Jean-Christophe Reymond : « Le court est un formidable terrain de jeu, c’est pour ça que j’aime faire des films différents et non formatés »

À l’occasion de la carte blanche offerte à la société Kazak Productions cette année à Clermont-Ferrand, nous avons rencontré Jean-Christophe Reymond pour qu’il nous explique ses choix et nous parle de son métier de producteur.

Peux-tu nous dire brièvement d’où tu viens et comment tu en es arrivé à la production cinématographique ?

Je viens d’une banlieue parisienne bourgeoise où il ne se passait pas grand-chose. A 20 minutes de chez moi, il y avait un seul petit cinéma, mais j’ai dû y aller quatre fois seulement. Je regardais beaucoup la télévision, j’ignorais d’ailleurs qu’il existait autant de métiers autour du cinéma, je n’avais jamais envisagé de travailler dans ce domaine. J’avais fait une école de commerce, mais les métiers possibles à la sortie des études ne m’excitaient pas beaucoup. Pendant ma formation, j’ai rencontré un cinéphile qui présentait le concours de La fémis qui m’a parlé du métier de producteur. À la fin de mes études, j’ai fait un stage chez TF1 et j’ai préparé le concours d’entrée à La fémis. Je me suis donc mis à voir 5 Truffaut, 5 Rohmer, 5 Kurosawa, par jour, et à côté, j’ai présenté un concours pour un DESS dans l’audiovisuel qui forme des cadres qui travaillent chez Canal + ou TF1. J’ai été pris aux deux mais j’ai choisi La fémis où j’ai vraiment découvert le cinéma et la pratique.

Combien de temps as-tu étudié à La fémis ?

Théoriquement trois ans, en pratique, quatre. La production et la réalisation de films se prolongent encore pendant 8 mois après la fin des études.

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« Embrasser les tigres »

C’est à La fémis que tu as rencontré Teddy Lussi-Modeste et que tu as produit son film de fin d’études ?

Tout à fait. « Embrasser les tigres ».

La plupart des gens avec tu travailles sortent justement de La fémis. Pour toi, c’est un gage de qualité ?

En réalité, La fémis n’est pas un gage de qualité, mais un gage de compétences techniques. D’ailleurs, je ne travaille avec aucun réalisateur qui sort de la branche « réalisation ». Par exemple, Teddy Lussi-Modeste, Nicolas Silhol et Julia Ducourneau aussi étaient en scénario, Claudine Natkin était en image, certains en montage. En fait, ce sont les premières personnes que j’ai rencontrées dans ce milieu-là, donc j’ai commencé à travaillé avec eux, en leur disant que j’allais les produire en sortant de l’école ; puis petit à petit, j’ai rencontré d’autres gens. Ça fait qu’aujourd’hui, j’ai 5 longs-métrages en développement et seulement une personne de La fémis sur les 5. Avec toute l’équipe de Teddy, sa chef op’, son ingé son, sa monteuse, sa chef déco, on a fait ses 3 courts ensemble et le long-métrage « Jimmy Rivière » ensuite. Et sur les 25 courts que j’ai produits, j’ai dû en faire 15 avec cette même équipe. Du coup, oui, La fémis nous a permis de créer cette petite famille du cinéma.

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« Même pas mort »

Tu as reçu une aide de La fémis pour créer ta boîte ? L’as-tu ouverte juste à la sortie de tes études ?

