoon d’Or en 2008. Quelques années plus tard, on l’a retrouvé autour de son projet de long-métrage, « Ernest et Célestine », présenté pendant le festival d’Annecy. Par la suite, son film, co-réalisé avec Vincent Patar et Stéphane Aubier, les créateurs de « Panique au village » et des drolatiques Pic Pic et André, est sorti en salle (il y est toujours, allez ou retournez le voir !). En début d’année 2013, à notre séance anniversaire, nous avons projeté « La Queue de la souris », en présence de Benjamin Renner et de son compositeur de l’époque, Christophe Héral. Depuis, celui qui se représente sous les traits d’un cochon (voir ci-dessous) a été juré au festival Anima, il y a un mois à Bruxelles et a reçu le César du meilleur film d’animation pour « Ernest et Célestine ». Rencontre autour de l’épure, de l’animation, de la narration et de la bande dessinée.

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Avant de faire de l’animation, tu t’es longtemps intéressé à la bande dessinée. Comment es-tu passé de l’une à l’autre ?

En sortant du lycée, j’étais parti pour faire de la bande dessinée. J’étais en prépa aux Beaux-Arts d’Angoulême, les professeurs m’ont expliqué qu’il fallait que je m’ouvre à d’autres choses. À un moment, j’ai commencé à m’intéresser à la notion de narration et je me suis mis à faire de l’animation. En réalité, les BD que je faisais ressemblaient à de l’animation, c’étaient des pauses clés les unes derrière les autres, avec très peu d’ellipses.

Après les Beaux-Arts, Sébastien Laudenbach, que j’avais eu comme professeur en prépa, m’a conseillé de tenter La Poudrière, en me disant que ça pouvait me plaire. J’y suis allé sans vraiment y croire en me disant que j’étais juste quelqu’un qui faisait de la BD. Une fois pris, j’ai commence à m’intéresser aux modes d’expression. J’ai rencontré Alain Gagnol qui m’a appris à penser au public et qui m’a parlé d’adaptations. On peut adapter les contes les plus connus, mais ce qui est intéressant c’est la forme qu’on leur donne, du coup, je me suis plongé dans les livres.

Qu’est-ce qui t’intéresse dans la bande dessinée ?

J’adore raconter des histoires, la méthode de narration est quelque chose qui me passionne. En bande dessinée, la liberté est plus grande qu’en animation et la contrainte n’est pas la même. Trouver de nouvelles manières de raconter des histoires et transmettre des émotions au spectateur, ça m’intéresse. Au début, je faisais de la BD avec des cases et très vite, je les ai laissées tomber. Je faisais un grand décor dans lequel le personnage se déplaçait, libre de toute contrainte. On le suivait et de fil e aiguille, ça racontait une histoire.

Si « La Queue de la souris » a été beaucoup vu, on connait moins ton film de première année « Le corbeau voulant imiter l’aigle », un exercice de La Poudrière, dans lequel tu t’affranchis du cadre, comme en bande dessinée, et dans lequel l’espace est très grand. Est-ce que tu as voulu là aussi être dans l’épure ?

En fait, depuis le début, je ne suis pas un bon dessinateur, il faut toujours que je trouve des astuces. C’est quelque chose que j’ai appris aux Beaux-Arts, le jour où j’ai réalisé que je pouvais tout raconter avec n’importe quoi. Quand j’étais en prépa, j’entendais que c’était plus approprié de raconter une histoire avec un médium plutôt qu’un autre, et ça me semblait être n’importe quoi. Avec un trait, tu peux raconter une histoire épique ou un truc super émouvant. Tout est possible.

Tu peux jouer avec l’imaginaire du spectateur en même temps…

C’est ça. Comme je suis quelqu’un d’assez paresseux, j’ai toujours essayé de faire dans le minimalisme. Je n’aime pas trop les projets extrêmement ambitieux, je préfère rester dans quelque chose de très modeste graphiquement. Moins il y en a, plus c’est intéressant, plus ça évoque de choses au spectateur. Dans « La Vie des bêtes » d’Ulrich Totier, un film de La Poudrière sur lequel j’ai travaillé, plusieurs scènes sont très belles, mais on ne voit rien à l’image. Pareil dans « Stalker » de Tarkovski : il n’y a absolument rien mais tu ressens énormément de choses. Ce côté mystique, cette puissance de l’émotion m’intéresse très fort.

« Le corbeau voulant imiter l’aigle » et « La Queue de la souris » ont tous les deux un graphisme très épuré, très travaillé autour de l’angle, de la courbe, de la silhouette, de la dimension, de la représentation. Comment en es-tu venu à ce style-là ?

Le style m’est venu assez naturellement, je m’intéresse à la silhouette depuis longtemps. Aux Beaux-Arts, déjà, j’avais fait une BD avec cette esthétique très anguleuse, avec des jeux d’optique très présents. Cette forme de liberté offre des sensations de narration très fortes. Par exemple, un point dessiné sur une page blanche peut apparaître comme un oeil comme un personnage complètement perdu dans une immensité. Dans cette logique, j’ai fait « Le corbeau ». Pour « La Queue », j’étais plus dans la narration, moins dans le jeu visuel. Je voulais raconter une histoire avec des dialogues et moins être dans la démonstration que dans le premier.

Les films d’école peuvent comporter des contraintes en termes de de sujet et de durée, cela fait partie de l’exercice. Quelle ont été celles du « Corbeau voulant imiter l’aigle » ?

Le thème était la gourmandise, il devait être traité pendant une minute. Oui, je sais, ça se voit pas très bien, le film parle plus de l’orgueil que d’autre chose ! Après coup, le directeur de la Poudrière m’a dit que c’était hors sujet mais que ça allait !

Et le sujet de « La Queue de la souris », c’était quoi ?

Là, comme il s’agit du film de fin d’études, j’étais libre. La seule contrainte était celle de la durée : 3 minutes. À l’école, ils sont stricts avec ça, ils ne veulent pas qu’on dépasse le temps imparti.

Sur le moment, j’ai eu du mal avec ce principe de durée, mais après coup, j’ai trouvé ces contraintes intéressantes. Pour le film de première année, c’est un exercice très difficile car tu n’as qu’une minute pour transmettre une sensation. Quand tu es étudiant, tu as vraiment tendance à partir sur des longueurs, un peu par orgueil, c’est donc plutôt bien de calmer nos ambitions de durée. Un film plus long n’est pas forcément meilleur qu’un plus court. Je me souviens que quand j’étais étudiant aux Beaux-Arts, j’avais fait un petit film, avec des plans super longs d’une absurdité totale. Ça n’avait aucun intérêt, mais moi, je trouvais ça fort artistiquement ! Je voulais prouver au spectateur qu’on pouvait représenter la lenteur à l’écran ! Je n’ai jamais fini ce film, on ne se rend pas forcément compte de ses erreurs sur le moment même…

Ce genre d’expérience peut servir pour la suite, non ?

