Cartoon d’Or 2009 : le lauréat

Le dernier Forum Cartoon, ayant eu lieu à Stavanger, en Norvège, a dévoilé le nom du lauréat du Cartoon d’Or 2009. Il s’agit de l’irlandais David O’Reilly, réalisateur de « Please Say Something », déjà récompensé de l’Ours d’Or du meilleur court métrage à Berlin.

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Please Say Something

Les autres films nominés cette année étaient « Aston’s Stones » (Uzi & Lotta Geffenblad, Suède), « Madagascar, carnet de voyage » (Bastien Dubois, France),« Party Animals » (Merwan Chabane, France) et « Wallace & Gromit: A Matter of Loaf and Death » (Nick Park, Royaume-Uni). Quant au Jury du Cartoon, il était  composé de Serge Elissalde (France), Tomm Moore (Irlande), et Kari Juusonen (Finlande).

Site Internet : www.cartoon-media.eu

Génocidé de Stéphane Valentin

« Ibuka (souviens-toi !) »

Lumière aveuglante dans l’obscurité de l’oubli, le poignant témoignage de Révérien Rurangwa, rescapé des massacres rwandais de 1994, bouleverse par son absence de concession. Présenté au  Festival Silhouette et lauréat d’une Mention Spéciale à Clermont-Ferrand, le film « Génocidé » de Stéphane Valentin (adapté du livre éponyme de Révérien) réveille  les consciences et aiguise les esprits.

Le 20 avril 1994, sur la colline de Mugina, Révérien Rurangwa alors âgé de 15 ans, est sauvagement mutilé à la machette avec quarante-deux autres membres de sa famille. Seul miraculé de cette boucherie, il survit, portant en lui les stigmates de la honte et de la barbarie : il perd un œil, un bras et la moitié de son nez. Depuis lors, témoigner des atrocités commises par les Hutus devient son unique raison de vivre.

Même si les moyens de représentation sont limités et ne peuvent rendre compte de l’ampleur de la tragédie, ils restent des outils de mémoire indéniables. Stéphane Valentin revendique cette idée en se servant habilement de sa caméra pour mettre en images les mots de Révérien. La communion des deux mondes fait de « Génocidé » une œuvre syncrétique forte et intéressante.

Le cinéaste occitan s’affranchit aisément de l’accumulation de scènes choquantes inutiles en ayant recours à un dispositif simple et distancié. En face caméra, cadré jusqu’à la taille, Révérien exprime sa rage. La nature qui l’entoure évoque la pureté de la virginité originelle et ses paroles acérées contrastent grandement avec le paysage immaculé des montagnes suisses. Des intertitres et des extraits de son livre viennent entrecouper sa confession verbale. Leur couleur rouge vive, parti pris esthétique et stylistique, est là pour rappeler le sang des victimes et vient s’opposer à la blancheur de la neige environnante.

Longs et détaillés, les passages tirés du livre de Révérien sont les moments les plus extrêmes et les plus violents du film. Ils requièrent de la part du spectateur un certain effort qui l’oblige à participer activement à la lecture du film. Loin de le guider et de le prendre par la main, le réalisateur aime le bousculer dans sa confortable place de douce passivité.

Film à message, « Génocidé » est une blessure ouverte et nécessaire par laquelle toutes les victimes de tous les génocides continuent de saigner.

Marie Bergeret

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G comme Génocidé

Fiche technique

Synopsis : Ce film est le témoignage brut et violent de Révérien Rurangwa, rescapé du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.

Genre : Documentaire

Durée : 25’10 »

Pays : France

Année : 2008

Réalisation : Stéphane Valentin

Scénario : Stéphane Valentin

Images : Amic Bedel

Son : Laetitia Dutech

Montage : Stéphane Valentin

Interprétation : Révérien Rurangwa

Production : Piget Production

Article associé : la critique du film

Fiff, les autres rendez-vous du court

Parallèlement à sa sélection (internationale, nationale, clips), la 24ème édition du Festival International du Film Francophone de Namur programme entre le 2 et le 9 octobre différentes séances de courts hors compétition. A découvrir également…

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Films “Regards du présent”

* Pour lui (Pentru el) de Stanca Radu (Roumanie, 200!)
* La Raison de l’autre de Foued Mansour (France, 2009)
* Phone story de Berivan Binevsa (Belgique, 2009)
* Le Con de François Paquay (Belgique, 2009)
* Une pute et un poussin de Clément Michel (France, 2009)
* Naissances de Anne Emond (Québec, 2009)
* Le Noeud cravate de Jean-François Lévesque (Québec, 2008)
* Annie de Francia de Christophe Le Masne (France, 2009)
* Racines de Eileen Hofer (Suisse, 2008)
* C’est gratuit pour les filles de Marie Amachoukeli, Claire Burger (France, 2009)
* Choisir d’aimer de Rachid Hami (Algérie/France, 2008)
* En douce de Vanessa Lépinard (France, 2008)
* Fatma de Samia Charkioui (Maroc, 2009)
* Nous aussi nous avons marché sur la lune (Balufu Bakupa Kanyinda, République Démocratique du Congo/Algérie, 2009)
* Chaîne alimentaire de Marie-Louise Sarr (Sénégal/Belgique, 2008)
* Les Racines du brouillard de Dounia Bovet-Woltèche (Belgique, 2009)
* La Boule d’Or de Bruno Deville (Belgique/Suisse, 2008)

