Les Quatre saisons de Cinergie

Vendredi 4 septembre, Cinergie.be présentera à l’Espace Flagey une nouvelle session de courts métrages belges (en présence de leurs auteurs), ainsi qu’un portrait filmé de Jaco Van Dormael.

* Taxi dancer de Caroline Strubbe (fiction, 1991, 40′, Belgique)

Synopsis : 1926, la dernière semaine de la vie d’un liftier d’un grand hôtel parisien, fasciné par Rudolph Valentino, le grand acteur du cinéma muet.

* Bxl minuit de Dorothee Van Den Berghe (fiction, 17′, 1998, Belgique)

Synopsis : Barbara erre dans la ville ; elle vient de découvrir que son ami la trompe. Entre-temps un voleur s’est introduit dans son appartement.

* La sensation de Manuel Poutte (fiction, 11’, 1991, Belgique, France)

Synopsis : Il faisait froid ce soir-là. Personne pour s’attarder dans la rue. Rentrer vite pour trouver un peu de chaleur et de lumière. Pourtant, derrière cette fenêtre-ci, il n’y avait que de l’obscurité.

* « Cinéma cinéastes » : portrait de Jaco Van Dormael réalisé par Cinergie.be

Infos pratiques : Vendredi 4 septembre 2009, à 20h au Studio 5 de Flagey.

www.flagey.be

Je criais contre la vie. Ou pour elle. de Vergine Keaton

Lorsqu’un film s’ouvre sur des gravures romantiques animées du XIXème, le spectateur s’arrête pour regarder. Sélectionné à l’ACID (à Cannes) cette année, « Je criais contre la vie, ou pour elle » est une véritable symphonie en sépia qui innove sur le plan formel. Son auteure, Violaine Tatéossian, alias Vergine Keaton, historienne d’art et animatrice française, démontre qu’elle a plus d’un tour dans son plumier.

Dans un cadre très classique, Keaton dépeint une chasse à courre à l’anglaise. Une scène forestière classique, rompue lorsque le ciel assombri commence à se dégager, et que les cerfs se retournent contre les chiens et que les chasseurs deviennent les chassés.

« Je criais contre la vie, ou pour elle » s’inspire de la mythologie antique d’Antigone, réinterprétée par le traducteur Henri Bauchau sous la forme d’un rêve fait par l’héroïne éponyme. Vergine Keaton va plus loin que la simple citation, en revisitant les mythes fondateurs comme l’apocalypse (le ciel qui s’écroule sur la tête), la cyclicité (la référence au dicton Post nubila, Phoebus – Après la pluie, le beau temps) ou la régénération (la mue des cerfs). Ce jeu de symbolisme sophistiqué, la réalisatrice l’opère par le biais d’un travail soigné et laborieux de décomposition et de recomposition d’authentiques gravures d’époque.

Au même titre que l’image, la musique occupe une place centrale dans ce film. Elle est en quelque sorte le ‘’cri’’ du titre. Signée Vale Poher, la partition prend la forme d’une toccata bien rythmée, aux accords électriques évocateurs de Pink Floyd. Obstinée, elle mène, au gré de ses modulations rythmiques, une fantastique chorégraphie de flore et de faune, aux tournures tantôt à la Bewick tantôt à la Escher. D’un côté, la constance de la représentation en profil renforce le dynamisme de ces gravures classiques. De l’autre, l’allusion aux œuvres géométriques d’Escher se fait remarquer dans les superbes plans de corbeaux, mais aussi dans le va-et-vient incessant entre les deux pôles de cette vision naturaliste (la célébration de la nature dans toute sa splendeur, et l’horreur de sa face chaotique et impitoyable). « Je criais contre la vie, ou pour elle » : ce titre, provenant du texte de Bauchau, résolument indécis, recouvre lui aussi cette dualité.

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La force de ce court énigmatique et saisissant réside dans son style singulier. Entre la stase sobre du dessin, l’adresse inattendue des mouvements saccadés, et la limpidité de l’eau délicatement animée, le film fait preuve d’une adéquation réussie entre une recherche esthétique formelle et une trame narrative bien approfondie. Mariant l’original et le familier, « Je criais » imprime cette sensation : l’animation pourrait être, en quelque sorte, la suite logique de la gravure.

Adi Chesson

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Article associé : l’interview de Vergine Keaton

J comme Je criais contre la vie. Ou pour elle

Fiche technique

Synopsis : Dans une forêt, un troupeau de cerfs se retourne contre la meute de chiens qui le poursuivait jusque-là. De cette étrange course naissent des paysages s’élevant du sol.