Oui. On apprend à mesurer les choses. En dernière année à La Poudrière, j’avais un autre scénario que je n’ai pas utilisé parce qu’il était trop long, il y avait beaucoup de dialogues et le scenario ne pouvait pas tenir en 3 minutes. C’était une variante de « La Queue de la souris » : « La souris qui tombait dans l’oreille du lion ».

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En venant présenter « La Queue de la souris » à notre séance, en janvier, tu mentionnais le fait que tu voyais beaucoup de défauts dans le film. Quels sont-ils ? Est-ce que tu en vois davantage par rapport à ton expérience sur le long-métrage ?

Non, je t’avoue que c’est presque plus le contraire. Je vois moins de défauts dans « La Queue de la souris » ou dans « Le corbeau voulant imiter l’aigle » que dans le long. Avec le recul, sur « La Queue », je vois des défauts mais ce sont presque des qualités, des petites erreurs, que je trouve plutôt touchantes et qui donnent du charme au film.

Pour moi, il y a eu des gros défauts sur le long, notamment parce que la fabrication n’a rien à voir avec celle de mes courts. Je réalise que je maîtrisais beaucoup plus « La Queue de la souris » et « Le corbeau voulant imiter l’aigle » qu’« Ernest et Célestine ».

Sur le deuxième court, je n’étais pas moins libre mais j’étais un peu plus mal à l’aise parce que je faisais du dialogue. Le contact avec les acteurs, c’est quelque chose qui me pose beaucoup de problèmes. J’ai du mal à diriger les acteurs. Sur « Ernest », ça a été un cauchemar, j’y allais vraiment à reculons.

Tu pourrais refaire un court aujourd’hui ?

Ah oui, j’aimerais bien. Je n’ai pas encore de projet qui me tient assez à coeur pour me lancer, mais oui, clairement. La BD aussi me tente, car le long, c’est quand même pénible.

Beaucoup de gens qui font du court aspirent pourtant au long….

Je sais, mais il y a une absurdité autour de ce film. Pendant très longtemps, je ne voulais pas le réaliser.

Juste rester directeur artistique ?

Oui, et encore. Là aussi, c’était trop.

Est-ce que ça a été trop rapide pour toi ?

Oui, beaucoup trop, même avec le recul. Après, heureusement, mon producteur (Didier Brunner, Les Armateurs) m’a écouté et a compris qu’il fallait trouver des renforts en termes artistiques et de réalisation. Du coup, globalement, ça s’est bien passé, mais avec le recul, je me dis toujours que je n’étais pas forcément la meilleure personne pour réaliser « Ernest ». Pendant toute la production, je me suis dit ça, que je faisais au mieux, que ça allait, mais qu’avec un réalisateur plus expérimenté, plus à l’aise aussi dans la direction d’équipes, ça aurait été parfait. Je n’ai pas vraiment eu de contrôle artistique sur « Ernest », il y a beaucoup de choses que j’ai lâchées. L’ambition artistique que j’avais à l’origine, sur ce film, n’est pas du tout ce qu’on voit à l’écran.

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C’était quoi, cette ambition ?

C’était très proche de « Mes voisins les Yamada ». Je voulais quelque chose d’extrêmement épuré, des décors presque vides, mais comme je n’ai pas réussi à contrôler le truc, j’ai préféré laisser les décorateurs agir. C’est pour ça que ce film, en même temps, je ne le ressens pas complètement.

En même temps, à certaines moments, des silhouettes apparaissent et le minimalisme surgit…

Oui, il y a des traces, parce que j’ai travaillé dessus. Par contre, l’objet en lui-même n’est pas ce que j’avais en tête. En même temps, ça aurait peut-être été plus mauvais.

On ne peut pas savoir…

Non.

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© Benjamin Renner

Tu as crée un blog autour du film où tu évoques avec humour, à la manière d’une BD, plusieurs étapes clés du projet. Pourquoi Didier Brunner, ton producteur, est-il représenté sous les traits d’un crapaud et pourquoi apparais-tu en cochon ?!

Moi, je me suis toujours dessiné en cochon et Didier, je l’ai représenté ainsi parce que c’est comme ça que je l’imaginais, sous les traits d’un petit crapaud super touchant, complètement taré ! J’avais peur qu’il le prenne mal mais c’est ce qu’il m’évoquait de manière tendre. Ça va, il l’a bien pris !

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© Benjamin Renner

Ça t’a fait du bien de raconter tes souvenirs, comme le lâcher très progressif de rideau à la séance de la Quinzaine des Réalisateurs ?!

Tout est basé sur des souvenirs complètement amplifies. Le lâcher de rideau à Cannes, c’est ce qui s’est passé à Annecy : on m’a vraiment forcé à monter sur scène alors que j’étais trop stressé ! Tu veux savoir si c’était une thérapie, c’est ça (rires) ?! Non, en fait, j’avais vraiment envie de remercier les personnes qui avaient bossé sur le film. Comme je n’ai pas vraiment eu l’occasion de le faire, j’ai eu envie de parler d’eux, de leur travail, des métiers de l’ombre aussi. À la base, je voulais le faire pendant la production du film mais j’ai manqué de temps.

À Anima, avec les deux autres membres du jury, vous avez primé « Feral » de Daniel Sousa. Quelles qualités accordes-tu au film ?

J’ai adoré le propos, la manière dont le réalisateur parle de l’humain par rapport au monde. Cette manière de raconter est très forte et a du sens. Les scènes ne sont pas justes belles, à chaque fois, elles sont super fortes. Techniquement, le film est bluffant. Il est certes un peu trop long, il frôle parfois avec le grandiose, mais il reste magnifique dans ses effets.

C’est quelque chose que tu repères souvent, des belles scènes et des effets superflus ?

En général, si tu le vois, c’est que c’est le cas. Michaël Dudok de Wit m’a beaucoup appris. Lui, c’est l’inverse, techniquement en animation, il fait des trucs magnifiques. Dans sa mise en scène, il ne fait rien de spectaculaire, c’est très posé, très réfléchi. Dans « Père et fille », avec presque rien, il crée énormément d’émotions.

Le médium de l’animation tend peut-être à se diriger vers le délire technique. À Annecy, beaucoup de films sont très graphiques, intéressants et abstraits, mais ils ne se soucient pas toujours de la narration. Malheureusement, ces films ne me parlent pas beaucoup.

Tu as fini en 2007. Est-ce que l’épure continue de t’intéresser ?

Oui, j’ai envie de continuer à amplifier cette logique. Pour moi, c’est comme revenir à l’écriture, aller à l’essence de ce que j’ai envie de dire, ne rien raconter de plus.

Propos recueillis par Katia Bayer

Consulter le blog de Benjamin Renner (making of d’« Ernest et Célestine ») : http://reineke.canalblog.com/

Article associé : la critique de « La Queue de la souris »

Palmarès du Festival international du film d’Aubagne

Le Festival d’Aubagne, sensible à la relation entre l’image, la musique et le son, vient de se terminer ce samedi soir. Voici le palmarès établi par le jury court, composé de Benjamin Celliez (producteur), Matthieu Di Stéfano (compositeur), Maxime Gavaudan (ingénieur du son, producteur) et Andy Gillet (comédien).