Séances spéciales

Carte blanche 10 ans – « Ambiances… asbl »

* Le Petit oiseau va sortir de Pascal Adant (B, 2006)
* L’Intrus de Michel Caulea (B, 1993)
* La Traviata de Guionne Leroy (B, 1994)
* La Paille et la poutre d’Eric Lacroix (B, 2002)
* La Désinvolture de Charline Lancel (B, 2007)
* La Nuit du 6 au 7 de Patrice Bauduinet, André Blavier (N, 2003)
* Amphytrion 94 de Patrice Bauduinet (B, 1998)
* Anthropeau de Joël Godfroid (B, 2006)
* Une fameuse journée de Jean-Marie Buchet (B, 2004)
* Une girafe sous la pluie de Pascale Hecquet (B/F, 2007)

Lauréats 2008 * Atelier Jeunes Cinéastes (AJC !) – Centre Vidéo de Bruxelles (CVB)

* L’Enfant du Dimanche de Manon Verkaeren (B, 2009)
* Les Cheveux coupés d’Emmanuel Marre (B, 2009)
* Les Évadé(e)s de Sophie Auby (B, 2009)
* Qui vit dans la rue Verbiest ? de Delphine Duquesne (B, 2009)

Cinéma belge flamand

* Afterday de Nico Leunen (B, 2009)
* Tunnelrat de Raf Reyntjens (B, 2008)
* Music Is The New Religion de The MKR (Kevin Meul, Nele Keukelier, Wim Reygaert) (B, 2008)

Infos : www.fiff.be

Les films sélectionnés au FIFF

Le 24ème Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) se tiendra du 2 au 9 octobre prochain. Le court métrage occupe une bonne place dans sa programmation. Les films sélectionnés seront départagés par le Jury officiel composé de Emilie Dequenne, Baloji, François-Eudes Chanfrault, Jérémy Clapin, et Dominique Dugas.

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Compétition internationale

* Vivre encore un peu… de  David Lambert (Belgique, 2009)
* Montparnasse de Mikhaël Hers (France, 2009)
* ¿ Donde esta Kim Basinger ? d’Édouard Deluc (France, 2009)
* Danse macabre de Pedro Pires (Québec, 2009)
* La Délogeuse de Julien Rouyet (Suisse, 2008)
* Ils se sont tus (Sektou) de  Khaled Benaïssa (Algérie, 2008)
* La Vie commence de Émile Proulx-Cloutier (Québec, 2009)
* Sous un coin de ciel bleu de Cecilia Marreiros Marum et Arnaud Demuynck (Belgique/France, 2009)
* Waramutseho ! ( Bonjour ! ) de Auguste Bernard Kouemo Yanghu (Cameroun/France/Belgique, 2009)
* Fard de David Alapont, Luis Briceno (France, 2009)
* Rénovation (Renovare) de Paul Negoescu (Roumanie/Allemagne, 2009)
* Un transport en commun de Dyana Gaye (Sénégal/France, 2009)

Compétition nationale

* Mimésis de Camille Meynard (Belgique, 2009)
* Climax de Frédéric Sojcher (Belgique/France, 2009)
* Vivre encore un peu… de  David Lambert (Belgique, 2009)
* Guitar Heroes de Nicolas Bruyelle (Belgique, 2009)
* Le Plein d’aventure de Dominique Reding (Belgique, 2009)
* L’Éclusier de Nicolas Boucart (Belgique, 2009)
* Classes Vertes de Alexis Van Stratum (Belgique/France, 2008)
* La Balançoire de Christophe Hermans (Belgique, 2009)
* Aral de Delphine Renard, Delphine Cousin (Belgique, 2009)
* Trompe l’oeil de Florent Sauze (Belgique/France, 2008)
* Sous un coin de ciel bleu de Cecilia Marreiros Marum et Arnaud Demuynck (Belgique/France, 2009)
* Juste la lettre T de Ann Sirot, Raphaël Balboni (Belgique, 2009)
* Dans nos veines de Guillaume Senez (Belgique/France, 2008)
* Hudûd de Federico Ariu (Belgique, 2009)
* Première nuit à Beijing de Olivier Meys (Belgique, 2008)
* De si près de Rémi Durin (Belgique/France, 2009)
* Europa 17:17 de Bernard Dresse (Belgique, 2009)