Genre : Animation

Durée : 9’10 »

Pays : France

Année : 2009

Réalisation : Vergine Keaton

Scénario : Vergine Keaton

Graphisme : Vergine Keaton

Storyboard : Vergine Keaton

Animation : Anna Khmelevskaya

Techniques : éléments découpés, ordinateur 2d/3d

Musique : Vale Poher

Montage : Vergine Keaton

Compositing : Anna Khmelevskaya

Production : 25 Films

Articles associés : la critique du film, l’interview de Vergine Keaton

Festival Silhouette, la programmation

Du 29 août au 6 septembre 2009, se tiendra la 8e édition du Festival Silhouette, à Paris. Courts métrages et concerts sont prévus durant l’intégralité de la semaine. Ta-ta-tam : découvrez la programmation 2009.

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* La compétition internationale

* Les concerts

* Focus Belgique

* Sélection Jeune Public

* Sélection clips

* Sélection hybride

* Sélection documentaire

* Ateliers Jeune Public

Le site du Festival : www.association-silhouette.com

Log Jam (« The Log », « The Rain », « The Moon », « The Snake ») de Alexei Alexeev

On prend les mêmes et on recommence

Après le succès de « KJFG n°5 », Alexei Alexeev a crée une série de quatre petits films, chacun d’une durée d’une minute, pour le compte de la chaîne de télévision Nickelodeon. En juin, « Log Jam » (« The Log », « The Rain », « The Moon », « The Snake ») a reçu le Cristal pour une production TV, à Annecy. L’ours, le loup, et le lapin en ont profité pour fêter leur prix. Avant de se remettre à jouer leur morceau favori.

Les vrais musiciens s’entraînent partout et nulle part. Même par temps de pluie, sous la lune, à proximité d’une souche ou d’un serpent, le trio farfelu de Alexei Alexeev poursuit ses répétitions. Comme à l’accoutumée, l’ours est à la basse, le loup fait office de chanteur hurleur, et le plus petit, le lapin, marque la mesure avec sa tête et ses pattes. Depuis le début de leur carrière, la forêt est leur scène, leur public est inexistant, et leur morceau reste invariablement le même.

Doté du Prix SACEM de la musique originale à Annecy en 2008, « KJFG n°5 » est un film d’animation à part, qui doit sa valeur à sa simplicité, son originalité et son humour. Certains traits plus spécifiques, comme l’esprit absurde, l’absence de dialogues, la mélodie devenue tube, la durée limitée, et le tracé ludique, se retrouvent d’ailleurs en filigrane dans ces quatre nouvelles pastilles.

Pour éviter la répétition, l’animateur à tout faire (dessin, storyboard, graphisme, décor, layout, …) a diversifié les situations, l’enchaînement des gags, les chutes, et le positionnement de ses personnages, tout en privilégiant une durée plus courte que « KJFG ». Chaque segment de la série dure en effet une minute. Il n’en faut pas plus pour que l’ours, le loup, et le lapin, soient perturbés dans leurs répétitions. Que ce soit à cause d’un nuage, d’une pomme de pin, d’un serpent gourmand, ou d’une déglutition qui dérape.

Katia Bayer

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Articles associés : la critique de KJFG n°5, l’interview d’Alexei Alexeev

L comme Log Jam (« The Log », « The Rain », « The Moon », « The Snake »)

Fiche technique

Synopsis : En pleine forêt, trois animaux n’ont qu’une passion : improviser librement avec leurs instruments personnalisés. L’ours est à la basse, il y a un loup hurleur et un lapin qui bat la mesure – avec sa tête.

Genre : Animation

Durée : 4’

Pays : Hongrie

Année : 2008

Réalisation : Alexey Alexeev

Scénario : Alexey Alexeev

Graphisme : Alexey Alexeev

Storyboard : Alexey Alexeev

Techniques : Dessin sur papier, ordinateur 2D

Layout : Alexey Alexeev

Décor : Alexey Alexeev

Animation : Alexey Alexeev

Caméra : Alexey Alexeev

Musique : Alexey Alexeev

Son : Alexey Alexeev

Montage : Alexey Alexeev

Compositing : Alexey Alexeev

Producteur : András Erkel

Production : Studio Baestarts

Distribution : Studio Baestarts

Article associé : la critique de Log Jam

Nouvelle édition du ‘Goût du court’ : appel à courts métrages

Dans le cadre de la nouvelle saison du « Goût du court », le cinéma Le Balzac et Cinezik recherchent des courts métrages dans lesquels la musique tient une place pertinente. La prochaine édition du « Goût du court »  se déroulera le 21 novembre 2009. Date limite d’envoi des films : le 30 septembre.

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Après une saison mettant à l’honneur des compositeurs de renom avec la projection de courts métrages auxquels ils ont participé, le « Goût du court » sera de retour le 21 novembre 2009 pour une nouvelle formule mettant l’accent sur les Jeunes Talents. Les courts métrages sélectionnés devront jouir d’un intérêt musical évident tout en constituant une oeuvre globale réussie révélant autant le talent du musicien que du cinéaste.

Compositeurs et réalisateurs seront d’ailleurs invités (présence indispensable) et le public pourra distinguer son favori. Pour clôturer la matinée, une personnalité viendra partager son expérience, commenter son actualité, tout en discutant avec les invités et répondre aux questions du public.