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Palmarès

GRAND PRIX de la MEILLEURE CRÉATION SONORE remis au compositeur Jean-François CAVRO et aux réalisateurs Christophe Gautry et Mathieu Brisebras pour le film d’animation « Vertige » (France/Belgique, 2012)

Prix FICTION : « Korsoteoria » de Antti Heikki Pasonen (Finlande, 2012)

MENTION : « Grace » de Jo Kelly (Etats-Unis/Suisse/Belgique, 2011)

Prix DOCUMENTAIRE : « Kinoki » de Leo Favier Schroeter und Berger (France, 2012)

Prix EXPÉRIMENTAL : « From To » de Miranda Herceg (Croatie, 2012)

MENTION : « Landscape duet » de Pierre Larauza (Belgique/Chine, 2012,)

Prix ANIMATION : « Natasha » de Roman Klochkov (Belgique, 2012)

MENTION : « Fuga » de Juan Antonio Espigares (Espagne, 2012)

MENTION SPÉCIALE POUR LA MUSIQUE : « Tram » de Michaela Pavlátová (France/ République Tchèque, 2012)

Prix BEAUMARCHAIS-SACD : « Tennis Elbow » de Vital Philippot (Pablo Pico, France, 2012)

PRIX DU PUBLIC : « Du poil de la bête » de Sylvain Drécourt (France/Suisse/Espagne, 2012)

Prix COLLÉGIENS : « Rue des Roses » de Patrick Fabre (France, 2012)

Brive, la sélection européenne 2013

23 films, parmi les 525 soumis à la sélection, seront en compétition aux 10èmes Rencontres européennes du moyen métrage de Brive (2-7 avril 2013). Parmi eux, figurent le grand gagnant du dernier Festival de Clermont, « Avant que de tout perdre » de Xavier Legrand et le prix Format Court au dernier Festival de Vendôme, « Le Monde à l’envers » de Sylvain Desclous.

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Films en compétition

ARTEMIS, CŒUR D’ARTICHAUT de Hubert Viel – France / 2012 / Fiction / 60’

AT ONCE de Tatjana Moutchnik – Allemagne / 2013 / Fiction / 44’

AVANT QUE DE TOUT PERDRE de Xavier Legrand – France / 2012 / Fiction / 30’

BUMPY NIGHT de Julie Kreuzer – Allemagne / 2012 / Fiction / 33’

DEJEUNER CHEZ GERTRUDE STEIN de Isabelle Prim – France / 2013 / Fiction expérimentale / 44’

DO YOU BELIEVE IN RAPTURE ? de Emilie Aussel – France / 2012 / Fiction / 43’

ENTRECAMPOS de Joao Rosas – Portugal / 2012 / Fiction / 32’

LES CHEVEUX COURTS, RONDE, PETITE TAILLE de Robin Harsch – Suisse / 2012 / Documentaire fictionné / 30’

JE SENS LE BEAT QUI MONTE EN MOI de Yann Le Quellec – France-Belgique / 2012 / Fiction / 30’

JUMP de Petar Valchanov et Kristina Grozeva – Bulgarie / 2012 / Fiction / 30’

KORSOTEORIA de Antti Heikki Pesonen – Finlande / 2012 / Fiction / 30’

L’AGE ADULTE de Eve Duchemin – France-Belgique / 2012 / Documentaire / 56’

LAZARE de Raphaël Etienne – France / 2013 / Fiction / 30’

LE JARDIN D’ATTILA de Martin Le Chevallier – France / 2012 / Fiction expérimentale / 32’

LE MONDE A L’ENVERS de Sylvain Desclous – France / 2012 / Fiction / 37’

ONE SONG de Catalina Molina – Autriche / 2012 / Fiction / 30’

ORLEANS de Virgil Vernier – France / 2012 / Fiction / 58’

POSFACIO NA CONFECçAOES CANHAO de Antonio Ferreira – Portugal / 2012 / Fiction / 30’

POUR LA FRANCE de Shanti Masud – France / 2013 / Fiction / 30’

RETENIR LES CIELS de Clara et Laura Laperrousaz – France / 2013 / Fiction / 40’

TAMBYLLES de Michal Hogenauer – République Tchèque / 2012 / Fiction / 55’

THOSE FOR WHOM IT’S ALWAYS COMPLICATED de Husson – France / 2013 / Fiction / 55’

TOUCHER L’HORIZON de Emma Benestan – France / 2012 / Fiction / 30’

Cinéma du réel, la sélection des courts

Cinéma du réel, le festival du documentaire organisé chaque année au Centre Pompidou (Paris) redémarre demain, et se termine le 31 mars 2013. Côté courts, une compétition internationale de 13 titres est prévue au programme. Dans les prochains jours, l’équipe de Format Court vous présentera ses films préférés. En attendant voici le détail de la sélection.

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• AMAL’S GARDEN réalisé par Nadia Shihab (Irak, USA)
• BOIS D’ARCY réalisé par Mehdi Benallal (France)
• CHA FANG (THE QUESTIONING) réalisé par Rikun Zhu (Chine/China)
• CE QUE MON AMOUR DOIT VOIR (WHAT MY LOVE MUST SEE) réalisé par François Bonenfant (Portugal, France)
• LES CHEVEUX COURTS, RONDE, PETITE TAILLE réalisé par Robin Harsch (Suisse/Switzerland)
• DEFENSE D’AIMER réalisé par May El Hossamy (France)
• LETTER réalisé par Sergei Loznitsa (Russie/Russia)
• LIQUIDATION réalisé par Christophe Bisson (France)
• EIN NEUES PRODUKT (A NEW PRODUCT) réalisé par Harun Farocki (Allemagne/Germany)
• MADERA (WOOD) réalisé par Daniel Kvitko (Cuba)
• MAURO EM CAIENA (MAURO IN CAYENNE) réalisé par Leonardo Mouramateus (Brésil/Brazil)
• OSIEMNASTKA (EIGHTEENTH BIRTHDAY) réalisé par Marta Prus (Pologne/Poland)
• QUAND PASSE LE TRAIN réalisé par Jérémie Reichenbach (France)

Short Screens #24 : Spécial « Animation »

De retour dans un nouveau lieu au cœur de la capitale belge, Short Screens débute sa saison 2013 avec une programmation captivante qui fait la part belle du cinéma de l’animation!

Rendez-vous le jeudi 28 mars à 19h30 au cinéma Aventure (Galerie du centre 57, 1000 Bruxelles) ! PAF : 6 euros.

Une collaboration entre Format Court et Artatouille asbl

Au programme, huit petits films à l’univers aussi poétique que décalé :

Mount Head de Koji Yamamura. Japon, 2002, Animation, 10′

Un homme radin a l’habitude de manger les noyaux des cerises. Un cerisier lui pousse sur le crâne et à partir de ce moment, les gens affluent pour y pique-niquer. Ce film est une interprétation moderne d’un conte traditionnel du Japon.