Compétition Clips

* « Bien mérité » de Jean-Marie Antonioni (France, 2009)
* « Chupee » de Marc & Sophie (France, 2009)
* « Coconut Night » de Jérémie Saindon (Québec, 2008)
* « Dans l’herbe » d’Olivier Martin (France, 2009)
* « Feedback in the fields » de Réalisation : Louis-Phillipe Éno (Québec, 2008)
* « Get It Right » de Stéphane Sednaoui (France, 2009)
* « Grand con » de Frédéric Fonteyne (Belgique, 2009)
* « Jolie coquine » de Réalisation : Victor Haegelin (France, 2009)
* « Kill the Surfers » de l’Atelier collectif Zorobabel (Belgique, 2009)
* « Little Ones » de Réalisation : Cédric Bourgeois (France, 2009)
* « Mademoiselle » de Yoanna Lemoine (France, 2009)
* « Masiteladi » de Laurent Gillot / Clément Bolla (S.P.E.C.T.R.E) (France, 2009)
* « Mr. Hurricane » de Ben Steiger-levine (Québec,  2009)
* « Non à l’excision » de Jessy Nottola (France, 2008)
* « Silly » de Artaban/David Baumann (Suisse, 2008)
* « Soleil du soir » de Michel Gondry (France, 2008)
* « Souvenir de Chine » de Körner Union (Suisse, 2009)
* « Tableau de chasse » de Patrick Volve (France, 2008)
* « Le Totem du progrès » de Hero (Belgique, 2009)
* « Your Disco Song » de Christine Massy et Brice Van der Haegen (Belgique, 2009)
* « The Wanderer » de Benoit Toulemonde (France, 2009)

Infos : www.fiff.be

Ripple de Paul Gowers

One ordinary man, one chicken, one egg, one extraordinary day

Sous pression, l’individu peut se révéler étrange et son quotidien peut paraître infernal… . « Ripple » (Prix du Public au Festival Silhouette) est une descente vertigineuse vers l’incroyable, captée à merveille par Paul Gowers.  Réalisé en deux jours et quatre nuits, avec sept acteurs et dans le seul but de divertir, le film du cinéaste britannique retrace les tribulations fâcheuses mais néanmoins irrésistibles d’un jeune homme bien sous tous rapports.

« Ripple » (cascade) est une comédie noire sur le hasard et le destin inspirée d’un jour de la vie du réalisateur, animée par le burlesque des frères Coen et imprégnée de la géniale personnalité de Billy Wilder. Rien que ça.

Un homme, une route, un blues bien rythmé et…un œuf qui vient s’écraser énergiquement sur le pare-brise d’une voiture. Tel un battement d’ailes de papillon, le zygote liquéfié sur la vitre avant de la BM du fringant trentenaire aura pour effet de déclencher une aventure inoubliable et peu ordinaire.

Au fil de la journée, celui-ci est victime d’une accumulation de faits malchanceux et de situations glauques qui finissent par le pousser vers un extrême à la fois sordide et burlesque, comme lorsqu’en pleine nuit, au beau milieu de nulle part, il est aidé par un bon samaritain aux mains tachées de sang.

Cet univers tragi-comique, Paul Gowers arrive parfaitement à le transmettre grâce à une maîtrise de  la photo et du montage reflétant l’état d’esprit du héros qui se montre de plus en plus frustré et angoissé. Le blues du chanteur Jawbone agit quant à lui comme contrepoint aux mésaventures vécues. Ces différents décalages permettent d’augmenter la perception de la subjectivité du personnage principal auquel il n’est pas difficile de s’identifier.

Doté d’une mise en scène fluide et dynamique, « Ripple » réussit le pari de ne jamais ennuyer son public et de le surprendre le plus possible. La chute est à l’image de tout le film : un coup de poing joyeux en plein visage.

Marie Bergeret

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R comme Ripple

Fiche technique

Synopsis : À la suite d’un acte malveillant, un homme ordinaire doit quitter la grand-route pour s’enfoncer dans les ténèbres d’une aventure qu’il n’oubliera pas de sitôt.

Genre : Fiction

Durée : 17’50’’

Pays : Royaume-Uni

Année : 2008

Réalisation : Paul Gowers

Scénario : Paul Gowers, Jim North

Musique : Michael Conn

Son : Andy Coles

Images : Brett Turnbull

Montage : Russ Clapham

Décors : Huw Arthur

Interprétation : Ben Crompton, Glen Doherty, Lucy Holt, Bill Thomas, Tony Bluto, Sandy Walsh, Abbie Hirst

Production : Wilder Films

Article associé : la critique du film

Appel à candidatures : Premiers plans/Festival d’Angers 2010

Le 22ème Festival Premiers Plans, qui se tiendra à Angers du 22 au 31 janvier prochain, est à la recherche de nouveaux films d’école, de premiers courts métrages, et de premiers et seconds longs métrages produits en 2008 et 2009. La deadline de l’appel à candidatures est fixée au 18 octobre 2009.

Sauf dérogation, les films peuvent s’inscrire dans les catégories compétitives suivantes s’ils remplissent les conditions indiquées (tous les films doivent être réalisés après le 1er janvier 2008) :

Compétition de premiers longs métrages européens

– premiers ou seconds longs métrages (pour la France : uniquement les premiers) ; les longs métrages antérieurs, en vidéo ou réalisés pour la télévision, ne sont pas pris en compte.
– produits ou coproduits majoritairement en Europe
– d’une durée supérieure à 59 minutes
– de format 35 mm
– n’ayant fait l’objet en France d’aucune distribution commerciale ni diffusion TV

Compétition de premiers courts métrages européens

– produits ou coproduits majoritairement en Europe (hors écoles)
– d’une durée inférieure à 59 minutes
– de format 35 mm

Compétition de premiers courts métrages français

– produits ou coproduits en France (hors écoles)
– d’une durée inférieure à 59 minutes
– de format 35 mm

Compétition de films d’écoles

– films d’une durée inférieure à 59 minutes
– produits dans une école ou faculté de cinéma européennes
– de format 35 mm ou Video

Compétition de films d’animation

– films d’une durée inférieure à 59 minutes
– premier court métrage ou film d’école
– produits ou coproduits majoritairement en Europe
– de format 35 mm ou Video

La vidéo est  admise  dans  la  catégorie films d’écoles, Plans animés, et dans les sections hors compétition.