Les DVD peuvent être envoyés à l’adresse suivante :

Cinéma Le Balzac
Le Goût du court
A l’attention de Benoit Basirico
1 rue Balzac
75008 Paris

Date limite : 30 septembre 2009
Renseignements et communications sur les candidatures : contact (at) cinezik.org

Partly Cloudy de Peter Sohn

Diffusé au cinéma, avant « Up », « Partly Cloudy » est le dernier-né des studios Pixar. À la fois drôle et poétique, il offre, par l’entremise de son réalisateur, Peter Sohn, une astucieuse pirouette à la redoutable question, “d’où viennent les bébés ?”.

Vendredi 12 juin, Annecy. Ça se bouscule, place et avion en main, pour accéder à la séance Pixar. Le processus de création dans les célèbres studios d’animation est sur le point d’être exposé par Peter Sohn, le réalisateur de « Partly Cloudy », et Bob Peterson, l’auteur de « Up » (venu sans son co-réalisateur Pete Docter). Making-of, présentation du long métrage, projection du court en avant-première européenne, questions-réponses : le public annécien accompagne le déroulement de la conférence, en bavant, intervenant, et applaudissant à l’envi.

« Partly Cloudy » s’ouvre, comme dans un dessin animé Looney Tunes, sur un visuel et une musique légèrement rétros. Une nuée de cigognes dépose de précieux baluchons (bébés, chatons, chiots) à des parents épatés, avant de reprendre son envol et de regagner le ciel. Là-haut, chaque coursier rejoint son poste, et se voit remettre de nouveau colis, des mains des nuages qui modèlent et donnent vie aux nourrissons.

Dans la stratosphère, l’ambiance est pétillante et insouciante. Même pour Gus, un nuage gris et solitaire, chargé des commandes atypiques (crocodiles, béliers, porcs-épics, requins, …). Peck, la fidèle cigogne de Gus, voit les choses différemment. Ayant de plus en plus de mal à gérer les comportements turbulents des créations de son nuage, elle est en train de remporter le titre de volatile le plus stressé du ciel. Face à ces conditions de travail difficiles, Peck commence à lorgner vers les autres nuages.

En animation, le thème de la naissance est souvent associé aux cigognes. Le pitch de Peter Sohn, storyboarder pendant neuf ans chez Pixar, pourrait donc sembler simpliste à première vue, et pourtant, son traitement se veut original. “D’où viennent les bébés ?” Réponse : Des nuages. Il fallait y penser.

Chez Pixar, il y a toujours une histoire personnelle derrière chaque film. « Partly Cloudy » se conforme à cette idée. Peter Sohn n’est pas né dans un nuage, mais derrière les problèmes de communication entre Gus et Peck, se cachent les difficultés de compréhension entre un fils et sa mère. À Annecy, le réalisateur a raconté que dans son enfance, sa mère, d’origine coréenne, l’emmenait souvent au cinéma. Ne maîtrisant pas la langue anglaise, elle demandait fréquemment à son fils de lui expliquer ce qui se passait à l’écran. À l’inverse, devant les films de Disney, elle ne posait aucune questions, car elle arrivait à se repérer intuitivement dans l’histoire et les images sans avoir besoin de comprendre les dialogues en anglais. Ceci explique probablement cela : « Partly Cloudy » évoque, sans le moindre mot, la relation entre deux êtres qui traversent des épreuves, mais qui ne peuvent pas faire autre chose que s’aimer.

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Sans lien autobiographique apparent, « Partly Cloudy » est également un conte émouvant sur la valeur de l’amitié et l’acceptation de la différence. L’humour, essentiel chez Pixar, s’invite, lui aussi, dans ce ciel animé, et dans certaines scènes (plus spécifiquement celles du crocodile et des émotions-météo de Gus, le nuage). Et pour le reste ? On vous invite à le découvrir.

Une fois n’est pas coutume, le film chroniqué est accessible dans son intégralité, au commun des spectateurs, à condition que lui vienne la bonne idée d’aller au cinéma voir « Up », déjà sorti dans certains pays. Les nuages disparaissent, l’horizon s’éclaircit, les cigognes font des bonds. Cela s’appelle une bonne nouvelle.

Katia Bayer

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P comme Partly Cloudy

Fiche technique

Synopsis : Tout le monde sait que les cigognes apportent les bébés, mais où diable les trouvent-elles ? La réponse est : tout là-haut dans la stratosphère.

Genre : Animation

Durée : 5’47’’

Pays : États-Unis

Année : 2009

Réalisation : Peter Sohn

Scénario : Peter Sohn

Adaptation : Bob Peterson

Voix : Tony Fucile, Lori Richardson

Directeur artistique : Peter Sohn,Teddy Newton

Chef décorateur : Noah Klocek

Animateur : Andrew L. Schmidt

Montage : Jason Hudak

Musique : Michael Giacchino

Production : Pixar Animation Studios

Article associé : la critique du film

66ème Mostra de Venise : la sélection officielle

Du 2 au 12 septembre 2009, aura lieu la 66ème Mostra de Venise. Corto Cortissimo, la compétition internationale réservée au court, compte de nombreux titres, en lice pour le Lion du Meilleur Film, une Mention Spéciale, et une nomination aux Prix UIP pour le meilleur court métrage européen. Le Jury de cette année est composé de Stuart Gordon, Sitora Alieva, et Steve Ricci.