Non, pendant deux ans, j’ai travaillé dans une autre boîte : Aurora Films. Je suis sorti de La fémis en 2004 et en fait, entre 2004 et 2007, j’étais chez Aurora Films. En sortant, j’avais un projet de court-métrage, je voulais en développer deux autres et j’ai rencontré Charlotte Vincent de chez Aurora Films. Par conséquent, je lui avais demandé si je pouvais développer des projets chez elle. J’ai donc monté les courts et tout de suite, le film « Même pas mort » a été à Cannes et a bien marché. On a fait deux autres films qui ont bien marché et j’ai commencé à en développer d’autres, si bien que j’ai dit à Charlotte que j’allais monter ma propre boîte. On est resté en très bons termes. Donc, non je n’ai pas reçu d’aide particulière de La fémis, mais c’est déjà une telle aide d’y avoir été, c’est un tel réseau et un tel enseignement que c’est déjà beaucoup. Je ne serais d’ailleurs pas là si je n’avais pas été à La fémis.

Tu as créé Kazak en 2007 donc. Petite curiosité : d’où vient le nom « Kazak » ?

En fait, je cherchais un film qui n’avais ni sens, ni connotation qui fasse penser à un film ou à quoi que ce soit. Accessoirement, c’est un palindrome, et puis, c’est visuel et sonore.

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« Jimmy Rivière »

Y a-t-il des grands producteurs que tu admires ? Lorsqu’on observe les activités et le fonctionnement de ta boîte, on peut penser au travail de Pascal Caucheteux de Why Not Productions.

Je ne connaissais pas Pascal Caucheteux, ni humainement, ni dans sa manière de travailler avant d’intégrer La fémis. Je me suis rendu compte que les films de Beauvois, de Desplechin, de Podalydès étaient produits par lui, et j’ai lu des choses sur lui. Après, j’ai été forcément admiratif du personnage. En plus, il intervenait à La fémis, mais sous forme d’une journée dans l’année. Et comme on était seulement 5 étudiants en production, on le voyait et on pouvait discuter avec lui. Et en effet, je me suis rendu compte que c’était un homme assez exceptionnel. En sortant de l’école, je me suis dit que j’aurais bien aimé travailler chez lui, mais beaucoup de gens se le disent chaque année. Il m’avait dit oui parce que justement, j’avais un cursus moins intello, de par mon passage par une école de commerce. Finalement, j’ai refusé en lui disant qu’il valait mieux que je monte ma propre boîte de production pour essayer de faire des choses par moi-même et pas aller tout de suite chez Why not Productions parce que quelque part, c’était trop confortable.

As-tu d’autres références au niveau de la production ?

Luc Besson serait l’autre, sans aucune ironie. C’est le seul qui a su faire une major créer un style de films qui n’existait pas auparavant en France, faire un cinéma fait par des « pubeurs » et des « clippeurs » qui s’adresse aux gens de la banlieue, etc… Je ne parle forcément du cinéaste, mais oui, c’est un producteur que j’ai en admiration. D’ailleurs, la seule fois où j’ai acheté des actions dans ma vie, ça a été des actions EuropaCorp.

En parlant des producteurs, es-tu d’accord avec le fait que le métier a beaucoup évolué et qu’on est loin des Georges de Beauregard ou Carlo Ponti, qu’aujourd’hui, les producteurs s’investissent beaucoup plus dans le processus artistique ?

Je suis d’accord, après, je pense qu’aujourd’hui, on est une génération de producteurs beaucoup plus formés à la gestion et à l’économie au préalable. Dans mon entourage, plusieurs producteurs ont fait HEC, l’ESSEC ou Dauphine, … . Peu importe le niveau de l’école, mais on est face à des personnes qui savent aussi gérer des boîtes, ce qui n’est pas négligeable parce qu’il y a peut-être de grands producteurs, mais il y a aussi de mauvais gestionnaires. Ça permet à des gens qui n’ont pas beaucoup d’argent, de produire des films. Après, il est évident que si on travaille comme des malades et qu’en plus, on gagne mal notre vie, il faut qu’on s’y retrouve quelque part et ça passe par l’implication dans les projets. Effectivement, je suis très impliqué dans le scénario, je passe même commande à des auteurs, et je suis présent aussi au montage. Je pense que tous les producteurs le font à leur manière. Après, c’est à chacun de trouver sa place. Il existe des producteurs qui sont de très bons financiers, d’autres de très bons commerciaux…

As-tu déjà voulu passer à la réalisation comme de nombreux producteurs ?