Pré-sélection

Le dossier de candidature doit être envoyé par la poste aux frais de l’expéditeur ou déposé, dès maintenant, et au plus tard le 18 octobre  2009, à l’adresse suivante :

FESTIVAL PREMIERS  PLANS
cc//oo  CST
22-24 Avenue de  Saint-O Ouen
F – 75018 Paris / France

Votre dossier doit comprendre :
-le formulaire d’inscription rempli et signé
– une cassette un DVD du film

Le Festival s’engage à communiquer à tous les candidats les résultats de la sélection 2010 au plus tard le 31 décembre 2009.

L’inscription des films peut se faire en ligne à partir du site www.premiersplans.org

Succes de Diederik Ebbinge

N’importe qui peut sympathiser avec les souffrances d’un ami. Sympathiser avec ses succès exige une nature très délicate – Oscar Wilde

« Succes » est un film décalé sur le monde du travail, récompensé du Prix du Rire Fernand Raynaud, à Clermont-Ferrand cette année, et programmé au Festival Silhouette ce mois-ci. Deux ans après son premier film « Naakt », coréalisé avec Albert Jan van Rees, le comédien de télévision hollandais Diederik Ebbinge se rattache à nouveau au projet Kort!, une initiative de la chaine de télévision nationale NPS qui met avant les œuvres des réalisateurs débutants et déjà établis.

succes

De bout à bout de ses dix minutes, « Succes » se présente comme une parodie du monde professionnel poussée à l’absurde. L’intrigue met en scène une journée atypique dans la vie de Jos Knol, un employé tout à fait quelconque. Sur le point de faire une présentation à un séminaire de travail, il dissimule son stress derrière une façade zen et impassible. Devant ses collègues, Jos livre une présentation des plus réussies, malgré un manque manifeste de contenu (« ceci s’appelle un graphique, prière de noter que la colonne A est plus grande que la B, mais plus petite que la C »). Une célébration s’impose. Fort de son succès, il commande un repas de fête à emporter au snack du coin, justifiant sa gaité inopportune par « quelque chose à fêter ». Mais un geste maladroit l’empêchera de savourer le fruit de son succès.

Le film convainc, malgré son air de déjà vu et sa musique ringarde, limite pénible. La qualité de ce conte insensé tient dans des ingrédients plus originaux : des décors froids, des plans statiques, un rythme posé, une chute ironique, et une interprétation sobre et curieusement évocatrice du burlesque. « Succes » brosse le portrait sarcastique de l’individu isolé, dans son quotidien stérile et vide, et offre un regard critique sur le milieu du travail trop impersonnel, obséquieux et arbitraire.

Adi Chesson

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S comme Succes

Fiche technique

succes

Synopsis : Jos Knol connaît une grande réussite personnelle…

Genre : Fiction

Durée : 10’

Pays : Pays-Bas

Année : 2008

Réalisation : Diederik Ebbinge

Scénario : Diederik Ebbinge

Images : Lex Brand

Son : Giel Van Geloven

Musique : Rutger de Bekker

Montage : Sándor Soeteman

Interprétation : René Van ‘t Hof, Suzanne Boogaerdt, Kees Hulst, Ton Kas, Sieger Sloot

Production : IDTV Film

Article associé : la critique du film

10 min. de Jorge León

Coup de coeur et de poing au Festival Silhouette à Paris, « 10 min. » relate l’horreur vécue par une jeune bulgare dans le milieu de la prostitution belge. Construit autour d’un témoignage, d’une voix-off, et d’arrêts sur images, le documentaire de Jorge León, ancien étudiant de l’INSAS, a été réalisé dans le cadre de la journée européenne contre la traite des êtres humains.

Il suffit de taper « prostitution » sur Google pour se retrouver avec une masse d’informations et de témoignages sur le sujet en question. Il suffit d’un film pour saisir l’ampleur du même mot sur le destin d’une jeune fille parmi d’autres. Un cas isolé, mais une histoire universelle. Elle est bulgare, mais elle aurait pu tout aussi bien naître ailleurs. Elle ne sait pas qu’en quittant son pays, elle s’occupera pas de personnes âgées, comme une « amie » le lui promet, mais qu’elle devra travailler en tant que prostituée dans une vitrine de la capitale. Elle ne sait pas que si elle n’enchaîne pas les clients et les passes, elle se fera tabasser. Elle ne sait pas que malgré sa fuite, et son retour en Bulgarie, elle se fera entrainer de force et violer. Elle ne sait pas, elle va le savoir. C’est un être humain, et pourtant, c’est une victime de ses pairs et d’un trafic qui la dépasse. Son histoire, elle la livre à quatre officiers de la Police Judiciaire, et pourtant, elle refuse de signer sa déclaration, par peur de représailles. La violence, elle connaît.