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Liste des films sélectionnés :

Felicita, de Salome Aleksi (Georgie, 30′)

Kinematograf, de Tomek Baginski (Pologne, 12’)

Plastic bag (film d’ouverture, hors compétition), de Ramin Bahrani (Etats-Unis, 15’)

So che c’è un uomo (I know there ‘s a man), de Gianclaudio Cappai (Italie, 30′)

Recordare, de Leonardo Carrano, Alessandro Pierattini (Italie, 7’)

La città net cielo (The city in the sky), de Giacomo Cimini (Grande-Bretagne, Italie, 28’)

To je zemljia, brat moj (This is heart, my brother), de Jan Cvitkovic (Slovenie, Italie, 9)’

La seconda famiglia (The second family), d’Alberto Dall’ara (Italie, 27’)

Alle fugler (Still birds), de Sara Eliassen (Norvège, 13’)

O teu sorriso (Bliss), de Pedro Freire (Brésil, 19’)

Il gioco (The game), d’Adriano Giannini (Italie, 18’)

Earth, de Tzu Nyen Ho (Singapour, 43’)

Object #1, de Murad Ibragimbekov (Russie, 5′)

Girllikeme, de Rowland Jobson (Grande-Bretagne, 14′)

Eersgeborene (Firstborn), de Etienne Kallos (Afrique du Sud, Etats-Unis, 27′)

Umma-e huga (Mom’s vacation), de Kwang-bok kim  (Corée, 22′)

The it.aliens, de Clemens Klopfenstein, et Lukas Klopfenstein (film de clôture, hors compétition) (Italie, Suisse, 24’)

Storage, de David Lea (Grande-Bretagne, 15′)

Nuvole, mani, de Simone Massi (France, 8′)

Sinner, de Meni Philip (Israel, 28′)

Radio, de Riccardo Pugliese (Etats-Unis, Italie, 6’)

Uerra (War), de Paolo Sassanelli (Italie, 16′)

Family jewels, de Martin Stitt (Etats-Unis, Grande-Bretagne, 20’)

Er ren (For two), de Shijie Tan (Singapour, 17′)

Jitensha (Bicycle), de Dean Yamada (Japon, Etats-Unis, 22′)

Kingyo, d’Edmund Yeo (Japon, Malaisie, 25′)

A la lune montante, d’Annarita Zambrano (France, 25′)

Pour plus d’informations : www.labiennale.org

Slavar de Hanna Heilborn et David Aronowitsch

Sur l’écho de mon enfance, j’écris ton nom. Eluard

Lauréat du Prix Unicef et du Cristal d’Annecy, « Slavar » est une expérience cinématographique qui ne laisse pas indifférent. En livrant le témoignage de Abuk (9 ans) et de Machiek (15 ans) enlevés par la milice soudanaise et exploités comme esclaves, les réalisateurs suédois, Hanna Heilborn et David Aronowitsch abordent un sujet percutant et engagé.

Alors que dans le paysage cinématographique actuel, une grande partie des films ne dénonce plus la bêtise humaine mais la diffuse allègrement sur les grands et petits écrans, il est rassurant de  découvrir ce court métrage librement engagé ouvrant les horizons de l’animation et du documentaire.

Nous sommes en 2003, en Suède. Un médecin, des interprètes, Hanna Heilborn, David Aronowitsch, et deux enfants, Abuk et Machiek, sont rassemblés autour d’une table. Tour à tour, dans un silence de plomb, les enfants racontent leur enlèvement par la junte militaire, leurs conditions de survie pendant leur séquestration, ainsi que leurs rêves futurs. Quelques années plus tard, les deux réalisateurs envisagent de mettre le récit en images. Ils vont jusqu’à illustrer les toussotements, les hésitations, les gestes indécis, les rires nerveux et les problèmes techniques rencontrés, pour accentuer la véracité des faits.

Produit hybride, « Slavar » mêle animation en 3D et documentaire en jouant sur les contrastes. Au-delà du stylistique (animation/documentaire), le montage alterne les tons monochromatiques, variant des couleurs chaudes pour l’évocation de la vie au Soudan et des couleurs froides (plus neutres) pour l’interview en Suède. Les dessins de Malt Johansson et Acne JR fonctionnent comme des esquisses narratives apportant les nuances nécessaires au récit sans jamais renforcer l’aspect tragique de façon outrancière.

Oser parler des agissements meurtriers de la milice soudanaise dans un film d’animation est un défi brillamment relevé par le duo suédois qui n’en est pas à son premier coup d’essai. Avant « Slavar », il a initié une série de documentaires animés traitant de l’enfance en difficulté, dont le premier film, « Gömd » (Hidden), raconte l’histoire d’un jeune réfugié péruvien.