Oh Willy… de Emma de Swaef et Marc James Roels. Belgique, France, Pay-Bas, 2011, Animation, 17′

À la mort de sa mère, Willy retourne dans la communauté de naturistes au sein de laquelle il a grandi. Rendu mélancolique par ses souvenirs, il décide de fuir dans la nature où il trouve la protection d’une grosse bête velue.

Girls’ Night Out de Joanna Quinn. Royaume-Uni, 1998, Animation, 6′

Quand les copines de Beryl l’emmènent dans un club de strip-tease masculin pour son anniversaire, celle-ci ramène un souvenir à la maison.

Si j’étais un homme de Margot Reumont. Belgique, 2012, Animation, 5′

Marie Brune, Mouna, Florence, Emilie et Sabrina décrivent tour à tour la personne qu’elles seraient si elles étaient un homme.

Tram de Michaela Pavlátová. France, République tchèque, 2012, Animation, 7′

Comme chaque matin, les hommes prennent le tramway pour se rendre au travail. Ce jour-là pourtant, au rythme des tickets introduits dans le composteur, le véhicule s’érotise et le désir de la conductrice transforme la réalité en un délire surréaliste et phallique.

Danny Boy de Marek Strobecki (Prix Format Court au festival Court Métrange 2011). Suisse, Pologne, 2010, Animation, 10′

Un jeune poète tombe amoureux dans un monde qui semble perdu. Une ville attend le déroulement d’un drame. Un temps de tristesse et de conformité, un temps de décisions. Derrière les nuages sombres du monde il y a de la lumière, de l’espoir et de la poésie.

I Am Tom Moody d’Ainslie Anderson (Prix Format Court au Festival Anima 2013). Royaume-Uni, 2012, Animation, 7′

Une virée surréaliste dans le subconscient d’un musicien étouffé qui voudrait chanter.

The Werepig de Sam Orti. Espagne, 2008, Animation, 17′

Deux Américains vont en Espagne et découvrent une nouvelle façon de manger ou de se faire manger.

Soirée Format Court « Best of Brest », les photos !

Notre dernier rendez-vous autour du court, organisé jeudi 14 mars et consacré au Festival de Brest, a été un franc succès. Vous avez été 98 à vous être déplacés au Studio des Ursulines pour voir les six films sélectionnés par le festival et l’équipe de Format Court. Quelques jours après la séance, voici l’album photo de cette soirée qui aura duré jusqu’à 23h30 (oups!) au cinéma et bien plus tard, dans un bar des environs.

Comme d’habitude, plusieurs équipes étaient présentes pour présenter les films et répondre aux questions de la salle. Ce soir-là, pour l’occasion, nous accueillions Charlotte Gadonneix (Festival de Brest), Edyta Janczak-Hiriart, Liana Babluani, Nastasia Legrand et Aziza Arslanova (productrice & comédiennes de « Que puis-je te souhaiter avant le combat ? »), Michael Rittmannsberger (réalisateur, « Abgestempelt ») et Hugues Hariche (réalisateur, « Flow »).

Photos : Julien Ti.i.Taming

Prochaine séance : jeudi 11 avril 2013 (carte blanche Lobster Films, en présence de Serge Bromberg) !

Réservations : soireesformatcourt@gmail.com

SHORT SCREENS, c’est parti pour de nouvelles aventures!

C’est parti pour de nouvelles aventures !

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Après deux mois de pause où l’équipe s’est démenée pour dénicher les dernières pépites du film court, SHORT SCREENS est fier de vous annoncer son retour et une nouvelle collaboration avec le cinéma Aventure pour le rendez-vous mensuel du court. Nous sommes très heureux en 2013 encore de pouvoir vous faire découvrir des séances de courts éclectiques et novateurs, dans l’ambiance chaleureuse des salles joliment rétro du cinéma Aventure au cœur de Bruxelles !

Rendez-vous au cinéma Aventure, Galerie du Centre 57, 1000 Bruxelles, tous les derniers jeudis du mois, à 19h30!
PAF : 6 €

Le calendrier des séances 2013 :

  • 28 mars
  • 25 avril
  • 30 mai
  • 27 juin
  • 25 juillet
  • 29 août
  • 26 septembre
  • 31 octobre
  • 28 novembre
  • 26 décembre

Une collaboration entre l’asbl Artatouille et FormatCourt.com

Festival d’Aubagne, la compétition de courts

Une sélection de 73 courts, subdivisés en 11 programmes, sera projetée au prochain Festival d’Aubagne, sensible à la relation entre l’image, la musique et le son, du 18 au 23 mars prochain. Format Court sera dans le coin pour vous faire part de ses préférences parmi les films en compétition. En attendant la tenue imminente du festival, voici l’identité de ces 73 films, qui seront également évalués par le jury des courts (Béatrice Thiriet, Maxime Gavaudan, Andy Gillet, Benjamin Celliez).

Liste des films en compétition

Animation

Agnieszka de Izabela Bartosik
Chase de Adriaan Lokman
Des Ailes de Pierre Hennequin
From Dad to Son de Nils Knoblich
Fuga de Juan Antonio Espigares
Head Over Heels de Timothy Reckart
How Dave and Emma got Pregnant de Joost Lieuwma
Kali le petit Vampire de Regina Pessoa
La boîte de Marie Bouchet
Natasha de Roman Klochkov
The people who Never Stop de Florian Piento
Topo Glassato al Cioccolato de Donato Sansone
Tram de Michaela Pavlátová
Vertige de Christophe Gautry, Mathieu Brisebras

Documentaire

Color Sample de Sune Blicher
Dans l’Oeil de la Forgeronne de Guy Pelletier, Pierre Bundock
Echoes de Javiera Tejerina-Risso Diego Ortiz
En un temps suspendu de Isabelle Solas
Freestyle Life de Adam Palenta
From To de Miranda Herceg
Hermeneutics de Alexei Dmitriev
Kinoki de Leo Favier Schroeter und Berger
La part disponible de Lucas Bernard
Living in Tengrela de Victorien V.