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De leur côté, les policiers ont mené leur enquête. Pour rembourser les frais de vitrine, contenter leur « poisson » (proxénète), et éviter la violence gratuite, les filles travaillent en général douze heures par jour, tous les jours de la semaine. « Pour optimiser le rendement de leurs prostituées, certains proxénètes réclament l’usage d’une minuterie de cuisine, limitant le temps de la passe à dix minutes pour cinquante euros », est-il précisé. Dix minutes, c’est le temps de cuisson d’un œuf dur, d’une tarte aux abricots, et d’un poulet au vin blanc. Dorénavant, c’est aussi le temps d’un rapport sexuel monnayé.

S’appuyant sur un témoignage peu anodin sur les dommages moraux et physiques occasionnés par la prostitution, ce film de commande possède une originalité de forme. La victime n’apparaît pas à l’image, le visage floué ou barré de lunettes noires. Son témoignage, recueilli lors de son audition judiciaire, est lu par quelqu’un d’autre, l’acteur et réalisateur Josse De Pauw.

Pour illustrer un sujet tabou, Jorge León a eu recours au photomontage. Chaque phrase est en lien avec une image différente et explicite : une horloge, une chaise, une maison, une chambre, un lit, des chaussures à talons hauts, de l’argent, des minuteries en plastique, … La forme choisie accentue l’importance et la gravité du récit, et suscite, par sa pudeur, l’empathie du spectateur. Un bon documentaire est un documentaire qui provoque une prise de conscience et qui décille le regard. « 10 min » s’inscrit, avec force, dans cette optique.

Katia Bayer

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D comme 10 min.

Fiche technique

Synopsis : À travers la lecture d’une feuille d’audition judiciaire, «10 min.» relate le parcours d’une jeune fille projetée malgré elle dans un réseau de prostitution.

Genre : Documentaire

Durée : 19’

Pays : Belgique

Année : 2008

Réalisation : Jorge León

Images : Jorge León

Son : Gilles Laurent, Lazio Umbreit

Montage : Marie-Hélène Mora

Production : Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme

Distribution : Marc Bouteiller

Voix : Josse de Pauw

Article associé : la critique du film

Elles tournent : le festival de films de femmes de Bruxelles

« Elles Tournent », le Festival de film de femmes de Bruxelles, a lieu au Botanique, du 17 au 20 septembre 2009. La deuxième édition de cet événement consacré aux femmes cinéastes, diffusera une soixantaine de films (des courts, moyens et longs métrages) venant de divers pays, représentant divers genres, et traitant de divers thèmes.

Quatre séances de courts métrages sont programmées :

Liens intenses : jeudi le 17 à 22h

Les Belg’animées : samedi le 19 à 17h

D’Afrique : dimanche le 20 à 14h30

Vive le Féminisme : dimanche le 20 à 21h30

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En dehors d’une programmation dense, l’événement propose des rencontres, des débats, des soirées et d’autres participations, dont :

– Le prix Cinégalité, qui vise à récompenser un film d’étudiant qui présente une vision originale sur le genre.

– Une séance spéciale pour les écoles.

– Une séance de films d’époque (1899-1917) sur les suffragettes et autres rebelles, organisée par la Cinematek.

– Une soirée concoctée par les Girly Mondays, au Café Bota, où les D-Janes mixeront.

Plus d’informations sur : www.ellestournent.be

Fantoche, le palmarès

La 7e édition de Fantoche, festival international d’animation à Baden (Suisse), s’est clôturée dimanche.  223 courts et longs métrages issus de 45 pays y ont été projetés durant 6 jours. En voici le palmarès.

Compétition internationale

Le Jury International, composé de Abi Feijó (PT), Lauri Faggioni (US), Caroline Leaf (US), Thomas Ott (CH), et Tatia Rosenthal (IL) a délivré les prix suivants :

1er Prix : Lucia, Cristobal Leon, Joaquin Cociña, Niles Atallah, CL 2007 , 3’50”

lucia

Prix du Public : Muto, Blu, IT 2008

Mention spéciale : Western Spaghetti, PES, US 2008, 1’44”

Meilleur son : Drux  Flux, Theodore Ushev, CA 2008, 4’46”

Meilleure image: Madame Tutli-Putli, Chris Lavis, Maciek Szczerbowski, CA 2007, 17’21”

Meilleure histoire :  Chainsaw, Dennis Tupicoff, AU 2007, 25’

Nouveau talent : Noteboek, Evelien Lohbeck, NL 2008, 4’52”

Prise de risque : Ezurbeltzak, una fosa común, Izibene Oñederra, ES 2007, 4’ ; Please Say Something, David OReilly, DE 2009, 10’

Compétition suisse

Le Jury de la Compétition Suisse, composé de Fernando Galrito (PT), Ülo Pikkov (EE), et Cilia Sawadogo (CA) a délivré les prix suivants :