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À travers ces deux témoignages, le film dénonce les atrocités et les injustices que provoquent les conflits dans le monde. Un authentique coup de fouet à notre conscience humanitaire un brin léthargique.

Marie Bergeret

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Article associé : l’interview d’Hanna Heiborn

S comme Slavar (Slaves)

Fiche technique

Synopsis : D’après une interview faite en 2003. Comme des milliers d’autres enfants, Abouk, 9 ans et Machiek, 15 ans, ont été enlevés par une milice commanditée par le gouvernement soudanais et utilisés comme esclaves.

Genre : Documentaire animé

Durée : 15’57’’

Pays : Suède

Année : 2008

Réalisation : Hanna Heilborn, David Aronowitsch

Scénario : Hanna Heilborn, David Aronowitsch

Graphisme : Mats Johansson, Acne Junior Production

Décor : Isak Gjertsen, Kim Naylor

Animation : Nicolas Maurice, Benoît Galland, Mathilde Le Moal, Gilles Brinkhuizen, Nicolas Hu, Hubert Seynave

Layout : Magnus Östergren, Degauss

Son : Peter Albrechtsen, Lydrummet

Voix : Abuk, Machiek, James Aguer Alic, Charles Deng Majok Kwal, Hanna Heilborn, David Aronowitsch

Production : Story AB, Swedish Film Institute

Le site du film : www.story.se/films/-slaves/

Articles associés : la critique du film, l’interview d’Hanna Heiborn

Festival de Locarno : le palmarès

Le Festival de Locarno a rendu son verdict samedi 15 août. Du côté du court métrage, plusieurs films issus de la Compétition internationale et nationale, se sont partagés les différents prix liés aux Léopards de demain.

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Le jury composé de Céline Bolomey, Denis Delcampe, Maike Mia Höhne, Najwa Najjar, Adrian Sitaru, a décerné les prix suivants :

Compétition internationale

* Pardino d’or : Believe de Paul Wright (Royaume-Uni-Ecosse)

* Pardino d’argent : Variációk de Krisztina Esztergályos (Hongrie)

* Prix film et vidéo « Untertitelung » : No country for chicken de Huang Huang (Chine)

* Mention Spéciale : Edgar de Fabian Busch (Allemagne)

Compétition nationale (suisse)

* Pardino d’or : Las Pelotas de Chris Niemeyer

* Pardino d’argent : Nachtspaziergang de Christof Wagner

* Prix « action light » pour le meilleur espoir suisse : Connie de Judith Kurmann

D’autres prix ont récompensé les Léopards de demain, les prix «cinema e gioventù». Un Jury spécial, composé de Elena Binda, Valentina Bosia, Carlotta Dionisio, Vania Gottardi, Jasmine Leoni, Giulia Moltrasio, Gianni Nägeli, Valentina Peduzzi et Samira Yeganeh, a décerné les prix suivants :

*  Prix du Meilleur court métrage pour la compétition internationale : Túneles en el río de Igor Galuk (Argentine)

* Mention spéciale : Gjemsel de Aleksandra Niemczyk (Norvège)

*Prix du Meilleur court métrage pour la compétition nationale : Kitsch panorama de Gilles Monnat (Suisse)

Le site du Festival : www.pardo.ch

El Empleo de Santiago Grasso

Lauréat du Prix Fipresci (auquel Format Court était associé cette année), « El Empleo », de Santiago Grasso, est le tout premier film argentin primé à Annecy, depuis la création du Festival. Révélation de cette édition, il mêle subtilement passivité du quotidien, individus-objets et sobriété du dessin.

Tic, tac, tic, tac. 7h15. L’homme à la tête en forme d’index se réveille, se gratte, et sort de son lit. Il se rase, avale un biscuit et un café, renoue sa cravate, hèle un taxi pour rejoindre le bureau. Une fois arrivé, il attrape de justesse l’ascenseur, et dépose ses affaires dans son casier, avant de se mettre au travail. Une nouvelle journée commence.

Dépourvu de tout dialogue, « El Empleo » est un film éloquent, à plus d’un titre. Le décalage surgit devant la représentation d’un univers incongru dans lequel les individus sont relégués au rang et à l’usage d’objets. Dans ce monde, chacun travaille, quelque soit la fonction à accomplir et l’effacement de soi à accepter. Sans distinction, hommes et femmes sont au service les uns des autres, faisant office de meubles, de porte-manteaux, de porte-clés, de feux de signalisation, de transports, ou même de contre-poids d’ascenseurs.

Le film interpelle par sa problématique universelle. Entre critique sociétale et humour raffiné, « El Empleo » livre un regard différent et original sur les notions de travail, de monde en crise, et d’exploitation de l’homme par l’homme. Pour servir sa mécanique domestiquée, Santiago Grasso fait appel à un humour fin et absurde, proche de Ionesco, et à un dessin simple et dépouillé, incrusté de regards vides, sans âme ni espoir.