Expérimental

And death will be alright de WeAreTresGentil
Despertar de Maria Cifuentes Caruncho
Glucose de Mihai Grecu, Thibault Gleize

Fiction

Abgestempelt de Michael Rittmannsberger
Adivina quien viene a comer de Pepe Jordana
Blackstory de Stefan Brunner Christoph Brunner
Bonheur à tous de Loïc Guyot
Brot de Ahmet Tas
Camping de Pilar Guitierrez Aguado
Cargols! de Geoffrey Cowper
Chacun sa nuit de Marina Diaby
Chronique de l’ennui de Gari Kikoïne, Jeremy Minui
Coda de Jonathan Tomlin
Damiano – Al di là delle Nuvole Iniziano i Sogni de Giovanni Virgilio
Dans le pas de Léa de Renaud Ducoing
Don Enrique de Guzmán de Arantxa Echevarría
Dood van een schaduw de Tom Van Avermaet
Du poil de la bête de Sylvain Drécourt
Efímera de Diego Modino
Five Ways To Kill A Man de Christopher Bisset
Gabin, Le Mime de Cyril Rigon
Grace de Jo Kelly
Half the Hceart de Andreas Rochholl
Hsu Ji Derrière l’Ecran de Thomas Rio
Hunde wie wir de Anne Zohra Berrached
Korsoteoria de Antti Heikki Pasonen
L’Echarpe Rouge de Romain Nonn
La Bifle de Jean-Baptiste Saurel
La promotion de Manu Joucla
La ville Lumière de Pascal Tessaud
Landscape duet de Pierre Larauza
Le Chevreuil de Rémi St-Michel
Le Grand Combat de Jean-Nicolas Rivat –
Leon & Barbara de Marcin Mikulski
Les cerises du bateau de Sarah Hatem
Les Grossesses de Charlemagne de Matthieu Rumani, Nicolas Slomka
Lisière de Gregoire Colin
Nieuwpoort en juin de Geoffrey Couanon
Prora de Stephane Riethauser
Return to sender de Denise Hauser
Sex, Lies and Flowers de Jan Santroch
Soir de fête de David Robert
Something Will Turn Up de Thanos Psichogios
Tennis Elbow de Vital Philippot
The house on the water de Omer Regev
The Rattle of Benghazi de Paco Torres
Voisin Voisin de Timothée Augendre, Geoffroy Degouy
You Missed Sonja de Félix Koch
Zhalto Kuche de Maria Nikolova

Best of 8, le Best of d’Anima en 2012

Le Best of Anima 2012, le huitième du genre, édité par Folioscope en collaboration avec Les Films du Nord, regroupe huit courts métrages primés au Festival Anima en 2012, accompagnés de trois coups de cœur du festival et de quelques bonus (bande-annonce, autoportraits). Parmi cette sélection, on retrouve des œuvres présentées et récompensées dans de nombreux festivals, telles que « Luminaris » de Juan Pablo Zaramella ou « Pixels » de Patrick Jean. À leurs côtés, on découvre avec plaisir d’autres créations de tout horizon, issues des compétitions professionnelles comme étudiantes.

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Prix du meilleur court métrage international dans la catégorie professionnelle, « Romance » est un film du réalisateur suisse Georges Schwizgebel qui n’a besoin d’aucune présentation. Ce dernier a commencé sa carrière dans les années 1970 et a réalisé depuis une vingtaine de films. « Romance » commence par un plan large sur une jeune femme endormie qui se lève et prend sa valise pour partir en voyage. Parallèlement, un jeune homme quitte son domicile et monte dans un taxi pour se rendre à l’aéroport. Les deux voyageurs se retrouvent côte à côte dans l’avion, et leur esprit bascule alors dans une romance qui évolue au rythme d’une sonate de Rachmaninov. Le point de départ de « Romance » est en effet la musique qui démarre avec le réveil des personnages. Véritable dialogue entre le violoncelle et le piano, le film se passe entièrement de discours pour laisser ses personnages tourbillonner au rythme envoûtant de la partition.

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Cliquer sur l’image pour visionner un extrait du film

On passe alors du crayon à la peinture, de la couleur au noir et blanc, et on suit les personnages dans un mouvement perpétuel entre plusieurs niveaux, celui du rêve, du film qu’ils visionnent dans l’avion, et de la réalité. Quant aux images, elles ne disparaissent pas mais se transforment : une fenêtre devient un visage, tandis que la robe de la jeune femme se transforme soudain en un banc sur lequel elle s’assoie. Les corps se cherchent, se trouvent au détour d’une valse et s’enfuient, tandis que le spectateur se perd à la rêverie. Georges Schwizgebel nous fait voyager librement dans le temps et l’espace bien particulier de la romance, où les repères disparaissent peu à peu, et nous donnent le vertige.

Après la romance de Schwizgebel, on découvre celle de Roman Klochkov, intitulée « Natasha », lauréate du Prix de la SACD. Après « Administrators », film de fin d’études du KASK (Belgique), ce premier film professionnel décrit la situation du bien morose Nicolaï, immigré russe qui tente de s’intégrer en Europe afin de prouver à sa bien-aimée Natasha qu’il n’est pas un loser. Il aboutit dans un zoo, seule possibilité laissée aux immigrants illégaux.

Le film, croqué avec ironie, repose sur les clichés de chaque pays : pour être un bon Français, il ne faut aller qu’à la buvette et boire que du café ou de la bière, et pour être un bon russe, il faut vivre dans un frigo et boire de la vodka. « Natasha » développe des personnages attachants pleins de ressources, et non dépourvus d’humour, dont le talent est bien souvent bafoué par les nécessités du quotidien. Pianiste hors pair, Nicolaï noie son chagrin dans la vodka et la musique, et nous berce de mélodies tristement belles. Avec ce film, Roman Klochkov traite du statut des immigrants illégaux avec humour noir, dans un style graphique qui rappelle l’univers de la bande dessinée, avec des personnages aux contours noirs marqués et une explosion de couleurs et de détails.

Après quelques romances, faisons un détour par « The Wonder Hospital » du réalisateur sud-coréen Beomsik Shimbe Shim, Grand Prix du festival Anima, qui nous emporte dans un univers surréaliste au sein de « L’hôpital des merveilles », un lieu étrangement inquiétant. Lunettes 3D, miroirs déformants : l’héroïne erre dans un monde non défini où tout est fait pour altérer la vision. Dans cet hôpital de chirurgie esthétique, notre personnage avance dans une enfilade de pièce, les unes plus angoissantes que les autres, vers cet « après » tant désiré. Vues subjectives sur un décor étrange et absurde, plans filmés par une caméra de surveillance, dominance de blancs : tout est là pour accentuer l’ambiance pesante et hostile d’un lieu déjà peu accueillant. Comme si tout cela ne suffisait pas, une musique jazzy ajoute une ambiance de supermarché où l’on imagine bien un nouveau visage être vendu juste à côté du rayon « charcuterie ». Pourtant, intriguée et attirée, notre héroïne continue d’avancer et se laisse guider d’une pièce à l’autre comme dans un train fantôme, pour finalement aboutir sur la table d’opération. Mais cet « après », cette beauté tant recherchée dépend de critères tout aussi étranges que le lieu, et de la façon dont chacun tient le miroir entre ses mains.

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Dans un autre registre, « Shattered Past » de Boris Sverlow, Prix TV Paint du meilleur court métrage belge, montre un homme qui fait une attaque alors qu’il écrit ses mémoires. Il est alors propulsé en Russie environ soixante ans plus tôt, lorsque sa famille dut fuir le pays pendant la révolution. Le passé de cet homme est brisé et le réalisateur illustre brillamment la difficile reconstruction et la déformation inévitable du souvenir par une animation faite d’assemblage de papiers découpés, mélangeant dessins, photographies et prises de vues réelles. Des bribes de souvenirs et des images se reconstituent à mesure que le passé refait surface, à travers les yeux d’un enfant. « Shattered Past » nous plonge dans une fresque historique personnelle, basée sur des témoignages et des images morcelées, qui constituent malgré tout un ensemble percutant, où le fond et la forme se rejoignent pour nourrir le récit.