1er prix ex-aequo : Retouches, Georges Schwizgebel, CH/CA 2008, 5’35” et Flowerpots, Rafael Sommerhalder,  GB/CH 2008, 5’07”

retouchesflowerpots

Prix du Public : Signalis, Adrian Flückiger, CH 2008

Mention spéciale : Flimmern, Alex Schoop, CH 2008, 2’31”, Amourette, Maja Gehrig, CH 2009, 5’20”

Nouveaux prix pour les enfants

Best Kids (décerné par un jury d’enfants de la Lanterne Magique, pour la première fois en Suisse) :  The Incredible Story of My Great Grandmother Olive, Alberto Rodriguez, GB 2009, 12’18”

Prix du public des enfants : The Incredible Story of My Great Grandmother Olive, Alberto Rodriguez, GB 2009, 12’18”

Le site du Festival : www.fantoche.ch

Plot Point de Nicolas Provost

Waiting for something to happen

Trituration de la matière, effets miroirs, répétitions, chocs visuels… Depuis plus de dix ans, Nicolas Provost hante écrans et galeries d’art avec ses courts métrages hybrides. À mi-chemin entre le cinéma et les arts plastiques, le vidéaste flirte avec les genres, les formes, et se joue des codes narratifs. Plot Point, réalisé en 2007, explore ce qui fait l’essence même du film d’action américain. Film expérimental ? Fiction ? Documentaire ? Difficile de répondre à ces questions sinon par « tout à la fois ».

New York, un soir. Bienvenue dans la jungle urbaine. Des individus marchent, traversent les rues, se retournent, scrutent le ciel. Autour, des ambulances, des taxis, des bus roulent à flot continu…De la lumière partout, phares et néons publicitaires clignotants. Des voitures de police, lentement, sillonnent Times Square. Parmi la foule, des flics en civil échangent des regards entendus avec d’autres en uniformes, prêts à intervenir. Au coin de la rue, un vendeur de journaux énonce les gros titres, puis, un coup d’œil furtif à gauche et à droite, il enfile son capuchon. Une jeune beauté, col en fourrure, vient de traverser la grande avenue… Il va se passer quelque chose… Un flic au regard anxieux, costume noir, lunettes noires, cravate noire scrute le ciel…noir. Là-haut, un hélicoptère slalome entre les gratte-ciel. Il va se passer quelque chose…. Cette fois, c’est sûr !

Pas de doute possible, à la vision de quelques plans, voire aux photos du dernier film de Nicolas Provost, vous ne pourrez imaginer qu’il s’agit d’autre chose que d’un bon film policier à la sauce américaine. Et tout est là, en effet, pour nous le faire croire.

Sauf que… Sauf que, voilà, un film policier américain ne dure pas 15 minutes. Un film policier américain raconte l’histoire d’un « méchant » qui se fera inévitablement arrêter par les « gentils ». Rien de tout cela chez Nicolas Provost. Son but n’est pas de raconter une histoire avec introduction-développement-conclusion attendus, mais bien d’interroger la forme. En effet, Plot Point est un exercice de style dans la lignée oulipienne. Un peu comme Italo Calvino qui dans, Si par une nuit d’hiver un voyageur, proposait un roman intégrant dix débuts de roman sans y donner de suite, Nicolas Provost perce les règles du jeu de ce que l’on appelle au cinéma le « Plot Point », ce moment de déséquilibre qui fait basculer le quotidien dans le drame, qui fait passer du calme à l’angoisse, ce petit moment bien connu où « il va se passer quelque chose de terrible, c’est sûr ! ». En filmant, de façon remarquable, des scènes de rues quotidiennes au cœur de New York, le réalisateur fait monter la tension du spectateur. Grâce à un montage exceptionnel et une bande son adaptée, il parvient ainsi à recréer ce qui fait l’essence même du film d’action américain.

À chaque instant, le doute s’installe. On attend, le cœur battant, que le bus fonce sur la foule, que la vitrine du restaurant explose.  Sa manière de fictionnaliser ces scènes documentaires interroge le spectateur sur le pouvoir que possède l’image à dire ce qui n’est pas, l’entraînant ainsi dans la paranoïa. Qui sera le héros de l’histoire ? Qui sera la victime, l’assassin ?

Étiqueté, trop rapidement peut-être, cinéaste « expérimental », la démarche de Nicolas Provost  parvient à associer l’esthétique, les références et l’émotion. Film expérimental ? Fiction ? Documentaire ? Il s’est passé quelque chose.

Sarah Pialeprat

Article paru sur Cinergie.be

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Article associé : l’interview de Nicolas Provost

Festival Silhouette 2009

silhouette

Du 29 août au 6 septembre 2009, s’est déroulée le 8ème Festival Silhouette à Paris. Depuis son apparition, cette manifestation fragile et libre, composée en grande partie de bénévoles, mise sur l’accessibilité du court et organise des projections gratuites en plein air, aux Buttes Chaumont. Au vu des soirées fraiches, l’organisation est de rigueur, année après année, et tient en trois mots : coussins, couvertures, et crêpes. 3 C à l’instar du mot « court métrage ».