L’intelligence d’« El Empleo » tient aussi et surtout à sa chute touchante. “M. Index” s’installe à son poste, celui d’homme-paillasson, sous les ordres et les pieds de son patron. À la différence de ses congénères, il sort de son silence et de sa passivité, en poussant un soupir à peine audible. L’humanité s’exprime. Malgré tout.

Katia Bayer et Adi Chesson

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E comme El Empleo (L’emploi)

Fiche technique

Synopsis : Un homme, en chemin vers le travail, est plongé dans un monde où l’utilisation de gens en tant qu’objets fait partie du quotidien.

Genre : Animation

Durée : 6’19’’

Pays : Argentine

Année : 2008

Réalisation : Santiago Grasso

Scénario : Patricio Plaza

Graphisme : Patricio Plaza

Storyboard : Patricio Plaza

Layout : Santiago Plaza

Décor : Santiago Plaza

Animation : Santiago Grasso, Patricio Plaza

Techniques : Dessin sur papier, ordinateur 2D

Son : Patricio Plaza

Montage : Santiago Grasso

Compositing : Santiago Grasso

Production : Santiago Grasso

Distribution : Patricio Plaza

Articles associés : la critique du film, l’interview du réalisateur

Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand : les inscriptions sont ouvertes !

Cette année, le Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand aura lieu du 29 janvier au 06 février 2010. Les inscriptions en ligne sont déjà ouvertes, sur le site www.shortfilmdepot.com.

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COMPETITION INTERNATIONALE

Date limite d’inscription des films : 15 octobre 2009
Frais d’inscription : gratuit

Conditions :
1) Film terminé après le : 1er juillet 2008
2) Durée maximale : 40 minutes
3) Origine : Tous pays sauf France
4) Support de projection au festival : 35 mm, Beta SP Pal ou Digital Betacam Pal

Règlement international (PDF)

COMPETITION NATIONALE

Date limite d’inscription et réception des films : 31 octobre 2009
Frais d’inscription : gratuit

Conditions :
1) Film terminé après le : 1er juillet 2008
2) Durée maximale : 59 minutes
3) Origine : France comme pays de production principal
4) Support de projection au festival : 35 mm, Beta SP Pal ou Digital Betacam Pal

Règlement national (PDF)

MARCHE DU FILM COURT

Date limite d’inscription : 13 novembre 2009
Frais d’inscription : gratuit (jusqu’au 13 novembre 2009)

Condition :
1) ouvert aux films inscrits au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2010

Règlement marché (PDF)

COMPETITION LABO

Aucune inscription pour cette compétition puisque les films seront choisis parmi ceux inscrits aux deux compétitions ci-dessus.

Dès que votre inscription en ligne est terminée, merci de faire parvenir au Festival 2 DVDs de votre film (1 DVD pour la sélection festival + 1 DVD pour le marché) à l’adresse ci-dessous :

Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand (France)

– par poste (bien préciser “sans valeur commerciale – usage culturel”) à :
La Jetée, 6 place Michel-de-L’Hospital
63058 Clermont-Ferrand Cedex 1, France

– ou EMS (DHL, Federal Express…) en déclarant une valeur inférieure à 15 € ou US$. à :
La Jetée, 6 place Michel-de-L’Hospital
63000 Clermont-Ferrand, France

Sites web : www.clermont-filmfest.com, www.shortfilmdepot.com

Pour en savoir plus, consulter la FAQ lieé aux règlements 2010.

Annecy, le Petit Journal

Meuglements, aboiements, miaulements, pépiements, roucoulements, bruits de carpes, hurlements, applaudissements, … : bienvenue au Festival d’Annecy. Au rendez-vous de l’image, il est coutumier de ne pas rester tranquille sur son siège, de faire de grands signes aux copains, de chahuter devant la bande-annonce officielle, et d’envahir l’espace, avec d’improbables avions en papier. Ces rituels, potentiellement déconcertants, font partie de la popularité de l’événement. À Annecy, on ne se prend pas trop au sérieux, et ce n’est pas plus mal.

Le ton est donné à l’entrée de la Grande salle du centre Bonlieu. Des recommandations fusent (“dites, le ballon, vous le gardez aux pieds”), tandis que la voix-off demande, sans surprise, d’éteindre son téléphone portable, mais étrangement, de ne pas perturber la projection, “dans la mesure du possible”.

Certes, la facétie est de mise, en début de séance. Parallèlement à la surenchère de cris animaliers, des avions en papier, fabriqués à l’aide de programmes ou de feuilles de calcul, alignent les figures dans les salles. Des applaudissement nourris accompagnent les projectiles de fortune qui parviennent à atteindre la scène, tandis que des acclamations gratifient ceux qui percutent les rideaux de velours. Force est de constater que les spectateurs ne sont pas spécialement de bons pilotes, et que leurs avions atterrissent souvent en urgence, quelques rangées plus bas, sur une tête, dans un cou, et occasionnellement, dans un oeil (et ça fait mal, peut attester la reporter).