Agathe Demanneville

Best of Anima 8 (2012).  Edition : Folioscope et Les Films du Nord. Distribution : Twin Pics

Gunhild Enger : « C’est extrêmement étonnant, tout ce qu’une image peut révéler »

Gunhild Enger, que nous avons rencontré le mois dernier à Clermont-Ferrand, est la réalisatrice de « Prematur », une confrontation drôle et tendue entre deux générations (enfants-parents) et deux cultures (Espagne-Norvège). Au Festival de Brest, le film nous avait beaucoup plu pour ses non-dits familiaux et sa forme épurée, le temps d’un trajet de voiture sans retour. Il avait remporté le Prix Format Court, le Prix européen du Conseil régional de Bretagne et le Prix des Passeurs de courts. À l’occasion de la projection du film dans le cadre de notre séance consacrée au Festival de Brest et au focus que nous consacrons à sa réalisatrice, nous vous invitons à faire la connaissance de Gunhild Enger, une jeune femme inspirée par les tableaux, les fictions teintées de réel, la radicalité, l’humour et l’inconfort.

Michel Vasset

© Michel Vasset

Tu as étudié le cinéma à Gothembourg et à Édimbourg. Pourquoi avoir cumulé les cursus ?

Avant d’étudier en Écosse, j’ai fait des études très théoriques en cinéma. Je voulais aussi connaître la pratique. À 22 ans, j’ai voyagé en train, je suis allé en France, au Canada, en Suède, en Angleterre. Je m’installais devant les écoles de cinéma qui m’intéressaient et j’observais ce qui s’y passait. Quand je suis arrivée à Édimbourg, j’ai aimé l’atmosphère, l’environnement était agréable. Ils aiment les scandinaves là-bas et les étrangers sont des êtres curieux. C’était donc une bonne chose d’être norvégienne !

J’y ai tourné « Bargain ». Après mon cursus, on m’a proposé de faire un master là-bas, j’aurais pu rester un an de plus, mais j’ai préféré rentrer en Norvège, acquérir plus d’expérience à Gothembourg où j’ai finalement étudié. L’école était petite, personnelle, avec des professeurs très intéressants. C’était chouette d’avoir une autre approche. Cela s’est ressenti dans mes films qui ont beaucoup changé depuis l’Écosse. J’y étais restée pendant 3 ans, j’avais besoin de retrouver une autre culture, la mienne pour le coup.

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"Bargain"

Qu’as-tu appris de tes différentes expériences ?

En Écosse, je faisais plutôt des comédies, des sketches. Quand je suis revenue en Norvège, avec l‘expérience et l’âge, j’étais devenue plus mature, plus sérieuse, je voulais continuer à faire de l’humour mais avec un touche plus sérieuse, plus complexe. « Passion » est le premier film qui y a recours, les films qui ont suivi s’inscrivent dans cette mouvance. À part ça, j’ai appris à me débrouiller, à fonctionner comme maintenant. Je réalise, je monte mes films. Comme les courts métrages ne sont pas très bien financés, j’ai du faire beaucoup de choses toute seule, même si depuis, j’ai reçu des fonds pour faire mes films.

À l’école, on apprend bon nombre de choses, mais on ne sait pas toujours comment diriger les acteurs. Dans tes films, tu fais parfois intervenir des acteurs professionnels comme amateurs. Comment as-tu appris à travailler avec eux ?

Je n’ai jamais reçu de conseils pour le jeu, je pense que je ne suis pas très bonne dans ce domaine. Je trouve que c’est difficile de diriger les pros comme les amateurs, c’est quelque chose qui manque d’ailleurs dans mes films. Très souvent, je connais très bien la situation décrite dans mes films, mais je ne suis pas capable d’en parler aux comédiens comme à une personne extérieure. Les comédiens, eux, veulent plus que ce que je le leur donne, ils veulent maîtriser la psychologie des personnages qu’ils interprètent, mais pour moi, les choses doivent rester simples.

Tu as tourné un documentaire qui nous a intrigués, « Back-To-Work », dans lequel un individu parle tout seul devant une assemblée silencieuse. Comment s’est conçu le film ?

À une époque, avant mon master, j’étais au chômage en Norvège. Quand ça t’arrive, après 3 mois, tu dois suivre un cours pour savoir comment postuler. À l’agence de l’emploi, l’instructeur était censé nous motiver, mais la situation était un peu étrange car il s’agissait d’un comédien qui jouait dans le tout premier soap-opéra norvégien au début des années 90 et c’était pour le moins étonnant de le retrouver dans ce lieu-là en train de faire son show. On était 40 personnes à l’écouter et la plupart n’avait pas reçu d’éducation, le message de cet homme n’a donc pas peu atteindre la majorité des personnes présentes. C’est pour ces raisons que j’ai demandé l’autorisation de filmer cette situation le deuxième jour, et le film est tiré de la fin de cette journée-là. Dans le film, l’homme est le seul à parler, ce qui compte, c’est ce qu’il dit et la manière dont il le dit. Après, « Back-To-Work » n’a été projeté que dans les musées ou les expositions. J’ai eu quelques refus de festivals et je n’ai pas insisté.

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Cliquer sur l'image pour visionner Back-To-work

Tu ne bouges pas ta caméra, tu fais un plan-séquence, tu restes focalisée sur une personne ou un groupe de personnes. C’est quelque chose que tu conserves de film en film. Pourquoi ?

Je ne sais pas si je vais faire que ça, mais je pense que c’est intéressant, ce concept de tableau. C’est extrêmement étonnant, tout ce qu’une image peut révéler. Dans « Back-To-Work », on est intrigué, on scrute les détails, par exemple quand l’homme quitte le cadre et y revient. Pareil pour la femme assise au premier plan : on a envie qu’elle se retourne. L’image, c’est vrai, est un peu hasardeuse parce que le film s’est fait très rapidement mais à la fin, ça marche quand même. Mon dernier film se compose aussi de tableaux, mais pas uniquement.

Pourquoi n’as-tu pas fait d’autres documentaires après ?

Je ne suis pas assez patiente.

Mais tu l’étais, ce jour-là…

J’aurais adoré faire un long documentaire sur le Pôle Emploi, une version longue de « Back-To-Work », y rester plusieurs mois et suivre les gens, voir ce qui allait leur arriver. Mais comme je te le disais, je n’ai pas été assez patiente. Là, ça n’a duré qu’un jour ! C’est tellement ludique d’inventer des histoires et pourtant, elles s’inspirent très souvent de la réalité. Mes fictions sont très souvent liées au réel, d’une certaine manière. Je devrais peut-être faire plus de documentaires mais le deal est très différent que dans la fiction. D’un côté, tu loues les services de quelqu’un, de l’autre, se pose véritablement la question de la confiance, de l’implication. Je ne pense pas avoir assez d’expérience dans le documentaire et c’est assez difficile de trouver la patience et le temps et de construire une relation de confiance avec les personnes que l’on filme.