Cette année, la 8ème édition de Silhouette était composée de concerts et de plusieurs rendez-vous répartis sur l’intégralité de la semaine (compétition internationale, Focus Belgique, Jeune Public, Clips, Hybride, Documentaire, ateliers, tables rondes).

Malgré sa clôture, Silhouette se poursuit sur le Net. Jusqu’au 27 septembre 2009, retrouvez une sélection des films primés en intégralité gratuitement sur le site 6nema.com : Nachtwake, de Menno Otten (Grand Prix), Michel de Antoine Russbach et Emmanuel Marre (Prix d’interprétation masculine), Ripple de Paul Gowers (Prix du Public), et Liminal de Stephen Keep Mills (Mention spéciale – Jury Etudiant).

Retrouvez dans ce Focus :

Et nos anciens articles, en lien avec le Festival Silhouette :

Mostra de Venise : les films primés

Corto Cortissimo, la compétition internationale réservée au court à la Biennale de Venise, a délivré ses récompenses. Le Lion du Meilleur Film, une Mention Spéciale, et une nomination aux Prix UIP pour le meilleur court métrage européen, ont été attribués par un Jury composé de Stuart Gordon, Sitora Alieva, et Steve Ricci.

Lion du Meilleur Film : Eersgeborene (First Born) d’Etienne Kallos (Afrique du Sud, Etats-Unis, 27′)

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Syn. : L’histoire d’une famille de fermiers Afrikaaners racistes et férocement religieux. Les deux films finissent par perpétrer – à travers un homicide – exactement les mêmes abus contre lesquels ils avaient essayer ensemble de se rebeller.

Nomination aux Prix UIP pour le meilleur court métrage européen 2009 : Sinner de Meni Philip (Israel, 28′)

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Syn. : Yotam, un garçon de 13 ans dans une pension juive ultra-orthodoxe, essaie de lutter contre l’éveil de ses désirs sexuels. Confus et rongé par la culpabilité, il consulte son rabbin, qui abuse de sa position et de l’innocence de Yotam. Sans recours ni refuge, Yotam se retrouve piégé par le silence imposé dans sa communauté.

Mention Spéciale : Felicità de Salomé Aleksi (Georgie, 30’)

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Syn. : Tamara habite et travaille en Italie. Elle s’occupe de Paola, une dame âgée. Son boulot lui permet d’économiser et soutenir ses enfants qui vivent avec leur père dans un petit village en Georgie. Entre temps, son marie décède suite à un accident de voiture mais, en raison de son statut illégal, elle ne peut pas quitter l’Italie. Incapable d’assister à l’enterrement de son mari, elle décide de faire le deuil de celui-ci à l’aide d’un appel longue distance. Ses monologues amplifiés qui accompagnent le rituel funéraire nous offrent un regard sur les relations familiales compliquées et les projets inquiétants pour l’avenir.

Pour plus d’informations : www.labiennale.org

A comme Annecy. A comme Animation

Pour clôturer un été sous le signe des shorts et des lardons, Format Court consacre son numéro de rentrée au Festival d’Annecy. Présent au rendez-vous de l’image animée, F.C. a visionné les films courts en compétition, sillonné les ruelles de la vieille ville, participé au Jury Fipresci, et raconté des salades vertes autour d’une fondue.

Sur le chemin du retour, le webzine du court s’est rendu compte qu’il ne voyageait pas seul. Une petite douzaine d’incrustes (critiques, interviews, reportages, chroniques DVD) s’était introduite en douce dans sa valise. Retrouvez les ci-dessous, en vrac et en images, en attendant nos prochains focus en lien avec Le Festival Silhouette et L’Étrange Festival.

Katia Bayer
Rédactrice en chef


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P comme Plot Point

Fiche technique

Synopsis : C’est un pays de flics new-yorkais, avec ses voitures de police, ses uniformes, ses ambulances et ses rues encombrées, le décor parfait pour une nation qui a peur. La recette du film de fiction nous est tellement familière que la réalité peut s’effacer derrière elle.

Genre : Expérimental, Fiction

Durée : 15’

Pays : Belgique, Etats-Unis

Année : 2007

Réalisation : Nicolas Provost

Scénario : Nicolas Provost

Images : Nicolas Provost

Son : Nicolas Provost

Montage : Nicolas Provost

Production : Nicolas Provost

Articles associés : la critique du film, l’interview de Nicolas Provost

Harvie Krumpet et autres histoires

Tout amateur d’animation en a entendu parler ou a vu sa tronche, surmontée d’un n°6, quelque part. « Harvie Krumpet » est un anti-héros en pâte à modeler, porté sur les faits, les clopes, le nudisme et l’affranchissement des poules. Son étoile n’est pas spécialement bonne, mais cela ne l’empêche pas d’attirer la sympathie de ses juges (Prix du Public, du Jury, Fipresci à Annecy, en 2003, et Oscar du meilleur court métrage d’animation en 2004). Avant « Harvie », son créateur, l’Australien Adam Eliott, s’est librement inspiré de sa famille dans une trilogie de courts métrages. Depuis, il s’est intéressé au format long, avec l’histoire  de deux amateurs de chocolat solitaires. « Mary and Max », récompensé cette année à Annecy du Cristal du long-métrage (ex æquo avec « Coraline » de Henri Selick), sort prochainement dans les salles. En attendant de découvrir cette histoire épatante et émouvante, les quatre courts métrages de Adam Eliott se laissent infiniment (ré)apprécier en DVD.