Non, mais ce qui était génial à La fémis justement, c’est qu’en première année, on est obligé de réaliser un film. En fait, la première année, pour tous les étudiants, est commune, on est juste élève de première année et pas élève en réalisation ou en image ou en production. Tout le monde valide donc un film en pellicule à la fin de la première année. Moi, j’ai plutôt eu du mal avec la réalisation, je savais que je voulais aller en production.

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« Ce qu’il restera de nous »

Te considères-tu vraiment libre dans tes choix artistiques de producteur pour t’engager et développer un projet, sachant qu’aujourd’hui, rares sont les producteurs qui financent eux-mêmes leurs films ?

En court métrage, vu l’enjeu financier, j’autoproduis des films par exemple. Je fais un ou deux films par an autoproduits parce que je peux, avec la société, mettre 20 000 ou 30 000 euros par an dans des films. Je ne peux pas mettre plus, à l’échelle d’un long-métrage, c’est anecdotique, donc en gros, ça me permet de faire des courts très libres, comme par exemple « Ce qu’il restera de nous » ou « Faiblesses ». En court, j’essaie d’avoir la liberté de me dire que si j’ai un coup de cœur sur un projet, il peut prendre vie.

À l’heure actuelle, vit-on du court métrage en tant que producteur ?

Lorsque j’étais chez Aurora Films, j’étais directeur de production, ce qui m’a permis de gagner un peu ma vie puis d’avoir une année d’indemnités au chômage et j’ai pu ainsi créer ma boîte, mais là, effectivement, je ne vis pas du court et les courts ne font vivre personne. J’ai pu me payer un peu avec « Jimmy Rivière », mais c’est tout. Les courts permettent de payer un peu de frais généraux de la boîte, au même titre que la boîte permet de continuer à faire des films. Après, pour les salaires, à l’image de ce qui se passe dans toutes les boîtes de production, tout le monde est au statut d’intermittent du spectacle. C’est aussi pour ça qu’on se bat pour développer des longs. Ssi dans 6 mois, on n’a produit aucun long, ça sera en effet difficile. Mais c’est un choix.

N’as-tu jamais été tenté de faire, comme beaucoup de boîtes de production, de la pub ou de l’institutionnel ?

Non. C’est du temps et de l’investissement, ensuite, tu ne peux plus te consacrer aux autres projets de fiction. Par conséquent, si tu mets 15 ans à monter tes projets de fiction, ça ne m’intéresse pas forcément. Personnellement, je m’étais dit que je monterais ma boîte et que si à 30 ans, je n’avais toujours pas fait de long, j’arrêtais. A cet âge-là, je n’avais certes pas encore fait « Jimmy Rivière », mais on était vraiment sur le point de le faire. J’ai malheureusement l’impression que ceux qui ont une boîte de production depuis plus de 15 ans sans n’avoir jamais produit de long ne changeront jamais. Dans mon cas, si je n’y arrive pas, je changerai de métier, mais pour le moment, j’ai des ambitions, j’ai envie que les courts que je produis fonctionnent et j’ai envie de réussir à produire d’autres longs. A un moment donné, il faut savoir dire stop au court. Le court est un formidable terrain de jeu, dans le sens créatif et ludique, c’est pour ça que j’aime faire des films différents et non formatés, mais mon but n’a jamais été de rester dans le court métrage. J’aime m’amuser et suivre les gens avec qui je travaille. C’est d’ailleurs pour ça que c’est très important pour moi de dire à mes auteurs de courts :  » ratez vos films », jusqu’à présent, je suis fier de dire que personne n’est parti de Kazak. J’ai éventuellement pu refuser des projets, mais aucun auteur n’a quitté la boîte.

Chez Kazak Productions, cherchez-vous de nouveaux auteurs ?