Tu parles de patience, mais si on prend le cas de « Prematur », l’idée t’est venue en 2006, l’écriture a commencé en 2009, le tournage en 2010, et le film s’est terminé en 2012. Ça a pris du temps aussi.

Bonne question. Oui, c’est vrai, ça a pris du temps, mais à un niveau différent : je travaillais en même temps. Très souvent, je trouve très tôt le titre de mes films, j’avais celui de « Prematur » en tête en 2006. Mon frère était sur le point d’avoir son premier enfant. Je me souviens également qu’à l’époque, ma mère était extrêmement enthousiaste devant cet événement mais qu’elle était aussi focalisée sur les éventuels risques. Ainsi, j’avais une très vague situation qui allait me servir pour la suite, j’ai écrit un peu dessus en 2006 et je l’ai réellement développée quand l’opportunité est arrivée plus tard en trouvant un producteur et des fonds.

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Cliquer sur l'image pour visionner "Passion"

« Passion », que tu as mentionné à plusieurs reprises, est un film très énigmatique. Est-ce que c’est un projet qui a été difficile à mettre en place ?

« Passion » s’est fait sans aides extérieures. Avec mon co-réalisateur, Marius Ektvedt, on a voulu faire ce film pour nous prouver qu’on pouvait le faire. Grâce à des films commerciaux qu’on avait tourné avant, on a pu financer « Passion ». Par la suite, on a reçu une aide pour gonfler le film en 35 mm, c’est le seul film que j’ai pu faire ainsi, tous les autres sont en numérique.

Le film est né d’une conversation que j’ai eue avec un ami. Je lui ai demandé ce qu’il aurait fait si en rentrant, il était tombé sur son amie au lit, recouverte de crème fraîche ! L’image est restée, j’en ai parlé avec Marius, on a voulu expérimenter quelque chose d’un peu radical car on avait l’opportunité de le faire, on a cherché également à tester l’humour triste. Notre but était d’utiliser tout ce qu’une seule image pouvait offrir, ce qui a demandé de nombreuses prises. En tournant ce film, j’ai beaucoup appris, j’ai compris par la pratique ce qui était possible et ce qui ne l’était pas. J’ai surtout identifié ce que je pouvais faire en termes d’humour et de strates pour être plus significative à la fin.

Dans ce film-ci et dans les autres, on ressent une forme de voyeurisme. Est-ce quelque chose de conscient ou non ?

L’inconfort est très important dans tous mes films, en fait. Beaucoup d’individus, y compris moi, se sentent mal à l’aise dans leur vie et dans leurs expériences. C’est un sentiment très intéressant à traiter parce que les couches et les émotions sont extrêmement différentes.

Quels personnes ont pu t’inspirer dans ton travail ?

J’ai été très inspirée par les images et les thématiques des films d’Ulrich Seidl (« Paradis : Amour », « Import/Export »), de Roy Andersson (« Nous, les vivants », « Chansons du deuxième étage ») et de Ruben Östlund (« Play », « Involuntary », « Incident by a Bank »). J’ai été également très inspirée par ma famille. Mes parents, leur génération m’ont apporté beaucoup d’idées. L’idée de « Prematur » est venue de ma mère, mon nouveau film, « A Simpler Life », lui doit beaucoup aussi.

Comment as-tu choisi le cadre clos de « Prematur » ? Qu’est-ce qui te plaisait dans le principe d’être coincé dans une voiture et de ne pas pouvoir s’en échapper ?

C’était le concept du début, il était très important. En étant coincé avec ces quatre personnes pendant 17 minutes, quelque chose devait forcément se passer. Parfois, les gens s’abaissent, sortent du cadre, comme pour « Back-To-Work » et c’est satisfaisant de ne pas pouvoir tout voir. À partir du moment où les objets sont hors-champ, on pense différemment à eux que si ils avaient été immédiatement repérables. Je crois que pour ça, j’ai été influencé par Ruben Östlund. J’aime beaucoup sa conception du cadre et de la photographie.

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"A Simpler Life"

« Prematur » est très minimaliste dans ses décors, son maquillages, sa musique. Seules les voix et les réactions des personnages sont expressives. Pourquoi un choix aussi radical ?

C’était voulu dès le début. J’ai expérimenté ça pour la première fois avec « Passion », l’histoire tenait d’elle même, il ne fallait pas ajouter d’effets. Je me méfie en général de la musique, j’ai l’impression qu’on veut m’emmener quelque part, vers une autre émotion, que ça souligne la situation. Pour le coup, « A Simpler Life » ne comporte pas de musique non plus !

Comment as-tu casté les comédiens de « Prematur » ? Les as-tu fait jouer dans la voiture pour les voir en action ?

Oui, je voulais me familiariser aussi à la situation et en même temps travailler très concrètement, autant avec le cadre qu’avec les comédiens. Le film se passe entièrement dans une voiture, on entend seulement ce qui se passe à l’intérieur et pas à l’extérieur. Je voulais être au plus proche du scénario. Pour ça, j’ai dû emprunter la voiture de ma mère pendant quelques mois (rires) !

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"Prematur"

Qui sont les comédiens que tu as retenus ? Sont-ils des professionnels ou des amateurs ?

Les deux. Le personnage du père est un acteur non professionnel, je l’ai trouvé un jour dans la rue, en train de promener son chien. Le projet lui a plu, il a été formidable. Pour le rôle de la mère, celui d’une femme forte, ça a été bien plus difficile. J’ai  longtemps cherché du côté des comédiennes norvégiennes de cinéma et de théâtre de cet âge-là et ça n’a absolument rien donné. J’étais assez désespérée de ne pas trouver la pièce de puzzle qui fonctionnerait avec les autres. On m’a conseillé une comédienne qui joue dans un théâtre de marionnettes. Comme elle était en tournée avec sa compagnie, je l’ai rejointe et on a fait le casting sur un parking pendant sa pause déjeuner. Quant à l’actrice espagnole, je l’ai repérée dans un catalogue d’agence de comédiennes, j’aimais son visage et son expression, et ça a collé.

Les représentations de soi et des autres t’intéresse. Pour quelle raison ?

À mes yeux, il y a énormément d’incompréhension et de problèmes de communication dans le monde, les gens ne veulent pas se comprendre et se rencontrer. Je trouve intéressant d’essayer de dresser le portrait de ces situations, d’avouer qu’on peut se tromper, que la culture d’où on vient peut créer des malentendus quand on s’entretient avec une autre culture. Chacun a son interprétation de la réalité, souhaite exprimer des choses mais fait potentiellement du mal à l’autre au passage. C’est ce qui traverse « Prematur » : chacun veut que la situation soit la meilleure possible mais les mauvaises choses sont dites. C’est quelque chose qui arrive souvent dans la vie, je pense. Mais il y a des clés à ces problèmes : faire des films par exemple !