Survient une autre forme d’agitation, devant la bande-annonce des partenaires du festival. La musique s’accélère, les clameurs redoublent, quand tout à coup, un lapin blanc fait intrusion dans l’image, et suscite l’exaltation du public. Depuis qu’un mammifère à pelage doux et à dents chouettes s’est incrusté dans une bande-annonce, lors d’une édition précédente, le public annecien s’est pris d’affection pour la bonne bête. Depuis ce jour, dès qu’un lapin apparaît, en guise de clin d’œil, à l’écran, l’enthousiasme s’installe dans la salle.

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© KB

Le lapin occupe une telle place dans la localité du fromage chaud déclinable (fondue/raclette) qu’il est impossible de rester passif devant une sale affaire, survenue en plein festival. Cette année, un doudou à grandes oreilles a été retrouvé, tout seul, et rapporté au Bureau des Pleurs. Étonnamment, les parents de la propriétaire ont pris le soin d’inscrire le prénom et le nom de leur fille sur les oreilles du doudou. Sans succès, un bénévole a contacté toutes les familles homonymes de la région pour restituer la peluche. Une de ses collègues en fait une affaire personnelle. Étant mère, elle connait bien l’importance du doudou : “il y a une petite fille toute triste en ville. Un doudou, on y est attaché, ça ne se remplace pas. C’est personnel, c’est sale, et ça pue.”.

Katia Bayer

Lien associé : Annecy, les quelques photos

Short Film Depot. Entre utilisateurs et festivals

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Depuis 2005, le site Short Film Depot, créé par l’association Sauve Qui Peut le Court Métrage (liée au Festival de Clermont-Ferrand), offre, aux réalisateurs, producteurs, distributeurs, organismes, écoles, etc, la possibilité d’inscrire gratuitement leurs films dans les principaux festivals du monde entier, au moyen d’un formulaire unique, et d’un compte personnel. Avec ce système d’inscriptions en ligne, les données sont sauvegardées une fois pour toutes, pour tout film enregistré. Régulièrement, chaque utilisateur reçoit des messages d’alertes, en fonction du calendrier des festivals, et de la spécificité du film inscrit.

Le site est également ouvert aux festivals présentant au moins une section consacrée au court métrage. Moyennant 1.000 €, chaque festival adhérent dispose d’un outil d’administration en ligne auquel il accède directement pour optimiser la gestion de ses inscriptions. 26 festivals internationaux, partageant les valeurs de la Conférence Internationale du Court Métrage, sont d’ores et déjà membres du réseau Shortfilmdepot.

Pour plus d’informations : www.shortfilmdepot.com

Dans le fief du tapis rouge, du téton à l’air, et de la paillette à gogo…

C’est l’été. On ne va pas vous recommander de porter un bermuda violet, de vous lancer dans un régime à base de soupes, de lire le dernier Marc Levy, ou d’arrêter les lardons. Même si vous êtes en tongs, et dans vos valises, on vous reparle de Cannes, bien que le festival ait éteint ses lampions depuis sacrée lurette.

Dans le fief du tapis rouge, du téton à l’air, et de la paillette à gogo, vous disposez du loisir d’en savoir plus sur le sentiment de liberté éprouvé à la Fémis, de découvrir comment le skate-board peut mener au cinéma, de vous imprégner d’Islande et de de films personnels, d’approcher la Cinéfondation et son amitié pour les films d’école, de vous débarrasser de vos préjugés liés à la chasse, d’être séduits par un univers gémellaire animé et musical, de vous laisser guider dans l’alphabet, ou encore de vous replier sur les DVD de la Quinzaine des Réalisateurs et de la Semaine de la Critique.

Envie de légèreté ? C’est possible, avec notre clip (voir ci-dessus), le journal de petite taille, et le reportage photo rapportés de Cannes. Nos invités ? Sandrine Kiberlain, Penélope Cruz, les glaces en boules, et les chaises pliantes. Si cela ne vous suffit pas, présentez un nouveau venu à votre garde-robe, dites-vous que les légumes sont vos amis, passez à la librairie, et recommencez les lardons.

Prochaine destination, prochain Focus : Annecy

Katia Bayer
Rédactrice en chef

Ébullition de Anne Toussaint et Khalid Saadi

Entre les murs

Présenté à l’ACID, cette année à Cannes, « Ébullition » est le troisième temps d’un film plus large intitulé « Fragments d’une rencontre ». Réalisée par Anne Toussaint, « Ébullition » prend les formes du documentaire pour capter deux moments de la réalisation de « Sirine », un film réalisé « entre les murs »  par Khalid Saadi.