Un prénom de premier homme, un nom de dragon sympa. Adam Eliott a grandi dans une ferme spécialisée dans l’élevage de crevettes, avec sa famille et ses deux perroquets, Sunny et Cher, avant d’étudier l’animation au Victorian College of Arts, à Melbourne. En 1996, son film de fin d’études, « Uncle », voit le jour, suivi de près de « Cousin » en 1998, et de « Brother », en 1999. Jusqu’à ce que « Harvie Krumpet » surgisse après un an de tournage, et provoque une véritable révolution dans l’animation en volume.

« Uncle », « Cousin », « Brother »

La trilogie familiale d’Adam Eliott mêle des chroniques (auto)biographiques, des dentiers solitaires, un narrateur commun (William McInnes), un goût pour le tragi-comique, des collections invraisemblables, des personnages en pâte à modeler, des escargots écrasés, et un univers en noir, gris, et blanc. « Uncle », « Cousin », « Brother » traitent, tous trois, de sujets sombres et difficiles (l’infirmité, la maladie, la déchéance, la mort, …) avec un ton léger, un esprit humaniste et tolérant, et une matrice annonciatrice de « Harvie Krumpet ».

uncle

Initialement intéressé par la 2D, l’animateur s’est initié au volume après avoir dû animer une boule de plasticine en 10 secondes pour l’école. L’exercice a été profitable : Eliott a transformé le scénario de son travail de fin d’études, « Uncle », la biographie d’un homme modeste qui a foi dans les plaisirs simples de la vie, comme l’entretien personnalisé d’un citronnier, la chaleur d’une tasse de café, et la fidélité d’un ami chihuahua.

Deux ans après l’école, apparaît « Cousin », l’histoire d’un petit garçon atteint de paralysie cérébrale depuis la naissance, qui porte des tenues de super héros, et cuisine des gâteaux, tout en essayant de gagner au Scrabble et de collectionner les caddies de supermarché.

Dernier volet de la trilogie, « Brother » est une forme de compromis. Après avoir réalisé des chroniques sur son oncle et son cousin, Adam Eliott est tenté de parler de lui-même, mais il juge ridicule d’appeler son film « Me ». Il fictionnalise donc la vie de son frère, à travers des souvenirs d’enfance (la collecte de mégots, les punitions à répétition, les relations avec le monde adulte, …), tout en s’octroyant une petite place à ses côtés et trois cheveux sur la tête.

« Harvie Krumpet »

« Certains naissent grands. D’autres deviennent grands. D’autres encore se voient attribuer la grandeur… . Et puis…Il y a les autres …. ». Harvek Milos Krumpetzki, né en Pologne 1922, fait partie des autres. Sa mère, Liliana, a beau le considérer comme un miracle, elle continue de converser avec des êtres imaginaires et de compter ses propres doigts. Très vite, Harvek développe lui aussi des tics, dont le plus incommodant est de toucher en permanence ce qui l’entoure avec son index. Verdict : syndrome de Tourette, réputation : débile. Sa mère le retire de l’école et s’occupe de son éducation en lui inculquant de nombreux faits qu’il collectionne dans un carnet accroché autour du cou. En 1942, quand la guerre éclate, Harvek émigre en Australie et se fait appeler Harvie Krumpet, pour faciliter son intégration. Nouveau monde, nouveaux faits. Harvie réussira-t-il à donner un sens à sa vie dans la patrie du kangourou et du koala ?

Une idée vieille de dix ans, une animation image par image, 280 plans, 14 mois de tournage, zéro ordinateur, une narration assurée par Geoffrey Rush, un Oscar, et plein d’autres prix : « Harvie Krumpet » n’est pas seulement un film ambitieux. C’est aussi le film le plus abouti qu’Adam Eliott ait conçu sur la perception de la différence, du handicap et de la maladie. Liliana disjoncte, Harvie souffre, entre autres,  d’hallucinations, du syndrome de Tourette, et de la maladie d’Alzheimer, Ruby, sa fille est atteinte de thalidomide, le Prozac et la morphine sont les alliés des maisons de retraite, … « Harvie Krumpet » n’est pas pour autant un film accablant. Dans son univers modelé en pâte,  la différence est source de blagues et de surprises. On chante (God is better than football, God is better than beer), on cache les dentiers, on met des rideaux sur sa télé, on attend des bus qui n’arrivent jamais, on fait des spectacles de marionnettes avec des chaussettes, et on profite de la vie, même si elle est moche.

Katia Bayer

Consulter les fiches techniques de « Uncle », « Cousin », « Brother », et « Harvie Krumpet »

Édition : Les Films du Préau. Harvie Krumpet + bonus (Uncle, Cousin, Brother, études de cas de comportement humain, storyboard, photos de tournage, commentaires audio du réalisateur)