Propos recueillis par Katia Bayer

Articles associés : la critique de « Prematur », Gunhild Enger : l’expérience de la temporalité

Pour information, « Prematur » sera projeté le jeudi 14 mars 2013 à la soirée Format Court « Best of Brest »

Gunhild Enger : l’expérience de la temporalité

Diplômée de l’Edinburgh College of Art, Gunhild Enger est une réalisatrice norvégienne dont l’univers artistique, en marge du paysage cinématographique actuel, interpelle grandement. L’absence de musique et l’usage de longs plans fixes révèlent une véritable curiosité pour la nature humaine et ses petits travers.

En cinq films, Gunhild Enger a imposé un style personnel où elle porte un regard à la fois distancié et absurde sur la réalité qui l’entoure. De « Bargain » (2006), son film de fin d’études, à « A Simpler Life » (2013), son dernier opus, en passant par « Passion » (2008), « Back-To-Work » (2011) et « Prematur » (2012), la réalisatrice aime créer des situations atypiques au travers desquelles les personnages évoluent dans un monde à part. Qu’ils soient noyés dans de longs plans larges ou opprimés dans des plans serrés, ils démontrent tous leur incapacité à communiquer avec les autres. Chez Gunhild, l’approche formelle rend compte de l’importance du plan et du cadre, dévoilant un sens brillant du détail. Tel un tableau renaissant, l’avant et l’arrière-plan sont au même niveau montrant à quel point la réalité est une extraordinaire mosaïque de faits et gestes ordinaires. Plan et narration sont ainsi mis côte à côte attestant d’une jolie maîtrise de la dramaturgie cinématographique.

Bargain

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Pour son film de fin d’études, nominé aux prestigieux BAFTA, l’artiste fait preuve d’un sens de l’humour désopilant en mettant en scène un quadragénaire et un couple de septuagénaire habités par l’acquisition d’offres pas chères, de bonnes affaires (bargain). Quand l’un décide de célébrer Noël en février car c’est moins cher, les autres font une obsession sur le papier toilette. Avec ce premier film, Gunhild développe un univers absurde parsemé de cet humour dont seuls les Anglais ont le secret. La caméra très mouvante et la musique entrainante participent du côté comique du film. Loin des contraintes formelles auxquelles elle semble s’être astreint par la suite, la réalisatrice offre un petit film à mi-chemin entre le documentaire et la fiction.

Passion

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Cliquer sur l'image pour visionner le film

Une femme d’un certain âge rentre chez elle, se déshabille, se douche, se couche nue sur le lit puis, se badigeonne de crème fraiche et attend patiemment son mari. Quand celui-ci arrive et la découvre dans cette posture, il ne sait comment réagir. Réalisé avec une immense économie de moyens, le film dispose d’une caméra fixe qui immortalise le temps qui passe, l’angoisse de l’attente ainsi que l’angoisse du vide comme celle que l’on retrouve dans les peintures de Hopper. Co-réalisé avec Marius Ektvedt, « Passion » est de ces films qui marquent tant la mise en scène soignée est subtile et intelligente. Très peu monté, le film est une expérience de la temporalité cinématographique sur un spectateur à la fois amusé et mal à l’aise.

Back-To-Work

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Cliquer sur l'image pour visionner le film

À l’époque de « Back-To-Work » Gunhild Enger était sans travail et assistait à des séminaires organisés par l’organisme norvégien de demandeurs d’emploi. Après avoir assisté à plusieurs cours donné par un animateur, il lui est venu l’idée de réaliser un court métrage qui utiliserait le même dispositif que dans son film précédent. L’intérêt était de voir de quelle manière la forme allait rencontrer la réalité documentaire puisqu’ici rien n’était vraiment écrit à l’avance. Le film échappe tout naturellement à une narration classique. La réalisatrice pose sa caméra à un certain angle de la classe et ne la bougera plus tout au long des 16 minutes que dure le film. Et le dispositif induit la narration car une autre manière de filmer n’aurait certes pas rendu la même tension dramaturgique. Enger, qui n’avait pas l’autorisation de filmer les autres participants, est littéralement invisible, effacée ou plutôt elle est parmi les autres et par la force des choses, elle est le spectateur aussi. Le cours, lui, prend subitement des allures de spectacle et se transforme en un splendide One-Man-Show. Quant au propos du film, c’est celui d’un cours de remise en forme, de coaching. Le décalage entre l’animateur et l’assistance s’agrandit à mesure qu’il s’enfonce dans des théories philosophiques si loin de la réalité des demandeurs d’emploi venus trouver un petit coup de pouce psychologique. Interpellant avant tout, « Back-To-Work » est une expérience en soi.

A Simpler Life

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Dans son dernier film tourné juste après « Prematur » et commençant à peine son parcours en festival, Enger s’attaque à la solitude d’un couple de retraités entourés de multiples gadgets nécessaires à faciliter leur vie. Encore une fois, l’intérêt du film réside plus dans la forme que dans son contenu. Parce qu’Enger a l’art et la manière, elle ne craint pas d’assembler des plans fixes les uns aux autres faisant drôlement ressentir l’ennui et le vide existentiel du couple. Au-delà des plans larges où la femme s’exténue à la pratique d’ exercices physiques et l’homme recherche la façon la plus adéquate d’éviter le moindre effort, Enger se fait critique du monde contemporain. Ici, le couple ne se voit plus, ne s’entend plus, ne se parle plus, ne s’écoute plus, il n’y a plus aucune interaction et communication entre les individus. Seuls les bruits des machines qui les entourent semblent répondre mécaniquement à cette quête de l’inutile car l’essentiel a définitivement disparu. Sombre, pessimiste et tellement absurde, « A Simpler Life » est un exercice de style réussi !

Marie Bergeret

Articles associés : la critique de « Prematur », l’interview de Gunhild Enger

Gunhild Enger, Prix Format Court au Festival de Brest 2012

Gunhild Enger, réalisatrice norvégienne de 33 ans, comptabilise cinq courts métrages ainsi que de nombreux vidéos clips, spots d’art vidéos et autres captations institutionnelles. Elle est diplômée de la prestigieuse Edinburgh College of Art (équivalent des Arts décoratifs) ainsi que de l’École de Réalisation de Gothenburg. Ses films s’inscrivent d’ailleurs à cheval entre un cinéma assez traditionnel et le champ de la performance artistique.

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Prematur

Lors du dernier Festival de Brest, nous avions récompensé Gunhild Enger du Prix Format Court du Meilleur Film pour son court métrage, « Prematur », que nous programmons ce jeudi 14 mars 2013 au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) dans la cadre de notre séance « Best of Brest ». Deux jours avant la projection, nous vous proposons de plonger dans l’univers très personnel de sa réalisatrice, teinté de sobriété et de minimalisme.

Retrouvez dans ce dossier spécial :

La critique de « Prematur »

Gunhild Enger : l’expérience de la temporalité

L’interview de Gunhild Enger