Le problème n’est pas la curiosité, ni l’envie mais le temps. On cherche des gens et des projets, mais on n’a pas toujours le temps et l’énergie à leur consacrer, mais on lit tout et on répond à tout le monde.

Qu’est-ce qui définit votre ligne éditoriale ?

On essaye de ne pas faire comme les autres, le court métrage n’étant pas formaté. Avec le long-métrage, on dépend énormément de fonds et de financements extérieurs. Dans le court, il y a quand même une grande liberté, donc pour moi, il faut que les auteurs se radicalisent le plus possible, que la proposition de départ aille le plus loin possible.

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« Pandore »

Tu te retrouves ici au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand, entre autres, parce que tu es Lauréat du Prix Procirep 2011 pour lequel, tu as reçu une dotation de 7500€ à réinvestir dans un prochain court-métrage. Dans quel projet vas-tu utiliser cet argent ?

Celui de Virgil Vernier (ndlr – réalisateur du film « Pandore »). Le film s’appelle « Orléans » et parle de deux danseuses de strip-tease qui suivent les Fêtes de Jeanne d’Arc, à Orléans. Le projet se situe entre le documentaire et la fiction, en ce moment, on est en post-production.

Concernant la carte blanche qui vous est offerte à Clermont-Ferrand, comment se sont faits tes choix de films ?

On a essayé de trouver des films représentatifs de ce qu’on peut être, donc on a mis trois de nos films et cinq films produits par d’autres. Ces cinq courts métrages que j’ai choisis, ce sont tout simplement des films que j’adore et que j’aurais presque aimé produire.

Propos recueillis par Camille Monin

Article associé : Kazak x 3, le reportage sur la société de production Kazak Productions

La carte blanche Kazak productions est programmée au Festival de Clermont-Ferrand dans le cadre des programmes CB1 et CB2

2 réflexions sur “ Jean-Christophe Reymond : « Le court est un formidable terrain de jeu, c’est pour ça que j’aime faire des films différents et non formatés » ”

  1. bonjour ,

    enfin je découvre infos sur le court métrage fiction intitulé
    ( ORLEANS ) de VIRGIL VERNIER.
    ( post-production )

    je n’avez pas de nouvelle de ce court métrage
    j’avais également contacter une de vos comédienne pour infos
    celle-ci ma répondu le 11 février 2012
    je n’ai pas de nouvelles de ce court-métrage.
    Désolée de ne pas pouvoir vous aider.

    extrait texte :

    Celui de Virgil Vernier (ndlr – réalisateur du film « Pandore »). Le film s’appelle « Orléans » et parle de deux danseuses de strip-tease qui suivent les Fêtes de Jeanne d’Arc, à Orléans. Le projet se situe entre le documentaire et la fiction, en ce moment, on est en post-production.

    Ayant participé a la figuration du tournage
    ( ORLEANS ) à ETRECHY et ETAMPES en mai 2011

    ps je suis curieux de voir à l’écran le film car j’habite la ville d’ ORLEANS

    François

  2. le cinema pour moi c’est vraiment une affaire de competence, de sacrifice, de budget mais surtout de passion. en fait je vi au congo/kinshasa a l’est du pays dans une region dechire par la geurre et j’ai une chose que je veux exprimé au monde « ce que malgre tout ceci nous vivons » pour ca je pensé etre producteur de cinema. je ne suis pas resté les bras croisé je crée un petit cinema club ce qui n’existe pas chez moi. je reve d’etre grand comme mati diop, Teddy Lussi-Modeste ou Jean-Christophe
    Reymond. j’ai fait de la réussite ma passion et mon petit club continue a grandir ici il y a pas de fémis pour l’etude pour que j’y aie. me j’en connais bien des gens qui reve comme moi d’etre producteur comme vous. j’ai chercher aussi des conseil pour agrandir notre cinema club

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