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Étrange et belle histoire que « Fragments d’une rencontre » : pendant deux ans, des étudiants de Sciences Politiques, à Paris, sont allés à la Prison de la Santé rencontrer des détenus et tourner avec eux des films dans le cadre d’un atelier, « En quête d’autres regards », dirigé par Anne Toussaint. En est né ce film qui se compose de quatre diptyques (« Rue des plaisirs », « Ébullition », « Le cadre d’Anna », « Projections »). Chaque fois, Anne Toussaint documente la genèse d’un film que l’atelier va réaliser – ce qui est en jeu et en question dans ce projet. Puis, le film lui-même nous est donné à voir une fois réalisé. Là, dans cette marge, dans cet écart entre un projet et sa réalisation, se jouent tous les silences, les imaginaires, les possibles qui sont à l’œuvre dans l’acte de créer. Tour à tour, les regards se confrontent autour des images, qu’elles soient à produire, à penser ou encore à mettre à l’épreuve. En allant et venant entre filmeurs, filmés et films, Anne Toussaint tourne une sorte de carrousel des regards où des subjectivités, et des imaginaires se heurtent, se confrontent, se croisent pour venir, finalement, se concrétiser sous nos yeux. L’enjeu de la rencontre surgit dans la confrontation entre l’intérieur et l’extérieur, dans la marge, le hors champ. Dans ce troisième fragment que constitue « Ébullition », l’ailleurs, l’extérieur que ces jeunes gens amènent dans les murs de la prison est mis à l’épreuve – ce moment où quelque chose s’éprouve. Face à un homme enfermé qui récuse cette peine comme une absurdité, comment se positionner, quand on est la future élite politique d’une démocratie ? Et peu à peu, le film de Khalid Saadi dégage, quant à lui, un horizon inatteignable, l’impossible projection hors des murs.

De quelle manière métaphoriser un sentiment d’oppression à l’écran ? L’idée de Khalid Saadi est de filmer de l’eau qui bout. Prendre une image au pied de la lettre donc, car c’est en lui que ça bout.Oui, mais dans quel récipient filmer cette eau qui bouillonne ? Pour les étudiants qui l’accompagnent dans la réalisation du film, la cocotte minute  – et sa soupape – ferait l’affaire. Pour lui, non. Dans l’immobilité de ce qu’il vit, dans ce temps mort qui est le sien, il n’y a pas de soupape. S’engage alors une discussion où Khalid débat et se débat –  et c’est tout son corps qui se débat, bouge, cherche à s’échapper, sa voix qui monte et ne lâche pas prise. Sous nos yeux, se rejoue justement ce drame intime de l’enfermement, de l’incommunicable, de l’incompréhension quand il est pris peu à peu comme une mouche dans la toile de leurs propos et qu’il lutte, pourtant. Dans un second temps, une autre discussion s’engage au moment du montage du film, où se questionne, à partir de l’enfermement de Khalid, la validité de la métaphore qu’il a employé (et se repose sans cesse cette question de la validité d’une image : qu’y a-t-il donc à discuter autour de ces images, sinon leur justesse, puisque qu’il n’y a là qu’une subjectivité qui cherche à métaphoriser un ressenti… ?). La discussion peu à peu débouche sur une autre question, celle de la légitimité de la peine carcérale. La caméra d’Anne Toussaint va et vient d’un visage à l’autre, d’une parole à l’autre, où Khalid, encore s’énerve, se bat et se débat, prisonnier de ce qu’on veut lui faire dire. Au fil de cette discussion sur la peine carcérale et les petites soupapes que l’institution croit lui donner au travers d’un ventilateur ou d’une télévision, il revient à ce que serait pour lui une véritable échappatoire : une voie vers l’extérieur, une possibilité de se projeter dans un avenir au dehors. Et la véritable souffrance qui le traverse, semble là, dans cet extérieur impossible à atteindre, vers où il n’y a pas de voie, et les élèves venus d’ailleurs, justement, avec leurs incompréhensions, en sont, au final, une bonne illustration. Mais cette rencontre, pourtant, gît là : dans cette confrontation des regards, dans cette caméra qui le filme et qui l’ouvre, justement à l’extérieur, dans la projection des films eux-mêmes, dans la rencontre avec le spectateur.

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À la suite d’ « Ébullition », vient « Sirine », long plan fixe d’une eau qui bout. Tout d’abord calme et claire, montée avec des bruits de la mer, l’image, tout à coup s’obscurcit tandis que le son d’une porte claque. Alors l’eau commence à bouillir, tout doucement, tandis qu’une voix égrène « promenade, douche, gamelle ». Et tandis que l’eau bout de plus en plus, s’agite et se démène, son bruit d’ébullition peu à peu recouvre la litanie des mots. Et le film, brusquement s’arrête. Sans issue. La beauté de « Sirine », qui peu à peu, nous oppresse dans l’attente d’un quelque chose qui n’arrive pas, est dans la force, la lisibilité et la simplicité de sa métaphore. Elle prend tout son impact à la suite des propos de Khalid Saadi : « ça pète ensuite dehors ». « Ébullition », loin d’être un film d’atelier, un film d’éducation à l’image ou encore une bonne action, est un film politique. À bon entendeur.

Anne Feuillère

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